Cinékosma :
Brièvement, ou longuement si le cur ten
dit, ton opinion concernant Blonde et Brune... Si tu devais en
faire la critique, que dirais-tu ?
Aude Briant:
Ayant personnellement participé à la création du film en
tant que comédienne, voyant donc trop les choses de lintérieur,
je serais incapable de faire une critique de ce film. Cela dit, je laime
! Pour ma part, je lai pris comme un conte moderne et jai été très
sensible à ces aspects fantaisistes et loufoques. Qui plus est, la place
de lacteur y est particulièrement privilégiée. Jai
bénéficié de beaucoup de liberté ; Christine Dory
nous avait dit trois ou quatre choses essentielles à propos des personnages
et pour le reste jai pu construire mon travail en confiance. Car le rôle
ma été confié en confiance ! Je sais bien quil
sagit, à priori, dun pléonasme, mais dans ce métier,
cela prend un autre sens. En effet, on peut confier un rôle à quelquun
avec beaucoup de... réserves... En tout cas, avec Dory, pas de réserves;
ce qui a été, me semble-t-il, très enrichissant et pour
les comédiens, et bien sûr pour lensemble du film. Encore
une fois, sans faire de critique, je nen confirme pas moins que, en tant
que spectatrice, jai également pris mon pied.
Cinékosma :
La marginalité de la cinématographie
française est-elle vraiment marginale... ou bien dans quelle mesure ?
Aude Briant:
Je nen ai pas vraiment limpression. Etre marginal, cela a toujours été dur
; au fond, rien ne change... Sauf quaujourdhui, cest encore
plus difficile, la marge étant plus étroite, autant pour les acteurs
quau niveau de la narration... et de tout le reste.
CK :
Quattends-tu, en tant que spectatrice, dun
film ?
AB :
Jattends... linattendu ! Jadore les films loufoques et
imprévisibles,
comme ceux des frères Coen par exemple. Ils font preuve dune grande
maîtrise tout en samusant avec des personnages et des situations
génialement paradoxaux ; leurs films sont drôles, émouvants
et très humains. Cest tout ce que jaime. En revanche, ce que
jaime beaucoup moins, surtout en ce moment, ce sont les fameux films dit
comiques... qui sont tout sauf comiques... Cela dit, la démarche peut être
sympathique, néanmoins, bien trop souvent, je me retrouve dans la salle à attendre
désespérément le moment où le film va commencer...
alors quil a démarré depuis déjà trois quarts
dheure... Autrement dit, il y a de nos jours un sérieux manque de
contenu, dhistoire... et pas seulement dans les films pseudo comiques.
CK :
Penses-tu que les nouvelles cinématographies (Iran, Turquie,
Corée, Liban, Argentine, etc.) apportent réellement et fondamentalement
quelque chose de nouveau? Ne les trouves-tu pas trop influencées par le
cinéma occidental traditionnel par exemple, et pourquoi ?
AB :
Je ne suis vraiment pas suffisamment cinéphile pour répondre dune
façon pointue à cette question. Jaime bien le cinéma,
mais je ne suis pas une acharnée. Cela dit, il me semble évident
que, comme pour tous les échanges mondiaux, il y a une tendance à luniformisation
qui est un effet assez néfaste de la mondialisation à base de fric.
CK :
Ton plat préféré ?
AB :
Yen a trop ! Jaime bien manger, que veux-tu ! Il
ny a que les tripes que je naime pas ! A tel point que cest
peut-être pour cette raison que jai horreur de lexpression
utilisée par certains acteurs : ce rôle-là, je lai
joué avec mes tripes... !
CK :
Ta station de métro préférée ?
AB :
Il ne sagit pas dune station, mais dune ligne. Jaime
toute la ligne n° 11 Châtelet-Mairie des Lilas ; certainement parce
que cest la première que jai utilisée lorsque je suis
arrivée à Paris. Cette ligne est pour moi comme une espèce
de téléphérique souterrain...
CK :
Où fais-tu tes courses généralement
?
AB :
Chez les commerçants.
CK :
Pourquoi et comment as-tu choisi le métier de comédienne ? Ta
formation ?
AB :
Et bien, je suis allée un jour au théâtre, avec ma mère,
voir Till lespiègle - javais douze ans - et en
sortant de la salle, jai dit : Je veux faire ça. Primo,
parce que jai été très marquée par le fait
que les personnages, sur scène, existaient entièrement. Ils y ont
réellement la parole, personne ne peut les interrompre et même sils
ne parlent pas, leur présence est intouchable. Secundo, et
cest beaucoup plus anecdotique, mais néanmoins fort important pour
la gamine de douze ans que jétais, jai demandé à ma
mère : mais que font les comédiens après le spectacle
? ; elle ma répondu : eh bien, ils vont dîner. A
onze heures du soir ! Jai vraiment trouvé excitant de voir
quon peut manger tard quand on est acteur ; tard, cest-à-dire,
en dehors des normes habituelles. Sinon, pour ce qui est de ma formation, un
beau jour, je suis montée à Paris, jai fait le Conservatoire,
et jai eu la chance de trouver du travail tout de suite après.
CK :
As-tu une préférence entre le théâtre et le cinéma?
Peux-tu définir les différences entre ces deux domaines au niveau
du travail du comédien ?
AB :
Bien quayant travaillé davantage au théâtre,
jaime à peu près autant les deux. Le théâtre,
parce que le comédien y est le patron et le cinéma, parce quil
y est lemployé ; car il est parfois très confortable de nêtre
que lemployé. En revanche, je ne vois pas de différences
fondamentales au niveau du jeu de lacteur, si ce nest des détails
dordre technique.
CK :
Que penses-tu de la manière dont est pratiqué lart dramatique
actuellement en France ? Trop libre ? Trop astreignant ? Créatif ou stérilisant
?
AB :
Chaque époque génère son code de jeu.
Le code actuel nest pas très marrant. En vérité, je
ne sais pas trop pourquoi je dis ça, mais dune manière générale,
je ne le trouve pas marrant. En tant que spectatrice, en revanche, il suffit
que linterprète soit prenant dune manière ou dune
autre pour que je me fasse avoir ; cest-à-dire, pour que je cesse
dobserver en détail la qualité de son jeu, ou sa démarche
professionnelle. Pour ce qui est des comédiens français, jai
un faible pour des gens comme Alain Chabat, Karin Viard et jaime beaucoup
ce que fait José Garcia tant au niveau de son talent quau niveau
de ses choix.
CK :
Pourrais-tu préciser ce qui différencie le jeu dun acteur
européen du jeu à laméricane ? A moins
que tu ny attaches aucune espèce dimportance ?
AB :
Je suis un petit peu embarrassée pour faire une comparaison profondément
analytique. Il est néanmoins évident quil sagit de
deux types de culture différents, et encore plus évident que ce
qui compte, cest bien sûr le résultat, et pas tellement la
méthode employée. Jai sans doute plus de recul pour pouvoir
observer, dans le détail, le jeu américain... Par exemple, jai
remarqué une chose marrante, cest quil y a une différence
qui est presque dordre religieux : on sent vraiment quils ont beaucoup
plus tendance à croire en Dieu, du fait de leur regard... En effet, jai
remarqué quils levaient souvent les yeux au ciel... quand ils ont
un obstacle, lorsquils sont heurtés par quelque chose, ils lèvent
les yeux, puis reviennent ensuite sur eux... De toutes façons, le travail
d lActor Studio, par exemple, est très fondé sur le
ressenti. Encore une fois, je nai pas de préférence, cest
le résultat que je prends en compte.
CK :
Et toi même, comment abordes-tu un rôle ? Dune manière
plutôt technique, plutôt instinctive, les deux à la fois etc
?
AB :
Cest variable. Toutefois, dune manière
générale, je privilégie le texte. Cest ma partition.
Attention, au cinéma, il faut se méfier car lécriture
- au sens propre du terme - y est moins évidente sur le papier; un film
est écrit et continue dêtre écrit à tous les
niveaux : du papier jusquau montage... Cela dit, jingère et
assimile dabord ma partition, je mimpose donc un cadre - évidemment
en collaboration étroite avec le metteur en scène - et ensuite,
je rigole à lintérieur de ce cadre... Alors, évidemment,
le cadre est plus ou moins restreint, en fonction de lintérêt
du texte et du rôle et des exigences du metteur en scène...
CK :
Pour toi, un bon scénario, est-ce un scénario béton ou
plutôt un scénario très ouvert - quitte à ce quil
y ait des courants dair...?
AB :
Je dirais quun scénario béton est un scénario
ouvert... et que cest parce quil est ouvert quil est béton.
Sans aller bien sûr jusquà provoquer des courants dair
excessifs qui finiraient par nous enrhumer...! Il faut avec une base solide laisser
des ouvertures afin que chacun des participants à la réalisation
dun film puisse trouver le moyen de respirer et par conséquent dêtre
plus créatif... mais, plus la base est solide, plus on a la possibilité de
déborder du cadre sans partir dans tous les sens.
CK :
Quelle est ta définition du mot ringard ?
AB :
Je nai jamais compris le sens de ce mot... Cela veut peut-être
dire que je suis une ringarde... En fait, cest un terme qui
a été tellement utilisé et galvaudé que le mieux
cest encore de lui laisser son sens premier : barre métallique,
terminée en crochet, qui sert à piquer et à attiser le feu
dans les fourneaux.
CK :
A part lart dramatique, que fais-tu... ou quaimerais-tu faire
? Ecrire, mettre en scène... et pourquoi ?
AB :
Rien de tout cela. En revanche, jaimerais élever des chevaux. Je
les adore ! Je joue aux courses aussi depuis quelque temps; je suis furax parce
que jai failli avoir le quinté, dimanche dernier. Jen ai eu
quatre sur cinq... et le cinquième est arrivé sixième !!!
Cela dit, ce nest pas tant la course qui me passionne, cest lanimal.
Malheureusement, il me faudrait beaucoup trop de temps pour me consacrer à leur élevage...
CK :
Test psycho : - Tu perds une dent dans la rue. Tu te suicides ? Tu appelles
les pompiers ? Tu ten fous ? Ou bien, tu es heureuse pour celui qui va
la trouver...?
AB :
Je suis très prudente avec mes dents. Je ne sors
jamais avec.
CK :
Quas-tu préféré lors du tournage
de Blonde et
Brune ?
AB :
Eh bien, tout simplement, de me lever le matin pour y aller
et de rentrer le
soir après une bonne journée de travail. Mais surtout davoir
bénéficié dautant de liberté et de confiance
de la part de la réalisatrice, Christine Dory !
CK :
Ce qui tas le plus gênée pendant ce même tournage
?
AB :
Davoir été payée au minimum
syndical. (Rires). Plus sérieusement, rien de particulier.
CK :
Tes projets ?
AB :
Au théâtre, je vais bientôt retravailler avec un metteur en
scène que jaime beaucoup, Jacques Nichet. Quant au cinéma,
dans limmédiat je suis très soucieuse de la promotion et
du suivi de Blonde et Brune - qui, après avoir été distingué au
Festival de Brest par deux récompenses, le Prix France 2 et le prix dinterprétation
pour une certaine Aude Briant... est nommé aux Lutins dont
la remise des prix aura lieu le 15 mars prochain...
CK :
Waouh! Quand te décideras-tu à avoir un rôle superbe dans
un chef-doeuvre ? Et, plus sérieusement, quel serait le rôle
dont tu rêverais éventuellement ?
AB :
Bonne question ! Pour linstant, jy réfléchis...
Quant au rôle qui me brancherait, ce serait celui dune Lonesome
Cowgirl ; un personnage solitaire et qui serait de tous les plans... parce
que jai de lappétit pour quatre !!! Sinon, dans les personnages
célèbres, quelquun comme Marie Curie... un rôle hors
normes... quelquun qui a fait avancer lhumanité... |
Mille mercis, Miss Brune,
pour ton sens de lhumour décalé ! Rendez-vous
donc très prochainement au théâtre en attendant
que le rôle de ta vie arrive... au galop...! Et maintenant,
quest-ce que je fais ? Je vous recommande quand même
daller voir un film que je nai pas aimé ... ?!?
Ecoutez, vous êtes assez grands pour vous débrouiller
tout seuls... A moins que vous ne soyez un inconditionnel de mes
critiques... Ce qui dans le fond ne me plairait quà moitié...
Photo de Aude Briant par Carlotta Forsberg
(Propos recueillis par Mézigue et Moi-Même). |
 

Collection décadrage
Séances mercredi vendredi dimanche mardi à 18h30 20h00
21h30, jeudi samedi lundi à 14h00 15h30 17h00.
Tarif unique : 6.70€
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