Suzanne Flon
fut un miracle


Juin 2005

 

Suzanne Flon

28 janvier 1918, Le Kremlin-Bicêtre, Val de Marne, France.
15 juin 2005 à Paris, France.



Quelle est cette force, dont j’ignore tout, qui grandit les âmes modestes ? Comment se fait-il que certains humains parviennent le plus sereinement du monde à ne jamais quitter leur chemin quelle que soit la saison, l’intensité du soleil, la densité de la pluie, le rythme du claquement des dents ou la renaissance lassante de l’incessant recommencement...?
C’est qu’il ne faut point oublier l’ombre, l’eau bienfaisante, la beauté de la neige et la floraison vivifiante. L’équilibre est en toute chose; il suffit d’en prendre conscience. Chaque mouvement produit son contraire. Il faut savoir sourire et siffler lorsque le ciel est par trop gris. Il n’y a rien à dire de plus.


Cependant, l’heureux homme est celui qui sait tempérer ses passions en fonction des saisons. D’où l’importance de la belle modestie; elle nous tire vers le juste équilibre, suprême vertu. C’est ainsi que l’on fait de la vie un miracle sans cesse renouvelé.


De par sa nature, peut-être, de par sa volonté, sans doute, Suzanne Flon a entretenu cette précieuse démarche, au pas feutré et lent, qui lui permit d’exister pleinement en exprimant son talent toujours régénéré par un travail précis, nourri par la puissante poésie de l’artiste. Elle traversa le temps, tant qu’il daigna exister pour elle, en le transcendant par l’insouciance des heures qui s’écoulent...


Fille de cheminot, diplômée du certificat d’études, secrétaire de Piaf, elle débutera vraiment par le... commencement. Petits emplois utilitaires sur scène, puis, à force de persévérence, elle finira par provoquer sa chance. Remarquée par Raymond Rouleau puis par Anouilh, elle jouera les plus grands auteurs dans les meilleurs rôles. Antigone, Jeanne d’Arc ou Jeannette dans les pièces d’Anouilh; par ailleurs, de nombreux textes prestigieux et variés : de Roussin à Duras, en passant par Audiberti, de Musset, Shakespeare, Tchekhov, Bellon ou encore Pirandello...


Elle a trente ans lorsqu’elle débute au cinéma qui ne sera jamais pour elle une grande passion même si dans ce domaine également, elle a eu la possibilité d’habiter en les créant des personnages parfois mémorables avec toute la gracieuse discrétion mais aussi un tempérament bien trempé, porté par sa voix paradoxalement grave, qu’on lui connaît. Ainsi, de Maurice Cloche à Jean Becker et Chabrol ces dernières années, elle rendit visite au “singe en hiver” de Verneuil et fit honneur à des cinéastes tels que Huston, Welles, Autant-Lara, Bertrand Blier, Losey ou Ivory.


Je comprends mieux, après m’être penché durant quelques lignes sur l’artiste Suzanne Flon, de quoi est faite une âme humaine grandement modeste ou modestement grande.

Mézigue et Moi-Même

 

Filmographie complète sur: http://www.imdb.com/name/nm0282530/