Nous sommes un couple d’enseignants qui a toujours
travaillé à des projets communs.
Le cinéma nous intéressait déjà
lorsque nous étions étudiants, et nous fréquentions
les ciné -clubs .
Instituteurs dix ans dans une école à deux classes,
nous projetions des films dans le cadre de l’Amicale
laïque.
Ensuite nous sommes devenus maîtres formateurs à
l’IUFM de Moulins, et nous avons tenu à baptiser
notre école (école annexe de l’école
normale à l’époque) école François
Truffaut ! Ce n’était pas un hasard…Nous
faisions alors partie de la petite équipe de Ciné
Bocage, et avions initié des séances scolaires
deux ou trois fois par an, qui fonctionnaient surtout à
l’approche de Noël.
Nous avons toujours fonctionné en complémentarité,
réfléchissant ensemble aux projets, et apportant
chacun une part de sa personnalité. Par exemple l’un
prenait la parole, l’autre écrivait !
L’association Ciné Bocage existe depuis plus
de vingt ans. Nous en faisons partie depuis 1985. Pendant
plusieurs années il s‘agissait de programmer
des films art et essai à raison d’un film tous
les quinze jours, projeté trois fois. Une équipe
se réunissait au Grand café, tous les deux mois,
pour proposer une liste de films dans laquelle l’exploitant
faisait son choix. Un membre de l’équipe présentait
le film(à tour de rôle) et Ciné Bocage
diffusait une petite plaquette du programme. En 1989, les
sept membres de l’équipe ont eu envie d’organiser
un « festival » temps fort de cinéma avec
huit films sur une semaine, et un « prix » remis
par un « jury » local de non professionnels. Ce
petit festival eut pour thème « Rêves et
révoltes ». Puis les deux années suivantes
ce fut un événement du même genre sur
le thème « Histoires de garçons et de
filles ».
Nous participions déjà assez activement à
ces semaines de cinéma. En1994 le président
de l’association a quitté la région, Jean-Jacques
a été nommé président. Nous avons
alors programmé un film par semaine au cours de l’année
, développé des animations ponctuelles avec
les scolaires en accord avec des associations comme Amnesty
ou l’AFMD. (Solange Najman est venue parler aux lycéens
lors de la projection du film La mémoire est-elle
soluble dans l'eau ? ; Arnaud Despallières a fait
de même pour Drancy avenir).
Mais dès 1994, nous avons eu envie de créer
un vrai festival.
Je crois que la première idée du thème
a surgi en regardant la remise des César. Là,
on récompensait des interprètes de seconds rôles.
Nous en avons parlé aux membres de Ciné Bocage,
la réflexion a mûri, et il nous a semblé
que c’était une noble cause à défendre,
même si l’on nous rétorquait alentour que
le terme de second n’est pas porteur en France !
Le cinéma français offrait tant d’exemples
de grands acteurs interprètes de seconds rôles,
alors que l’on constatait déjà un traitement
différent dans beaucoup des nouveaux films…
Pour exprimer mieux l’intention de ce festival, nous
avons cherché un nom qui l’illustrerait .Jean
Carmet est venu très vite, car il symbolisait l’acteur
ayant tenu de nombreux seconds rôles et ayant gagné
ainsi une grande notoriété, et il évoquait
aussi la convivialité que nous souhaitions donner à
notre manifestation. Mais nous ne l’avons jamais reçu,
car il est mort en 1994, avant que le projet n’ait vu
le jour.
Comment on fait pour créer un festival dans une petite
ville tranquille comme Moulins ?
Il faut beaucoup de ténacité, il faut s’atteler
à la tâche et accepter tous les rôles !
Il faut démarcher partout au niveau des élus,
mais aussi faire du porte à porte chez les commerçants.
La première édition a attiré 800 personnes
sur une semaine. Il y avait un jury de professionnels et quelques
acteurs invités.
La deuxième édition a été prise
un peu plus au sérieux du jour où nous avons
annoncé la venue de Yves Robert, qui ne voulait pas
juger ses pairs, mais parrainer le festival, par amitié
pour Jean Carmet, et sympathie pour les instits de l’école
publique ! !
Et là, Natacha Régnier a été primée
pour son rôle dans Encore de Pascal Bonitzer. Elle était
totalement inconnue. L’année suivante, elle est
revenue dans le jury. Quelques mois plus tard, elle était
primée à Cannes, puis recevait le César
pour son rôle dans la vie rêvée des anges.
Aux yeux des responsables territoriaux et du public, notre
festival des seconds rôles prenait un nouvel intérêt…Le
nombre croissant des spectateurs nous a aidés à
obtenir des subventions plus importantes, de la ville de Moulins,
du Conseil général de l’Allier, de la
DRAC, et enfin du Conseil régional.
Pendant plusieurs années tout a fonctionné uniquement
avec la participation des membres de l’équipe.
Nous étions encore enseignants, donc il était
difficile d’accompagner les invités ; nous les
retrouvions le soir après la classe. Depuis septembre
1998, nous nous consacrons entièrement à Ciné
Bocage. De plus, l’aide financière accrue du
CG nous a permis de nous installer dans un local, et de créer
en 2001 le poste de gestion administrative qu’occupe
Catherine.
La structuration de l’association a posé alors
des difficultés. Tout le monde n’a pas compris
l’évolution du fonctionnement de Ciné
bocage qui devenait une petite entreprise. Mais nous avons
persévéré, et le travail s’est
organisé. L’équipe de Ciné bocage
choisit les films de l’année. Pour le festival,
Jean Jacques et moi sélectionnons tous les longs métrages,
que nous trouvons dans divers festivals (surtout à
Cannes) et dans des projections de presse. Nous ne programmons
aucun film que nous n’ayons pas vu. La marge de manœuvre
est étroite : il faut que le film ne soit pas déjà
passé à Moulins, que l’exploitant nous
autorise à le programmer pour le festival, et que le
distributeur accepte de nous fournir la copie. Il faut bien
sûr qu’il y ait des seconds rôles suffisamment
étoffés.
Peu à peu nous avons développé de nouvelles
sections, quelquefois malgré la réticence de
certains : la rétrospective sur un acteur ou une actrice,
la section court métrage pour les jeunes espoirs et
la section Découverte. Depuis le début il y
a eu des films s’adressant au jeune public, mais nous
avons accru cette sélection.
Dernière étape, la décentralisation,
avec la participation de Vichy, Dompierre, Gannat et le cinéma
itinérant, l’UDAAR.
Notre plus grande satisfaction, c’est le retour positif
: fréquentation, participation aux débats et
au vote du public… C’est aussi la bonne ambiance
avec les invités, le fait que ces invités se
retrouvent à Paris en s’appelant les Moulinois.
Ce sont les liens amicaux qui se nouent et nous permettent
de nous revoir dans d’autres lieux. Nous gardons d’excellents
souvenirs, en particulier de Catherine Rouvel, Jacques Bonnaffé,
Jean-Pierre Améris, Elisabeth Commelin, Suzanne Flon
, Micheline Presle, de tant d’autres que nous ne pouvons
tous les citer. Une grande joie aussi quand des « anciens
» reviennent pour le plaisir, comme Vera Memmi, Robert
Millié, Zoë Durouchoux, anciens jurés.
Il y a rarement des films américains dans la sélection
du festival. Il y en a dans la programmation annuelle. Ils
sont moins difficiles à programmer, donc pas «
rares » pour la section Découverte dans laquelle
nous nous faisons plaisir en amenant au public des œuvres
inédites ou qui ne viendraient jamais à Moulins
. Dans l’ année, l’exploitant est maître
du choix ! Toutefois nous avons programmé Bowling
for Colombine pour les lycéens, alors que Ciné
Bocage l’avait déjà passé dans
l’année.
Il n’a pas été très difficile d’obtenir
la copie de Dans Paris contrairement à d’autres.
Ce film nous a paru intéressant par son ton et sa forme.
De plus les seconds rôles, surtout celui de Guy Marchand
nous convenaient. Il y a un petit côté Antoine
Doinel dans le personnage de Louis Garrel, un petit aspect
Eustache dans le film qui commence bien avec cette désinvolture
sur le balcon. Et cette famille fêlée nous a
intéressés. Il est vrai que ce film a eu ses
partisans et ses détracteurs . Mais cela, c’est
bon signe, non ?