1 - Début et parcours de comédien
J'ai commencé le théâtre vers 19 ans
dans un cours de quartier, l'année d'après j'ai
été accepté au conservatoire d'art dramatique
d'Orléans, où j'ai passé 3 ans. Des cette
époque, je ne pouvais envisager de faire autre chose.
Hormis les cours, nous avons fais plusieurs créations
avec les autres comédiens de ma promotion. A la sortie
du conservatoire, j'ai joué avec plusieurs compagnies
de la région, tout en faisant des stages, notamment
au CDN d'Orléans, où j'ai également participé
à quelques lectures. Par la suite j'ai toujours essayer
de travailler sur le plus de projets possibles, je suis parti
travailler en région parisienne, autour d'un travail,
"burlesque", plutôt corporel, spectacles qui
demandaient beaucoup d'énergie de jeu, de "sueurs",
très formateurs. Puis tout en continuant de travailler
avec plusieurs compagnies, je suis parti quelque temps dans
le sud, où j'ai travaillé le clown, mais sans
jamais vouloir m'enfermer dans une spécificité.
Puis, un peu au hasard, j'ai participé a un travail
laboratoire sur le jeu au cinéma, animé par
Stéphane Brizé, qui m'a ensuite proposer de
passer les essais pour le film qu'il s'apprêtait de
réaliser Je ne suis pas là pour être
aimé.
2 - Depuis sa récompense en
2005 et le succès du film (voir critique cinekosma),
votre carrière explose. 4 films en 2006. Quel effet
cela vous fait ?
Très content, puisque tout est allé assez vite,
même si je voudrais que ça aille plus vite encore.
Je ne suis pas sûr d'une explosion quand même,
j'interprète dans le film de Niels Arestrup, Le
candidat, un rôle très agréable à
défendre, puisqu'il a un vrai parcours, et une vrai
identité. Pour un comédien, c'est évidemment
très important de pouvoir jouer des variations, des
changements de couleurs. Sur les autres films, où ma
participation est plus " légère",
il y a quelque chose qui n'est pas moins difficile, puisqu'il
s'agit de camper un personnage assez rapidement, en quelques
répliques, ce dont on n'a pas l'habitude au théâtre,
comme par exemple avec Marc Fitoussi, sur La vie d'artiste,
où je n'ai qu'un petit rôle au coté de
Sandrine Kimberlain. Mais l'important pour moi est d'aller
vite en prenant mon temps". Personne ne me connaissait
avant le film de Stéphane Brizé, je suis donc
tout neuf dans le milieu, et le film de Stéphane a
été une formidable ouverture, quelque chose
de très beau, puisqu'il m'a offert une matière
magnifique a défendre, tout en restant très
proche de ma sensibilité, que rêver de mieux
pour un comédien ? Mais je ne veux pas faire tout et
n'importe quoi, c'est un marathon où il ne faut pas
arrêter de courir, savoir respirer et parfois faire
les bons choix, et je ne veux pas faire n'importe quel film
sous prétexte d'être vu le plus possible. Je
prends beaucoup de plaisir à tourner et je suis très
content de travailler, et la plupart du temps, avec des gens
très talentueux.
3 - Vous devez crouler sous les projets.
Vous répétez une pièce en cemont ? Quels
sont, pour vous, les rapports entre cinéma et théâtre.
Comment voyez vous le comique ? Comment ne pas être
catalogué. Quelle est la part de respect de la partition
et celle de la composition ?
Oui, je travaille beaucoup en ce moment, Je répète
notamment sur une création autour de la Théorie
du Chaos, et l'énergie de travail est très
éloignée de celle du milieu cinématographique.
Il s'agit de mettre en place des systèmes visuels et
un peu "délirant" exprimant cette théorie
vu sous le jour, scientifique, économique, écologique,
social…Je continue également de jouer un spectacle
burlesque crée avec un plasticien, Jean Philippe Boin,
le DICOCOUTON…..
Je ne fais pas d'opposition entre théâtre et
cinéma, certes, les codes de jeu sont différents,
les spécificités techniques du cinéma
influent sur la gestion de nos énergies de travail,
mais j'ai vraiment l'impression de faire le même travail.
Je crois cependant qu'il est très important de faire
du théâtre pour jouer au cinéma, cela
permet de sentir plus facilement la justesse, de ressentir
jusqu'où on peut aller dans le jeu au cinéma,
qui demande parfois des sensations plus intimes, plus ressenties
que vraiment jouée, sans l'exprimer avec toute sa corporalité,
comme au théâtre, mais dans ce dernier le rapport
avec le public est tellement magique que je ne pourrais absolument
pas m'en passer. Ceci dit, au cinéma j'aime beaucoup
jouer dans un "cadre", savoir que l'image joue,
que quelque chose nous échappe, justement parce qu'
un cadre ou une image peut capter des moments très
subtils…
Le comique est pour moi un renversement, il n' y a pas de
règles établies, savoir ce qu'est le comique
est difficile, mais je pense qu'il s'agit d'une fracture,
quelque chose qui brise le présent du spectateur en
décalant rythmiquement, émotionnellement le
regard, je crois vraiment que le comique fait appel a quelque
chose qui peut être assez triste si il n'est pas justement
renversé. Je ne parle pas d'un comique " potache"
qui joue sur les poncifs et qui dit aux spectateurs là
où il faut rire. Il y a quelque chose d'éminemment
tragique dans le comique, savoir être ridicule, jouer
avec ses faiblesses, en rire, s'appuyer dessus pour se défendre…
Pour l'instant il m'est difficile de ne pas être un
peu catalogué, les gens ne m'ont vraiment vu que dans
Je ne suis pas là pour être aimé,
et la première impression compte tellement. Du
coup au début on ne me proposait que des rôles
soit en cravates, soit de personnages mal dans sa peau, engoncé,
mais c'est intéressant puisque quelque part il est
possible que cela soit une part de moi que les gens retiennent,
même si bien sûr je ne suis pas comme ça
dans la vie, mais peut être y 'a-t-il des archétypes.
La tentation est grande de ne chercher que des rôles
à la perpendiculaire de cet archétype, mais
c'est aussi là qu'il faut savoir être patient,
et pouvoir proposer dans le travail d'autres couleurs. C'est
en rencontrant les directeurs et directrices de casting que
l'on peut favoriser cela, ils peuvent nous appeler pour un
rôle, et c'est le moment pour montrer sa palette, si
c'est possible, si le rôle peut être défendu
de cette manière bien sur. Mais il est vrai que nous
sommes pris pour ce quelque chose qui émane de nous
et qui se dégage dès que nous franchissons la
porte. Je crois que les choses évoluent dans le même
temps que notre rapport à la vie, aux choses.
C'est ici qu'il y a quelque chose de très subtil par
rapport à la composition et au respect de la partition,
on ne peut pas tout jouer évidemment. Au cinéma,
on est choisit aussi pour notre particularité qui correspond
au personnage. A nous de laisser couler ce qui fait qu'on
a été choisi, mais à soi aussi d'apporter
la touche différente, la note unique.
4 - Votre rôle de membre du jury
cette année. Pourquoi ce choix de Gilbert Melki ?
Très intéressant, le regard change et tout
devient très subjectif. J'ai cherché les comédiens
et comédiennes qui me touchaient vraiment, mais je
voulais également voir le travail sur le personnage,
comment une personne apporte sa touche unique, sa couleur
à quelque chose qui est d'abord écrit sur le
papier. Nous avons beaucoup discuté avec les autres
membres du jury, et les discussions furent plutôt âpres,
et les avis très partagés, je crois que la fonction,
que l'on soit comédien, réalisateur, chef monteur
ou universitaire par exemple, change la perception des choses,
personne n'a le même regard. Jacques Bonnaffé
et Guy Marchand aurait très bien pu avoir le prix,
leur partition est excellente, mais nous avons trouvé
un consensus sur Gilbert Melki, pour sa sobriété
et ce qu'il parvenait à faire passer dans un film difficile.
Nous cherchions quelque chose où nous ne voyions pas
"les boulons", où le jeu coulait très
naturellement.
5 - En dehors du Festival Jean Carmet,
quel sont les films qui vous ont le plus marqué dernièrement
?
J'ai assez aimé Little Miss Sunshine et La
science des rêves, je pense aussi à Flandres,
même si le style peut paraître provoquant, à
l'idée même du cinéma.
6 - Vos impressions sur le Festival
et pensez-vous y revenir ?
Très content d'être venu et de me retrouver
dans cette position inédite. Le fait de voir beaucoup
de films en très peu de temps aiguise le regard. Les
rencontres avec certains comédiens sont émouvantes,
en partie parce qu'on se trouve loin de Paris, personne ne
peut s'élever dans le guindage du milieu, d'ailleurs
ceux là ne viendraient pas. D'une certaine manière
la pertinence d'un festival des seconds rôles est totalement
justifiée, notamment parce qu'il se déroule
à moulins, j'y reviendrais avec plaisir…