Juin 2005
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Suzanne Flon
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janvier 1918, Le Kremlin-Bicêtre, Val de Marne, France.
15 juin 2005 à Paris, France.
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Quelle est cette force, dont j’ignore tout, qui grandit les âmes
modestes ? Comment se fait-il que certains humains parviennent le plus
sereinement du monde à ne jamais quitter leur chemin quelle que
soit la saison, l’intensité du soleil, la densité
de la pluie, le rythme du claquement des dents ou la renaissance lassante
de l’incessant recommencement...?
C’est qu’il ne faut point oublier l’ombre, l’eau
bienfaisante, la beauté de la neige et la floraison vivifiante.
L’équilibre est en toute chose; il suffit d’en prendre
conscience. Chaque mouvement produit son contraire. Il faut savoir sourire
et siffler lorsque le ciel est par trop gris. Il n’y a rien à
dire de plus.
Cependant, l’heureux homme est celui qui sait tempérer
ses passions en fonction des saisons. D’où l’importance
de la belle modestie; elle nous tire vers le juste équilibre,
suprême vertu. C’est ainsi que l’on fait de la vie
un miracle sans cesse renouvelé.
De par sa nature, peut-être, de par sa volonté, sans doute,
Suzanne Flon a entretenu cette précieuse démarche, au
pas feutré et lent, qui lui permit d’exister pleinement
en exprimant son talent toujours régénéré
par un travail précis, nourri par la puissante poésie
de l’artiste. Elle traversa le temps, tant qu’il daigna
exister pour elle, en le transcendant par l’insouciance des heures
qui s’écoulent...
Fille de cheminot, diplômée du certificat d’études,
secrétaire de Piaf, elle débutera vraiment par le... commencement.
Petits emplois utilitaires sur scène, puis, à force de
persévérence, elle finira par provoquer sa chance. Remarquée
par Raymond Rouleau puis par Anouilh, elle jouera les plus grands auteurs
dans les meilleurs rôles. Antigone, Jeanne d’Arc ou Jeannette
dans les pièces d’Anouilh; par ailleurs, de nombreux textes
prestigieux et variés : de Roussin à Duras, en passant
par Audiberti, de Musset, Shakespeare, Tchekhov, Bellon ou encore Pirandello...
Elle a trente ans lorsqu’elle débute au cinéma qui
ne sera jamais pour elle une grande passion même si dans ce domaine
également, elle a eu la possibilité d’habiter en
les créant des personnages parfois mémorables avec toute
la gracieuse discrétion mais aussi un tempérament bien
trempé, porté par sa voix paradoxalement grave, qu’on
lui connaît. Ainsi, de Maurice Cloche à Jean Becker et
Chabrol ces dernières années, elle rendit visite au “singe
en hiver” de Verneuil et fit honneur à des cinéastes
tels que Huston, Welles, Autant-Lara, Bertrand Blier, Losey ou Ivory.
Je comprends mieux, après m’être penché durant
quelques lignes sur l’artiste Suzanne Flon, de quoi est faite
une âme humaine grandement modeste ou modestement grande.
Mézigue et Moi-Même
Filmographie complète sur: http://www.imdb.com/name/nm0282530/
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