Bruno Delbonnel
A propos d'un "survivant" |

Suite au décès de Bernard Giraudeau, acteur solide et très professionnel, humainement exemplaire dans sa manière de lutter durant une dizaine d’années contre le mal du siècle et écrivain ayant fait preuve d’un joli brin de plume - Les dames de nage par exemple,

Suite au grand départ, dans la plus fière dignité, de Michel Bricout, un proche, liens amicaux et familiaux, professeur de philosophie pendant de nombreuses années, organiste de talent et aussi fabuleux photographe qui m’a laissé en cadeau et désormais en souvenir inoubliable un cliché qui frise le chef-d’oeuvre; homme de foi dans tous les sens du terme et à la recherche de la vérité tout simplement, l’on pourrait lui dédier cette noble phrase : “Tant que tu n’atteindras pas la vérité, tu ne pourras la corriger. Toutefois, si tu ne peux la corriger, tu ne l’atteindras pas. En attendant, ne te résigne pas.” ,
Suite donc à ces tristes événements, j’ai la ferme intention d’arrêter avec mes “nécros”, car je me fais l’effet d’un charognard.

Parlons plutôt de ce fameux chef “op” qu’est Bruno Delbonnel et dont le travail sur Le fabuleux destin d’Amélie Poulain a été élu meilleure photo des dix dernières années par les lecteurs (tous des pros dans un domaine similaire) de The American Cinematographer .
Extraits de son interview dans “le film français” du 09.07.2010 :
“... l’industrie va mal. Je n’ai jamais voulu tourner en numérique. Mais je suis un privilégié. Sur “Faust”, le film d’Alexander Sokurov que je viens de terminer, Arri nous proposait gratuitement une D-21. J’ai refusé et j’ai pu convaincre la production que le film était une meilleure solution...”
“... si on veut faire “Lawrence d’Arabie”, il faut tourner en 65 mm, pas avec une Red. Si on réalise un téléfilm, je ne vois pas l’utilité du 65 mm. Je rêve d’un cinéma grand public ou d’art et essai, mais projeté dans une salle. Pas tourné pour un écran plasma...”
Des metteurs en scène, comme Cédric Klapisch, travaillent avec un appareil photo numérique. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
“C’est un désastre, la logique des gens qui n’en ont rien à faire ! Les industries traditionnelles du cinéma, c’est de l’horlogerie qui demande des temps de développements très longs. On est en train de mettre en péril tout cela. Une société comme Angenieux, qui fabrique les meilleurs zooms du monde, pourrait disparaître dans dix ans. Cela n’a aucune logique de mettre sur un appareil à 3.000 euros un objectif à 30.000 euros. Je sais que l’on ne peut pas arrêter la marche du futur (...) Il y a, en tout cas, une réflexion à avoir sur ce que l’on fait artistiquement et économiquement. Et penser peut-être à ralentir le rythme pour que les industries aient le temps de se retourner. Attention à la nouveauté qui détruit tout !”
Vive Bruno Delbonnel ! |