Raymond DEVOS
Après lui, le silence... ?


Juin 2006

 

Raymond Devos

9 Novembre 1922, Mouscron, Belgique
15 Juin 2006

Saint-Rémy-les-Chevreuse, (Essonne), France



Je n’ai qu’une envie, c’est de taire ma plume... Pourtant, je me sens une sorte de devoir un peu absurde de rendre hommage à un artiste digne de ce nom...

Il est un fait indéniable que les navets ou les “artistes d’occasion” inspirent bien davantage un modeste comédien ou un scribouillard... Les chefs-d’oeuvre sont désarmants...! L’on sort d’un spectacle éblouissant, bien évidemment ébloui... mais aussi profondément découragé... !

Si l’on possède un brin de conscience, le plus souvent par chance, l’on se dit - tout en s’arrachant parfois les cheveux - que l’on ne pourra jamais atteindre la cheville du Maître... ! Or, le vrai Maître n’a pas de chevilles... Voici donc - probablement - l’erreur fondamentale qui nous lie les pieds et les poings, la langue et la plume... ! L’audace, ici, entre en ligne de compte...

Il se trouve - que même dans mes pires excès - je n’ai jamais apprécié ni beaucoup usé de “mélanges”... Or, ils onst réputés à juste raison pour provoquer une ivresse aussi incontrôlable que stupide... D’où, parfois, une audace malheureusement dégénérée... Est-ce à cette ivresse uniquement que nous devons le manque qualitatif, en matière d’humour et de comique, alors même que quantitativement nous sommes envahis de toutes parts... ?

Nous vivons dans un monde d’immédiate consommation et, partant, dans un monde peu goûté par les artistes... Les vrais, entends-je...! Mais où sont-ils ? Où sont-ils enterrés... ? Ici ou là, me dit-on...! Parfait, ici où là, c’est l’endroit exact pour enterrer un artiste...

Celui qui a la foi moins l’obscurantisme; celle qui ne jure que par l’absence de jugement; celui qui saigne le bonheur comme d’autres ne saignent que par la sueur défintivie de leur front originel... !

Celui ou celle qui sait la qualité du rire et qui se marre comme une baleine humaine... N’accablons point les “sérieux”... Ne les citons même pas... ! Il leur reste l’écume de leur bave rageuse dont ils auront bien du mal à s’essuyer...

Raymond... En voilà un prénom... Qui me fit m’esclaffer pour de mystérieuses raisons durant des années...

Devos... Un nom de famille, comme l’on dit...

La particularité, c’est qu’il fut le voisin de Brassens... moins commun... de nom... Mais, le “Georges” s’en foutait de s’appeler “Jojo”, il chantait la gloire de son âme... la seule qui nous importe... En tous points semblable à celle de Raymond - le fabuleux “Devos” - ils chièrent ensemble sang et eau pour nous nous couvrir d’étoiles d’hiver... nous autres, qui grelottons par peurs et traditions... nous autres, enfants comme eux-mêmes, qui souffrons les enfers du commun des mortels, n’attendant point de réconfort autre que celui du poète...

Je sens que le moment est venu de fermer ma gueule... De laisser ma plume hors de l’encrier... afin, peut-êtrre, de mieux rendre hommage, de par mon silence, à l’indicible jongleur de mots que fut notre désormais “ancêtre”...



Mézigue et Moi-Même

http://www.raymonddevos.com/