Gérard Oury
Un amuseur sans prétentions


Juillet 2006

 

Gérard Oury

29 avril 1919, PARIS (France)
20 juillet 2006 Saint-Tropez (France)

 



“N’ayez jamais l’air trop intelligent, c’est une promesse difficile à tenir”, disait le philosophe Alain. Je ne veux évidemment pas insinuer par cette citation que Gérard Oury avait l’air d’un imbécile. Le plus simplement du monde, je tiens à rappeler que l’absence de prétentions (surtout excessives ! ) ne nuit que rarement...

Après une petite carrière de comédien, Oury s’attaque à la mise en scène. A partir de sa troisième réalisation cinématographique, il connaît le succès - le gros succès ! Pensez, il s’agissait du Corniaud, avec - faut-il le rappeler ? - Bourvil et de Funès !!! Première comédie, première réussite ! Succès dingue auprès du public... tu m’étonnes...!!!

Deux ans plus tard, en 1966, il nous sert un somptueux plateau, une farandole d’ inextinguibles rires qui me secouent encore aujourd’hui, j’ai nommé : La grande vadrouille N’en déplaise aux “pisse-froid / couche-tôt”, je considère à juste raison et furieusement en plus, sans en démordre depuis fort longtemps, cette comédie comme un absolu chef-d’oeuvre !

Il est vrai que cette inoubliable partie de rigolade n’aurait jamais été ce qu’elle est et sera toujours sans Louis de Funès et Bourvil ! Toutefois, et ne l’oublions pas, cette oeuvre bénéficia d’un scénario remarquablement bien ficelé, d’une mise en scène “au rasoir” et d’un montage exemplaire... mais qui ne l’aurait point été - exemplaire - si le réalisateur Oury n’avait pas eu comme parti pris de multiplier à excellent escient le nombre de plans différents, favorisant ainsi un rythme soutenu dont les monteurs n’ont sûrement pas eu à se plaindre... Lorsqu’on a un tel choix au niveau des prises de vues, l’on peut infiniment plus aisément régler le rythme, en lui donnant tout son corps, d’un film... fut-il dramatique ou comique, cela ne change pas grand chose. Chaque oeuvre filmique devant, à mon sens, posséder son propre rythme...

A mon goût, le troisième au classement (où de Funès fut pourtant seul), est incontestablement Les aventures de Rabbi Jacob... ! Une comédie hilarante où il suffit à l’auteur d’adresser un rire sympathique pour désamorcer le racisme le plus primaire ! Voilà qui devrait donner à réfléchir à certains... de nos jours...

Par ailleurs, tous nos fameux faiseurs de comédies actuels devraient revoir en boucle - notamment et surtout - La grande vadrouille, comédie “sans prétentions” s’il en fût pour l’habileté de sa réalisation dans toutes les fonctions cinématographiques - notamment, le travail de titan que devait effectuer (contrairement à ce que certains s’imaginent !) un comique tel que Louis de Funès, par exemple.

Comique de génie, complémentaire au génie d’un ingénu Bourvil - qui, lui non plus, ne s’amusait pas à “improviser” ses prestations !

L’ensemble est non seulement une parfaite réussite au niveau de l’efficacité, mais tout autant, le témoin d’une époque révolue où la naïveté était encore acceptable et pleinement acceptée par le plus grand nombre.

Aujourd’hui, nous rions de tout... sous contrôle ! Faux rires et - fille indigne de la naïveté - la bêtise, accaparent nos sens du risible vrai, du rire qui ne peut survivre sans être plus ou moins méchant... Le “lisse” et le “politiquement correct” de notre malheureuse époque, sont, aussi étonnant que cela puisse paraître, incommensurablement éloignés de la franche rigolade, bien orchestrée toutefois, du sens aussi primitif qu’irréfutable du rire à pleins poumons... !

Je n’en ferai ici nulle analyse détaillée et encore moins une synthèse prétentieuse. Je me contenterai tout bonnement de féliciter son absence de prétentions - une “simple” comédie parfaitement menée ne pourrait-elle valoir mieux qu’ un “non-film” signé Marguerite Duras ? - tout en le remerciant des bons moments passés et à venir Monsieur Gérard Oury.

Que son âme rigole en paix !

 

Filmographie : http://www.imdb.com/name/nm0653620/