Interview de Cyril Couton

Comédien

 

Mercredi 18 octobre 2006

Lauréat l'an passé, membre du jury cette année, Cyril Couton nous a fait pleurer de rire, il y a un an dans le film Je ne suis pas là pour être aimé de Stéphane Brizé.

Phénomène rarissime, nous tenions absolument à le rencontrer...

1 - Début et parcours de comédien

J'ai commencé le théâtre vers 19 ans dans un cours de quartier, l'année d'après j'ai été accepté au conservatoire d'art dramatique d'Orléans, où j'ai passé 3 ans. Des cette époque, je ne pouvais envisager de faire autre chose. Hormis les cours, nous avons fais plusieurs créations avec les autres comédiens de ma promotion. A la sortie du conservatoire, j'ai joué avec plusieurs compagnies de la région, tout en faisant des stages, notamment au CDN d'Orléans, où j'ai également participé à quelques lectures. Par la suite j'ai toujours essayer de travailler sur le plus de projets possibles, je suis parti travailler en région parisienne, autour d'un travail, "burlesque", plutôt corporel, spectacles qui demandaient beaucoup d'énergie de jeu, de "sueurs", très formateurs. Puis tout en continuant de travailler avec plusieurs compagnies, je suis parti quelque temps dans le sud, où j'ai travaillé le clown, mais sans jamais vouloir m'enfermer dans une spécificité. Puis, un peu au hasard, j'ai participé a un travail laboratoire sur le jeu au cinéma, animé par Stéphane Brizé, qui m'a ensuite proposer de passer les essais pour le film qu'il s'apprêtait de réaliser Je ne suis pas là pour être aimé.

2 - Depuis sa récompense en 2005 et le succès du film (voir critique cinekosma), votre carrière explose. 4 films en 2006. Quel effet cela vous fait ?

Très content, puisque tout est allé assez vite, même si je voudrais que ça aille plus vite encore. Je ne suis pas sûr d'une explosion quand même, j'interprète dans le film de Niels Arestrup, Le candidat, un rôle très agréable à défendre, puisqu'il a un vrai parcours, et une vrai identité. Pour un comédien, c'est évidemment très important de pouvoir jouer des variations, des changements de couleurs. Sur les autres films, où ma participation est plus " légère", il y a quelque chose qui n'est pas moins difficile, puisqu'il s'agit de camper un personnage assez rapidement, en quelques répliques, ce dont on n'a pas l'habitude au théâtre, comme par exemple avec Marc Fitoussi, sur La vie d'artiste, où je n'ai qu'un petit rôle au coté de Sandrine Kimberlain. Mais l'important pour moi est d'aller vite en prenant mon temps". Personne ne me connaissait avant le film de Stéphane Brizé, je suis donc tout neuf dans le milieu, et le film de Stéphane a été une formidable ouverture, quelque chose de très beau, puisqu'il m'a offert une matière magnifique a défendre, tout en restant très proche de ma sensibilité, que rêver de mieux pour un comédien ? Mais je ne veux pas faire tout et n'importe quoi, c'est un marathon où il ne faut pas arrêter de courir, savoir respirer et parfois faire les bons choix, et je ne veux pas faire n'importe quel film sous prétexte d'être vu le plus possible. Je prends beaucoup de plaisir à tourner et je suis très content de travailler, et la plupart du temps, avec des gens très talentueux.

3 - Vous devez crouler sous les projets. Vous répétez une pièce en cemont ? Quels sont, pour vous, les rapports entre cinéma et théâtre. Comment voyez vous le comique ? Comment ne pas être catalogué. Quelle est la part de respect de la partition et celle de la composition ?

Oui, je travaille beaucoup en ce moment, Je répète notamment sur une création autour de la Théorie du Chaos, et l'énergie de travail est très éloignée de celle du milieu cinématographique. Il s'agit de mettre en place des systèmes visuels et un peu "délirant" exprimant cette théorie vu sous le jour, scientifique, économique, écologique, social…Je continue également de jouer un spectacle burlesque crée avec un plasticien, Jean Philippe Boin, le DICOCOUTON…..
Je ne fais pas d'opposition entre théâtre et cinéma, certes, les codes de jeu sont différents, les spécificités techniques du cinéma influent sur la gestion de nos énergies de travail, mais j'ai vraiment l'impression de faire le même travail. Je crois cependant qu'il est très important de faire du théâtre pour jouer au cinéma, cela permet de sentir plus facilement la justesse, de ressentir jusqu'où on peut aller dans le jeu au cinéma, qui demande parfois des sensations plus intimes, plus ressenties que vraiment jouée, sans l'exprimer avec toute sa corporalité, comme au théâtre, mais dans ce dernier le rapport avec le public est tellement magique que je ne pourrais absolument pas m'en passer. Ceci dit, au cinéma j'aime beaucoup jouer dans un "cadre", savoir que l'image joue, que quelque chose nous échappe, justement parce qu' un cadre ou une image peut capter des moments très subtils…

Le comique est pour moi un renversement, il n' y a pas de règles établies, savoir ce qu'est le comique est difficile, mais je pense qu'il s'agit d'une fracture, quelque chose qui brise le présent du spectateur en décalant rythmiquement, émotionnellement le regard, je crois vraiment que le comique fait appel a quelque chose qui peut être assez triste si il n'est pas justement renversé. Je ne parle pas d'un comique " potache" qui joue sur les poncifs et qui dit aux spectateurs là où il faut rire. Il y a quelque chose d'éminemment tragique dans le comique, savoir être ridicule, jouer avec ses faiblesses, en rire, s'appuyer dessus pour se défendre…

Pour l'instant il m'est difficile de ne pas être un peu catalogué, les gens ne m'ont vraiment vu que dans Je ne suis pas là pour être aimé, et la première impression compte tellement. Du coup au début on ne me proposait que des rôles soit en cravates, soit de personnages mal dans sa peau, engoncé, mais c'est intéressant puisque quelque part il est possible que cela soit une part de moi que les gens retiennent, même si bien sûr je ne suis pas comme ça dans la vie, mais peut être y 'a-t-il des archétypes. La tentation est grande de ne chercher que des rôles à la perpendiculaire de cet archétype, mais c'est aussi là qu'il faut savoir être patient, et pouvoir proposer dans le travail d'autres couleurs. C'est en rencontrant les directeurs et directrices de casting que l'on peut favoriser cela, ils peuvent nous appeler pour un rôle, et c'est le moment pour montrer sa palette, si c'est possible, si le rôle peut être défendu de cette manière bien sur. Mais il est vrai que nous sommes pris pour ce quelque chose qui émane de nous et qui se dégage dès que nous franchissons la porte. Je crois que les choses évoluent dans le même temps que notre rapport à la vie, aux choses.
C'est ici qu'il y a quelque chose de très subtil par rapport à la composition et au respect de la partition, on ne peut pas tout jouer évidemment. Au cinéma, on est choisit aussi pour notre particularité qui correspond au personnage. A nous de laisser couler ce qui fait qu'on a été choisi, mais à soi aussi d'apporter la touche différente, la note unique.

4 - Votre rôle de membre du jury cette année. Pourquoi ce choix de Gilbert Melki ?

Très intéressant, le regard change et tout devient très subjectif. J'ai cherché les comédiens et comédiennes qui me touchaient vraiment, mais je voulais également voir le travail sur le personnage, comment une personne apporte sa touche unique, sa couleur à quelque chose qui est d'abord écrit sur le papier. Nous avons beaucoup discuté avec les autres membres du jury, et les discussions furent plutôt âpres, et les avis très partagés, je crois que la fonction, que l'on soit comédien, réalisateur, chef monteur ou universitaire par exemple, change la perception des choses, personne n'a le même regard. Jacques Bonnaffé et Guy Marchand aurait très bien pu avoir le prix, leur partition est excellente, mais nous avons trouvé un consensus sur Gilbert Melki, pour sa sobriété et ce qu'il parvenait à faire passer dans un film difficile. Nous cherchions quelque chose où nous ne voyions pas "les boulons", où le jeu coulait très naturellement.

5 - En dehors du Festival Jean Carmet, quel sont les films qui vous ont le plus marqué dernièrement ?

J'ai assez aimé Little Miss Sunshine et La science des rêves, je pense aussi à Flandres, même si le style peut paraître provoquant, à l'idée même du cinéma.

6 - Vos impressions sur le Festival et pensez-vous y revenir ?

Très content d'être venu et de me retrouver dans cette position inédite. Le fait de voir beaucoup de films en très peu de temps aiguise le regard. Les rencontres avec certains comédiens sont émouvantes, en partie parce qu'on se trouve loin de Paris, personne ne peut s'élever dans le guindage du milieu, d'ailleurs ceux là ne viendraient pas. D'une certaine manière la pertinence d'un festival des seconds rôles est totalement justifiée, notamment parce qu'il se déroule à moulins, j'y reviendrais avec plaisir…

Puisque c'est comme ça, à l'année prochaine !


Droits de reproduction et de diffusion réservés © 2004 Strahinja Kosmajac