INTERVIEW D’UNE SPECTATRICE : Danielle
Samedi 24.04.2004
Danielle est une femme d’une soixantaine d’années qui va régulièrement au cinéma, sans être pour autant une cinéphile acharnée. Elle fréquente les salles obscures à raison de cinq à dix fois par mois. Ce qui n’est déjà pas mal par rapport à la moyenne nationale. Nous avons donc estimé qu’elle avait des choses intéressantes à dire. Il s’agit de la première interview de spectateur d’une longue série. Il nous a semblé bon à Mézigue et Moi-Même de prendre un peu la température auprès des nombreux cinéphiles, non seulement dans un souci d’originalité, mais parce que les spectateurs n’ayant jamais le droit à un entretien concernant le cinéma, d’enfin pouvoir leur donner un petit peu la parole.

Cinékosma :
Quel est votre film préféré ?


Danielle :
C’est une question extrêmement difficile, voire même un peu stupide... Le premier qui me vient à l’esprit et qui m’a beaucoup marquée, est Le Parrain, mais bien sûr, il y a beaucoup d’autres films que j’ai adorés, fort heureusement.

Cinékosma :
Quelle est votre période cinématographique préférée ?

Danielle :
Les années 30, 40 et 50. Déjà, un peu moins les années 60 et 70, bien que le Parrain date du début des années 70.

CK :
Quel est le dernier chef-d’oeuvre que vous ayez vu ?

D (sans hésitation) :
In The Mood for Love. Un vrai chef-d’oeuvre ! De la poésie à l’état pur à partir d’une histoire, finalement assez banale.

CK :
Qu’attendez-vous d’un film ?

D :
D’être complètement captivée par l’histoire, de vivre des moments forts et évidemment plein d’émotions.

CK :
Qu’est-ce qui est le plus important pour vous ? L’histoire, le réalisateur, les acteurs, ou bien les qualités esthétiques ?

D :
Le plus important ? Je dirais volontiers tout, mais néanmoins, mes choix sont faits en fonction des acteurs et du réalisateur. Quant à l’histoire, j’aime la découvrir en voyant le film. Il est également évident que les qualités esthétiques apportent énormément à un film, et j’y suis très sensible.

CK :
Quel est votre genre de film préféré ?

D :
Tous, sauf les films de science-fiction, les films de guerre et les westerns.

CK :
Qu’auriez-vous envie de dire à propos de la télévision ?

D :
Ah, la télévision... ! C’est le poison de toute l’humanité depuis toujours, et spécialement aujourd’hui que l’ on a réussi à rabaisser l’homme au niveau intellectuel le plus bas. En effet on montre énormément d’affreuses stupidités et l’on s’acharne à essayer de rabaisser encore davantage en utilisant un poison de plus en plus fort afin de complètement empoisonner le peu de cervelle que le spectateur TV peut encore avoir. Les pires exemples sont les émissions dites “reality” dans lesquelles on montre une personne qui vit sa vie privée au public. Je me demande quelles sont ces gens que cela peut divertir de voir quelqu’un prendre sa douche, se raser, se peigner, se brosser les dents, aller aux toilettes, éplucher des pommes de terre, et roter pendant les repas, etc... Pour moi, c’est une totale dégénérescence de ce siècle. Sans parler, d’autres émissions, comme celles animées par Lagaf’ et ses semblables. Et, ce qu’il y a de plus grave, c’est que les parents ne se soucient absolument pas de leurs enfants qui regardent ce genre d’émissions tous les jours. Ils ne se demandent pas ce qui va advenir de leur QI, et moi, je pense qu’il faudrait trouver un moyen de mesurer le degré de débilité, car ce serait beaucoup plus aisé et rapide.

CK :
Et la vidéo, DVD ?

D :
C’est tout de même mieux que la TV, en tous les cas. Il est agréable de pouvoir parfois revoir un film qu’on aime beaucoup (mais en VO bien sûr). Pour ce qui concerne les enfants, on a le choix et personnellement, j’affectionne les films de Walt Dysney. Le DVD est également très utile pour les personnes âgées ou malades.

CK :
Quels sont les autres spectacles que vous affectionnez ?

D :
Les concerts, mais à condition que l’on ne se limite pas aux artistes qui ont une large audience. Les exemples ne manquent pas : Johny Halliday, Michel Sardou, ou encore Marc Lavoine. Quant à la masse de jeunes “vedettes” qui nous proviennent de TV-shows, c’est une véritable CATASTROPHE. Le théâtre aussi, à condition bien sûr, que les artistes soient de qualité et le texte également. En revanche, ce que je déteste le plus, ce sont ces stupides et effrayantes comédies musicales qui sont très en vogue depuis quelque temps.

CK :
Que pensez-vous de l’état du cinéma actuel, en France et ailleurs ?

D :
Indiscutablement, les bons films manquent de plus en plus depuis déjà un certain nombre d’années. Quant au cinéma français, il est exceptionnellement désespérant. En effet, les films français, depuis déjà deux bonnes décennies, sont insupportables, probablement, parce beaucoup trop de choses fonctionnent par copinage et népotisme. Il est évident, dans ces conditions, que le professionnalisme se perde. D’autre part, la télévision étant le principal financier au niveau de la production, on ne sait plus très bien ce qu’on va voir au cinéma ; un téléfilm déguisé ou bien un film digne de ce nom.

(Propos recueillis par Mézigue et Moi-Même).

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