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Je vais t’écrire quelque chose,
lecteur.
C’était l’hiver. Nous étions en
rase campagne. Rasés par le froid. Elle avait disparu.
J’ai demandé où. Des paysans édentés
m’ont répondu là-haut. J’ai pris
mes couilles à deux mains et je suis monté.
Entre-temps, toutefois, il s’est passé des événements.
Le chemin qui menait au sommet était d’une beauté
telle que je l’aime. La neige par terre et partout,
blanche bien sûr, mais pas forcément toujours
car il y avait aussi de la boue...
Ce que je redoutais, comme tout un chacun paysan que j’étais,
arriva. Les loups. Dix, douze, quatorze, quinze, je ne sais
plus... Ils m’ont agressé et je les ai butés
en silence. Ils voulaient du sang, z’en ont eu ! Ils
voulaient de la chair, z’en ont eu. De la morve aussi.
Je leur ai éternué dessus après les avoir
écrabouillés. Fier ! On est toujours fier quand
on gagne une bagarre. Vantard non, mais fier bêtement
c’est le cas de le dire. Ils n’avaient même
pas réussi à me blesser, tout quatorze qu’ils
étaient. La sève rouge des bêtes avait
giclé. Ca faisait tableau par terre. Nature morte.
J’ai vomi par émotion et j’ai continué
mon chemin vers le sommet. Là où elle avait
disparu, l’amour de ma vie. L’inaccessible saleté,
tout droit sortie du paradis, qui pue tellement bon qu’on
en bande.
Je la cherchais du regard mon étoile.
Par la suite, y a bien eu un ours, esseulé le pauvre,
qui a tenté de me roter à la figure... Point,
c’est tout. J’ai sinueusement arpenté le
large sentier, chemin de ma vie, chemin de mon coeur...
Quel coeur, biteux ? Biteux ange à la larme facile,
quel coeur ?
Le mien, foutre-punaise, le mien, celui auquel je tiens, celui
auquel je suis accroché, foutre-paradis !
Je marque la neige à pas lourds, je la viole et j’avance
donc vers la chaumière dont j’entraperçois
déjà la cheminée...
La cheminée de la chaumière de ma bien-aimée
qui m’a quitté, qui est partie s’asseoir
ailleurs personne ne sait pourquoi. Cri de vagin. Epoustouflante
réaction d’un organe sans âme qui se révolte
pour des raisons parfaitement obscures.
Je pense à tout ça et j’avance dans la
montagne...
Belle comme une photo, elle m’attendait...
J’ai frappé la porte. Elle m’a ouvert,
le cul béant, la chatte informe, les poils frissonnants,
debout, mauvaise salope suant de la cuisse.
“Fait froid”, me dit-elle comme accueil. “Tu
trouves”, je réponds. “Ferme la porte”,
ordonne-t-elle.
A poil comme ça, c’est énervant, les déesses.
Je les aime, mais faut pas pousser. Blonde, la fesse impeccable,
elle se tortille jusqu’au lit, j’en bave. J’en
oublie la question principale. Où t’es partie
pourquoi ? Le Cul est là, Dieu ! Des fesses pires qu’harmonieuses,
qui font mal aux yeux tant elles sont joliment dessinées.
Je bande furieusement et je ne te raconte pas la suite, lecteur.
Le Paradis m’enveloppe, puis elle me dit :
“-T’es costaud côté bite, mais tu
sens mauvais ! Est-ce qu’on te l’a déjà
dit ?
- Oui. A l’instant.”
Elle m’a dit aussi : “J’ai acheté
six tueurs pour toi ! J’ai pensé que ça
te ferait plaisir de crever juste après m’avoir
enculée. Non ?”
Non, ça ne me faisait pas plaisir.
J’étais armé côté pétard.
J’en avais un collé à la hanche. Je lui
ai dit : “Tiens, prends, c’était pas la
peine de t’offrir le luxe de payer des salauds pour
me chercher des poux. Prends ça et appuie, ça
fera l’affaire.”
“Mais je t’aime, me dit-elle lascive. Tu pues,
mais je t’aime.”
“T’es le plus beau tas que la Terre ait jamais
porté, mais je te hais, réponds-je. Je te raconte
pas l’immense merveille qu’est fourrée
entre tes poils de cul. Je te raconte rien. Je te laisse mon
colt, “Gringuette”.”
C’est peut-être ça qui l’a vexée
: “Gringuette”.
Elle m’en a tiré six dans le dos comme un lâche
dans les mauvais films. J’ai pris ça comme j’ai
pu.
Je suis sorti de la baraque en toussant.
Mante Religieuse. J’étais tombé sur une
mante. Religieuse en plus. C’est terrible. Les mantes.
Surtout quand elles sont religieuses. J’aime pas les
insectes.
Dehors, y avait tout le décor.
La neige avec ses poils.
Plus les six cons qui m’attendaient pour me faire l’affaire.
Dieu était de mon côté, ce matin-là.
J’ai tâté ma hanche pour dégainer
mon colt. Il n’était évidemment plus là.
J’ai fait semblant avec ma main et mes doigts.
Ils sont tous tombés, les six, raides muertos !
Flagrant.
Imagine.
Cela dit, avec mes six balles dans le costard, je suis allé
me coucher, après la constatation des dégâts,
dans le reste d’herbe joliment hivernal.
J’ai pris l’arbre entre mes bras.
Et, je ne sais pas si c’était vraiment son nom,
mais je lui ai dit :
“Je t’aime chêne !”
(Jamais nulle part.)
Les nouvelles d'Alexandre
Strak :
Allô
La
Boue
Coeur
nu dans la neige
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