Interview Nicole et Jean-Jacques RICHARD
Créateurs du Festival Jean Carmet
Vendredi 13 octobre 2006
Nicole et Jean-Jacques Richard...

Où l'on fait la connaissance des deux fondateurs organisateurs du Festival Jean Carmet, à travers la description de leur parcours depuis la création de cette manifestation, en liaison étroite avec Ciné Bocage...

Nous sommes un couple d’enseignants qui a toujours travaillé à des projets communs.
Le cinéma nous intéressait déjà lorsque nous étions étudiants, et nous fréquentions les ciné -clubs .
Instituteurs dix ans dans une école à deux classes, nous projetions des films dans le cadre de l’Amicale laïque.
Ensuite nous sommes devenus maîtres formateurs à l’IUFM de Moulins, et nous avons tenu à baptiser notre école (école annexe de l’école normale à l’époque) école François Truffaut ! Ce n’était pas un hasard…Nous faisions alors partie de la petite équipe de Ciné Bocage, et avions initié des séances scolaires deux ou trois fois par an, qui fonctionnaient surtout à l’approche de Noël.
Nous avons toujours fonctionné en complémentarité, réfléchissant ensemble aux projets, et apportant chacun une part de sa personnalité. Par exemple l’un prenait la parole, l’autre écrivait !


L’association Ciné Bocage existe depuis plus de vingt ans. Nous en faisons partie depuis 1985. Pendant plusieurs années il s‘agissait de programmer des films art et essai à raison d’un film tous les quinze jours, projeté trois fois. Une équipe se réunissait au Grand café, tous les deux mois, pour proposer une liste de films dans laquelle l’exploitant faisait son choix. Un membre de l’équipe présentait le film(à tour de rôle) et Ciné Bocage diffusait une petite plaquette du programme. En 1989, les sept membres de l’équipe ont eu envie d’organiser un « festival » temps fort de cinéma avec huit films sur une semaine, et un « prix » remis par un « jury » local de non professionnels. Ce petit festival eut pour thème « Rêves et révoltes ». Puis les deux années suivantes ce fut un événement du même genre sur le thème « Histoires de garçons et de filles ».
Nous participions déjà assez activement à ces semaines de cinéma. En1994 le président de l’association a quitté la région, Jean-Jacques a été nommé président. Nous avons alors programmé un film par semaine au cours de l’année , développé des animations ponctuelles avec les scolaires en accord avec des associations comme Amnesty ou l’AFMD. (Solange Najman est venue parler aux lycéens lors de la projection du film La mémoire est-elle soluble dans l'eau ? ; Arnaud Despallières a fait de même pour Drancy avenir).


Mais dès 1994, nous avons eu envie de créer un vrai festival.
Je crois que la première idée du thème a surgi en regardant la remise des César. Là, on récompensait des interprètes de seconds rôles. Nous en avons parlé aux membres de Ciné Bocage, la réflexion a mûri, et il nous a semblé que c’était une noble cause à défendre, même si l’on nous rétorquait alentour que le terme de second n’est pas porteur en France !
Le cinéma français offrait tant d’exemples de grands acteurs interprètes de seconds rôles, alors que l’on constatait déjà un traitement différent dans beaucoup des nouveaux films…
Pour exprimer mieux l’intention de ce festival, nous avons cherché un nom qui l’illustrerait .Jean Carmet est venu très vite, car il symbolisait l’acteur ayant tenu de nombreux seconds rôles et ayant gagné ainsi une grande notoriété, et il évoquait aussi la convivialité que nous souhaitions donner à notre manifestation. Mais nous ne l’avons jamais reçu, car il est mort en 1994, avant que le projet n’ait vu le jour.


Comment on fait pour créer un festival dans une petite ville tranquille comme Moulins ?
Il faut beaucoup de ténacité, il faut s’atteler à la tâche et accepter tous les rôles ! Il faut démarcher partout au niveau des élus, mais aussi faire du porte à porte chez les commerçants.
La première édition a attiré 800 personnes sur une semaine. Il y avait un jury de professionnels et quelques acteurs invités.
La deuxième édition a été prise un peu plus au sérieux du jour où nous avons annoncé la venue de Yves Robert, qui ne voulait pas juger ses pairs, mais parrainer le festival, par amitié pour Jean Carmet, et sympathie pour les instits de l’école publique ! !
Et là, Natacha Régnier a été primée pour son rôle dans Encore de Pascal Bonitzer. Elle était totalement inconnue. L’année suivante, elle est revenue dans le jury. Quelques mois plus tard, elle était primée à Cannes, puis recevait le César pour son rôle dans la vie rêvée des anges. Aux yeux des responsables territoriaux et du public, notre festival des seconds rôles prenait un nouvel intérêt…Le nombre croissant des spectateurs nous a aidés à obtenir des subventions plus importantes, de la ville de Moulins, du Conseil général de l’Allier, de la DRAC, et enfin du Conseil régional.


Pendant plusieurs années tout a fonctionné uniquement avec la participation des membres de l’équipe. Nous étions encore enseignants, donc il était difficile d’accompagner les invités ; nous les retrouvions le soir après la classe. Depuis septembre 1998, nous nous consacrons entièrement à Ciné Bocage. De plus, l’aide financière accrue du CG nous a permis de nous installer dans un local, et de créer en 2001 le poste de gestion administrative qu’occupe Catherine.
La structuration de l’association a posé alors des difficultés. Tout le monde n’a pas compris l’évolution du fonctionnement de Ciné bocage qui devenait une petite entreprise. Mais nous avons persévéré, et le travail s’est organisé. L’équipe de Ciné bocage choisit les films de l’année. Pour le festival, Jean Jacques et moi sélectionnons tous les longs métrages, que nous trouvons dans divers festivals (surtout à Cannes) et dans des projections de presse. Nous ne programmons aucun film que nous n’ayons pas vu. La marge de manœuvre est étroite : il faut que le film ne soit pas déjà passé à Moulins, que l’exploitant nous autorise à le programmer pour le festival, et que le distributeur accepte de nous fournir la copie. Il faut bien sûr qu’il y ait des seconds rôles suffisamment étoffés.
Peu à peu nous avons développé de nouvelles sections, quelquefois malgré la réticence de certains : la rétrospective sur un acteur ou une actrice, la section court métrage pour les jeunes espoirs et la section Découverte. Depuis le début il y a eu des films s’adressant au jeune public, mais nous avons accru cette sélection.
Dernière étape, la décentralisation, avec la participation de Vichy, Dompierre, Gannat et le cinéma itinérant, l’UDAAR.


Notre plus grande satisfaction, c’est le retour positif : fréquentation, participation aux débats et au vote du public… C’est aussi la bonne ambiance avec les invités, le fait que ces invités se retrouvent à Paris en s’appelant les Moulinois. Ce sont les liens amicaux qui se nouent et nous permettent de nous revoir dans d’autres lieux. Nous gardons d’excellents souvenirs, en particulier de Catherine Rouvel, Jacques Bonnaffé, Jean-Pierre Améris, Elisabeth Commelin, Suzanne Flon , Micheline Presle, de tant d’autres que nous ne pouvons tous les citer. Une grande joie aussi quand des « anciens » reviennent pour le plaisir, comme Vera Memmi, Robert Millié, Zoë Durouchoux, anciens jurés.


Il y a rarement des films américains dans la sélection du festival. Il y en a dans la programmation annuelle. Ils sont moins difficiles à programmer, donc pas « rares » pour la section Découverte dans laquelle nous nous faisons plaisir en amenant au public des œuvres inédites ou qui ne viendraient jamais à Moulins . Dans l’ année, l’exploitant est maître du choix ! Toutefois nous avons programmé Bowling for Colombine pour les lycéens, alors que Ciné Bocage l’avait déjà passé dans l’année.


Il n’a pas été très difficile d’obtenir la copie de Dans Paris contrairement à d’autres. Ce film nous a paru intéressant par son ton et sa forme. De plus les seconds rôles, surtout celui de Guy Marchand nous convenaient. Il y a un petit côté Antoine Doinel dans le personnage de Louis Garrel, un petit aspect Eustache dans le film qui commence bien avec cette désinvolture sur le balcon. Et cette famille fêlée nous a intéressés. Il est vrai que ce film a eu ses partisans et ses détracteurs . Mais cela, c’est bon signe, non ?

 

Si nous avons bien fait nos comptes, Nicole et Jean-Jacques Richard apparaissent comme fort modestes en restant discrets sur le fait que cette année il y eut 8 000 spectateurs contre 800 lors de sa première édition !

Il ne fait aucun doute que ce Festival ne continue à vivre encore longtemps... et ce, en excellente santé !

C'est tout le mal que Cinékosma lui souhaite !


Cine Bocage : http://www.cinebocage.com/


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