L'année de la mort de José Saramago |
Je n’ai fait la connaissance de cet écrivain majeur que fin 2008. Par l’intermédiaire du cinoche. En effet, peu de temps après avoir raté Blindness réalisé par Fernando Meirelles (La cité de Dieu, The Constant Gardener), je suis allé farfouiller dans la librairie la plus proche de mon domicile et y ai aperçu la réédition en “Pocket” du roman d’un certain José Saramago. Le vrai titre, en français pour une fois, en est L’aveuglement. Alors, je me suis dit que faute d’avoir vu le film, j’allais au moins lire le bouquin. Voir un peu qui était ce Monsieur Saramago... Quelle lacune ! On a beau s’intéresser avec passion à la littérature, il y a toujours quelque chose à rater... Trésors inépuisables depuis la nuit des temps, les oeuvres écrites foisonnent, et ce, de plus en plus. La lecture de L’aveuglement fut un choc mêlé d’horreur, de passion, d’intelligence et d’un humour élégamment fin, le tout rédigé dans un style très personnel, donc unique. Depuis, j’en suis à mon treizième “Saramago”, et, chaque fois, que j’entame une nouvelle histoire, je me retrouve, le nez dans mon livre, certes, mais aussi en compagnie de José Saramago, chez lui, dans son petit monde... ô combien universel !
Issu d’un milieu modeste, il ne put faute de moyens financiers pousser bien loin ses études et démarra dans la vie active en tant que serrurier. Mais la littérature l’ayant toujours fortement intéressé, il va peu à peu, utiliser à son tour la plume et débutera par des articles dans la presse notamment. En 1947, il publie un premier roman qui ne convaincra pas grand monde. Ce n’est que bien plus tard, par manque de confiance en soi entre autres, qu’il trouvera son style après avoir, c’est classique, pris quelques libertés structurelles, grammaticales, philosophiques, en un mot narratives. Paraboles, métaphores, histoire, religion ou politique, tout s’entremêle avec un bonheur quasi inégalable, avec à l’appui une omniscience encyclopédique. Et, répétons-le pour le plaisir, un sens de l’humour du genre pince-sans-rire qui surgit de ses longues circonvolutions mélangeant passé, présent et avenir ainsi que la poésie, un réalisme cru faisant excellent ménage avec un surréalisme particulièrement original et insolite, non seulement en tant qu’autre pendant, mais totalement inhérent à un ensemble qui s’appelle harmonie.
Communiste humaniste - d’aucuns le qualifient plutôt de communiste libéral - il recommandait souvent à ses camarades de relire Karl Marx et n’avait de cesse de chercher l’emplacement exact de la gauche... Athée convaincu, il écrivit en 1993, son chef-d’oeuvre à mon sens, L’évangile selon Jésus Christ, une version rationnelle de la plus grande arnaque jamais contée. Conçue et réalisée d’une manière scrupuleuse et jamais grossière, l’oeuvre n’en souffrit pas moins d’une grosse “curetonnade”, ce qui amena notre auteur à quitter le Portugal pour s’installer aux îles Canaries. Cinq ans plus tard, il est couronné par le prix Nobel de littérature. Ainsi va le monde.
Parmi ses autres oeuvres romanesques (il a écrit également des essais, des poésies et des pièces de théâtre) les plus connues ou importantes, nous avons : Le dieu manchot, La lucidité, La caverne, Le radeau de pierre ou encore L’année de la mort de Ricardo Reis. Cela dit, José Saramago, ce n’est que du bon !
J’allais oublier l’essentiel... ou le plus futile... José Saramago est décédé le 18 juin dernier. On va dire gentiment, de vieillesse. 87 ans... n’est-ce pas... Enfin, on se console comme on peut. D’autant que plusieurs de ses oeuvres n’ont jamais été traduites en français, notamment son dernier ouvrage (paru au Portugal, en Espagne et en Italie) intitulé Caïn.
P.S.
Si jamais Dieu existe vraiment, il doit faire une sacrée gueule en ce moment, José !
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Vient de paraître (Charlie Hebdo-Editions Les Echappés / Le Cherche Midi) le nouveau bouquin de Patrick Pelloux : Histoire d’urgences Tome 2.
Médecin urgentiste fort connu depuis la canicule de 2003, il est également chroniqueur à Charlie Hebdo et nous régale à nouveau avec son recueil de propos bourré d’anecdotes aussi dramatiques que hilarantes... et pour le moins édifiantes. En effet, en le lisant, on en arrive à se demander : “A quand le bombardement des hôpitaux publics et des services d’urgence... à quand la crémation sur la place publique des lits hospitaliers - avec les malades dedans, de préférence...?”
Le gars Pelloux est passionnant par ses récits, sa façon d’écrire et son sens indéfectible de l’humour. Lorsqu’on évoque des personnalités aussi singulières, cultivées, que humanistes, on pense en général à Jacquard, Reeves, Cavanna, Elisabeth et Robert Badinter... et j’en passe bien d’autres... Toutes personnes fort âgées qui vont bientôt nous quitter malheureusement. Du coup lorsqu’on voit entrer en scène un gars un peu plus jeune avec une belle grande gueule... on se réconcilie avec l’humanité.
Livre salutaire et indispensable, Histoire d’urgences Tome 2, est à lire... d’urgence !
J’allais oublier les irrésistibles illustrations, tout au long des 271 pages, de Charb, l’un des dessinateurs humoristes les plus génialement cruels ! |