Aude Briant, un aperçu en vingt questions...
Comédienne
Mardi 08 mars 2005
Cette fois-ci, je fournis le bâton... mais la personne avec qui je m’entretiens n’aime pas la violence. Toutefois, je vous prie de bien vouloir prendre bonne note de mon courage, de ma bravoure, de ma vaillance ainsi que de ma témérité, en acceptant - après l’avoir provoquée moi-même - la contradiction à visage découvert ! J’ai détesté le film Blonde et Brune et Aude Briant l’a adoré ! (voir critique Cinekosma). Je ne vois guère que Mézigue pour en faire autant... Cela dit, lui, je l’ai mis au repos, c’est une brute...Mais, passons aux choses sérieuses... avec le sourire aux lèvres toutefois, s’il vous plaît. Mon interlocutrice est une personne fort aimable qui a accepté de se prêter à mon petit jeu de questions-réponses. Une comédienne discrète que j’ai découverte en allant voir au théâtre Un air de famille où elle reprenait, d’une façon remarquable le rôle interprété à l’origine par Agnès Jaoui. Discrète dans tous les sens du terme, tant au niveau du contact humain qu’au niveau de son jeu très subtil qui consiste à gommer l’artificiel pour laisser place à ce qui pourrait ne paraître qu’une esquisse dans un premier temps, mais qui s’avère au fond beaucoup plus spectaculaire et convaincant que le cabotinage. Et voilà le résultat de notre entretien...
Cinékosma :
Brièvement, ou longuement si le cœur t’en dit, ton opinion concernant Blonde et Brune... Si tu devais en faire la critique, que dirais-tu ?


Aude Briant:
Ayant personnellement participé à la création du film en tant que comédienne, voyant donc trop les choses de l’intérieur, je serais incapable de faire une critique de ce film. Cela dit, je l’aime ! Pour ma part, je l’ai pris comme un conte moderne et j’ai été très sensible à ces aspects fantaisistes et loufoques. Qui plus est, la place de l’acteur y est particulièrement privilégiée. J’ai bénéficié de beaucoup de liberté ; Christine Dory nous avait dit trois ou quatre choses essentielles à propos des personnages et pour le reste j’ai pu construire mon travail en confiance. Car le rôle m’a été confié en confiance ! Je sais bien qu’il s’agit, à priori, d’un pléonasme, mais dans ce métier, cela prend un autre sens. En effet, on peut confier un rôle à quelqu’un avec beaucoup de... réserves... En tout cas, avec Dory, pas de “réserves”; ce qui a été, me semble-t-il, très enrichissant et pour les comédiens, et bien sûr pour l’ensemble du film. Encore une fois, sans faire de critique, je n’en confirme pas moins que, en tant que spectatrice, j’ai également pris mon pied.

Cinékosma :
La marginalité de la cinématographie française est-elle vraiment marginale... ou bien dans quelle mesure ?

Aude Briant:
Je n’en ai pas vraiment l’impression. Etre marginal, cela a toujours été dur ; au fond, rien ne change... Sauf qu’aujourd’hui, c’est encore plus difficile, la marge étant plus étroite, autant pour les acteurs qu’au niveau de la narration... et de tout le reste.

CK :
Qu’attends-tu, en tant que spectatrice, d’un film ?


AB :
J’attends... l’inattendu ! J’adore les films loufoques et imprévisibles, comme ceux des frères Coen par exemple. Ils font preuve d’une grande maîtrise tout en s’amusant avec des personnages et des situations génialement paradoxaux ; leurs films sont drôles, émouvants et très humains. C’est tout ce que j’aime. En revanche, ce que j’aime beaucoup moins, surtout en ce moment, ce sont les fameux films dit comiques... qui sont tout sauf comiques... Cela dit, la démarche peut être sympathique, néanmoins, bien trop souvent, je me retrouve dans la salle à attendre désespérément le moment où le film va commencer... alors qu’il a démarré depuis déjà trois quarts d’heure... Autrement dit, il y a de nos jours un sérieux manque de contenu, d’histoire... et pas seulement dans les films pseudo comiques.

CK :
Penses-tu que les nouvelles “cinématographies” (Iran, Turquie, Corée, Liban, Argentine, etc.) apportent réellement et fondamentalement quelque chose de nouveau? Ne les trouves-tu pas trop influencées par le cinéma occidental traditionnel par exemple, et pourquoi ?

AB :
Je ne suis vraiment pas suffisamment cinéphile pour répondre d’une façon pointue à cette question. J’aime bien le cinéma, mais je ne suis pas une acharnée. Cela dit, il me semble évident que, comme pour tous les échanges mondiaux, il y a une tendance à l’uniformisation qui est un effet assez néfaste de la mondialisation à base de fric.

CK :
Ton plat préféré ?

AB :
Yen a trop ! J’aime bien manger, que veux-tu ! Il n’y a que les tripes que je n’aime pas ! A tel point que c’est peut-être pour cette raison que j’ai horreur de l’expression utilisée par certains acteurs : “ce rôle-là, je l’ai joué avec mes tripes”... !

CK :
Ta station de métro préférée ?


AB :
Il ne s’agit pas d’une station, mais d’une ligne. J’aime toute la ligne n° 11 Châtelet-Mairie des Lilas ; certainement parce que c’est la première que j’ai utilisée lorsque je suis arrivée à Paris. Cette ligne est pour moi comme une espèce de téléphérique souterrain...

CK :
Où fais-tu tes courses généralement ?

AB :
Chez les commerçants.

CK :
Pourquoi et comment as-tu choisi le métier de comédienne ? Ta formation ?


AB :
Et bien, je suis allée un jour au théâtre, avec ma mère, voir “Till l’espiègle” - j’avais douze ans - et en sortant de la salle, j’ai dit : “Je veux faire ça”. Primo, parce que j’ai été très marquée par le fait que les personnages, sur scène, existaient entièrement. Ils y ont réellement la parole, personne ne peut les interrompre et même s’ils ne parlent pas, leur présence est “intouchable”. Secundo, et c’est beaucoup plus anecdotique, mais néanmoins fort important pour la gamine de douze ans que j’étais, j’ai demandé à ma mère : “mais que font les comédiens après le spectacle ?” ; elle m’a répondu : “eh bien, ils vont dîner”. “A onze heures du soir !” J’ai vraiment trouvé excitant de voir qu’on peut manger tard quand on est acteur ; tard, c’est-à-dire, en dehors des normes habituelles. Sinon, pour ce qui est de ma formation, un beau jour, je suis montée à Paris, j’ai fait le Conservatoire, et j’ai eu la chance de trouver du travail tout de suite après.

CK :
As-tu une préférence entre le théâtre et le cinéma? Peux-tu définir les différences entre ces deux domaines au niveau du travail du comédien ?

AB :
Bien qu’ayant travaillé davantage au théâtre, j’aime à peu près autant les deux. Le théâtre, parce que le comédien y est le patron et le cinéma, parce qu’il y est l’employé ; car il est parfois très confortable de n’être que l’employé. En revanche, je ne vois pas de différences fondamentales au niveau du jeu de l’acteur, si ce n’est des détails d’ordre technique.

CK :
Que penses-tu de la manière dont est pratiqué l’art dramatique actuellement en France ? Trop libre ? Trop astreignant ? Créatif ou stérilisant ?

AB :
Chaque époque génère son code de jeu. Le code actuel n’est pas très marrant. En vérité, je ne sais pas trop pourquoi je dis ça, mais d’une manière générale, je ne le trouve pas marrant. En tant que spectatrice, en revanche, il suffit que l’interprète soit prenant d’une manière ou d’une autre pour que je me fasse avoir ; c’est-à-dire, pour que je cesse d’observer en détail la qualité de son jeu, ou sa démarche professionnelle. Pour ce qui est des comédiens français, j’ai un faible pour des gens comme Alain Chabat, Karin Viard et j’aime beaucoup ce que fait José Garcia tant au niveau de son talent qu’au niveau de ses choix.

CK :
Pourrais-tu préciser ce qui différencie le jeu d’un acteur européen du jeu “à l’américane” ? A moins que tu n’y attaches aucune espèce d’importance ?

AB :
Je suis un petit peu embarrassée pour faire une comparaison profondément analytique. Il est néanmoins évident qu’il s’agit de deux types de culture différents, et encore plus évident que ce qui compte, c’est bien sûr le résultat, et pas tellement la méthode employée. J’ai sans doute plus de recul pour pouvoir observer, dans le détail, le jeu américain... Par exemple, j’ai remarqué une chose marrante, c’est qu’il y a une différence qui est presque d’ordre religieux : on sent vraiment qu’ils ont beaucoup plus tendance à croire en Dieu, du fait de leur regard... En effet, j’ai remarqué qu’ils levaient souvent les yeux au ciel... quand ils ont un obstacle, lorsqu’ils sont heurtés par quelque chose, ils lèvent les yeux, puis reviennent ensuite sur eux... De toutes façons, le travail d’ l’Actor Studio, par exemple, est très fondé sur le ressenti. Encore une fois, je n’ai pas de préférence, c’est le résultat que je prends en compte.

CK :
Et toi même, comment abordes-tu un rôle ? D’une manière plutôt technique, plutôt instinctive, les deux à la fois etc ?


AB :
C’est variable. Toutefois, d’une manière générale, je privilégie le texte. C’est ma partition. Attention, au cinéma, il faut se méfier car l’écriture - au sens propre du terme - y est moins évidente sur le papier; un film est écrit et continue d’être écrit à tous les niveaux : du papier jusqu’au montage... Cela dit, j’ingère et assimile d’abord ma partition, je m’impose donc un cadre - évidemment en collaboration étroite avec le metteur en scène - et ensuite, je rigole à l’intérieur de ce cadre... Alors, évidemment, le cadre est plus ou moins restreint, en fonction de l’intérêt du texte et du rôle et des exigences du metteur en scène...

CK :
Pour toi, un bon scénario, est-ce un scénario “béton” ou plutôt un scénario très ouvert - quitte à ce qu’il y ait des “courants d’air”...?

AB :
Je dirais qu’un scénario “béton” est un scénario ouvert... et que c’est parce qu’il est ouvert qu’il est “béton”. Sans aller bien sûr jusqu’à provoquer des courants d’air excessifs qui finiraient par nous enrhumer...! Il faut avec une base solide laisser des ouvertures afin que chacun des participants à la réalisation d’un film puisse trouver le moyen de respirer et par conséquent d’être plus créatif... mais, plus la base est solide, plus on a la possibilité de déborder du cadre sans partir dans tous les sens.

CK :
Quelle est ta définition du mot “ringard” ?

AB :
Je n’ai jamais compris le sens de ce mot... Cela veut peut-être dire que je suis une “ringarde”... En fait, c’est un terme qui a été tellement utilisé et galvaudé que le mieux c’est encore de lui laisser son sens premier : barre métallique, terminée en crochet, qui sert à piquer et à attiser le feu dans les fourneaux.

CK :
A part l’art dramatique, que fais-tu... ou qu’aimerais-tu faire ? Ecrire, mettre en scène... et pourquoi ?


AB :
Rien de tout cela. En revanche, j’aimerais élever des chevaux. Je les adore ! Je joue aux courses aussi depuis quelque temps; je suis furax parce que j’ai failli avoir le quinté, dimanche dernier. J’en ai eu quatre sur cinq... et le cinquième est arrivé sixième !!! Cela dit, ce n’est pas tant la course qui me passionne, c’est l’animal. Malheureusement, il me faudrait beaucoup trop de temps pour me consacrer à leur élevage...

CK :
Test psycho : - Tu perds une dent dans la rue. Tu te suicides ? Tu appelles les pompiers ? Tu t’en fous ? Ou bien, tu es heureuse pour celui qui va la trouver...?


AB :
Je suis très prudente avec mes dents. Je ne sors jamais avec.

CK :
Qu’as-tu préféré lors du tournage de Blonde et Brune ?

AB :
Eh bien, tout simplement, de me lever le matin pour y aller et de rentrer le soir après une bonne journée de travail. Mais surtout d’avoir bénéficié d’autant de liberté et de confiance de la part de la réalisatrice, Christine Dory !

CK :
Ce qui t’as le plus gênée pendant ce même tournage ?


AB :
D’avoir été payée au minimum syndical. (Rires). Plus sérieusement, rien de particulier.

CK :
Tes projets ?

AB :
Au théâtre, je vais bientôt retravailler avec un metteur en scène que j’aime beaucoup, Jacques Nichet. Quant au cinéma, dans l’immédiat je suis très soucieuse de la promotion et du suivi de Blonde et Brune - qui, après avoir été distingué au Festival de Brest par deux récompenses, le Prix France 2 et le prix d’interprétation pour une certaine Aude Briant... est nommé aux “Lutins” dont la remise des prix aura lieu le 15 mars prochain...

CK :
Waouh! Quand te décideras-tu à avoir un rôle superbe dans un chef-d’oeuvre ? Et, plus sérieusement, quel serait le rôle dont tu rêverais éventuellement ?

AB :
Bonne question ! Pour l’instant, j’y réfléchis... Quant au rôle qui me brancherait, ce serait celui d’une Lonesome Cowgirl ; un personnage solitaire et qui serait de tous les plans... parce que j’ai de l’appétit pour quatre !!! Sinon, dans les personnages célèbres, quelqu’un comme Marie Curie... un rôle hors normes... quelqu’un qui a fait avancer l’humanité...
Mille mercis, Miss Brune, pour ton sens de l’humour décalé ! Rendez-vous donc très prochainement au théâtre en attendant que le rôle de ta vie arrive... au galop...! Et maintenant, qu’est-ce que je fais ? Je vous recommande quand même d’aller voir un film que je n’ai pas aimé ... ?!? Ecoutez, vous êtes assez grands pour vous débrouiller tout seuls... A moins que vous ne soyez un inconditionnel de mes critiques... Ce qui dans le fond ne me plairait qu’à moitié...

Photo de Aude Briant par Carlotta Forsberg
(Propos recueillis par Mézigue et Moi-Même).

Collection décadrage
Séances mercredi vendredi dimanche mardi à 18h30 20h00 21h30, jeudi samedi lundi à 14h00 15h30 17h00.
Tarif unique : 6.70€

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