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C’était là-bas. Nous
étions seuls. L’herbe n’était plus
là... On y était pourtant habitué. La
tranchée nous bouffait la gorge. Voilà le témoignage...
Je suis le soldat inconnu. J’ai un père et une
mère comme tout le monde. Je suis parti, fleur au cul,
quelque part dans le nord où il fait froid. La pluie
nous rassasie largement la soif. La soif primaire. Sinon,
au figuré, nous avons encore droit au rêve. Les
supérieurs, se prenant pour des mères, nous
ordonnent. Comme à l’église. Nous chassons
les cafards qui envahissent les étoiles poussiéreuses
de nos gamelles. Le feu rugit. Rougit aussi parfois. Par moments,
il n’est que blanc sur fond noir. Durant la nuit. Tout
explose. L’essentiel, c’est que dans nos poches
trouées se trouve soigneusement plié en forme
de quadrature du cercle le drapeau avec toutes ses étoiles.
Les femmes ne nous manquent pas; on se branle ou bien on s’encule.
Nous avons été élevés à
la dure par nos pères. Mémoire à eux
! On saigne de l’imagination. On rêve. On se demande...
Imagine le désert de l’enfer... Imagine un éclair
dans ce désert... Imagine les nerfs d’un humain
emmitouflé dans un costume appelé uniforme...
Imagine la splendeur de l’honneur dans la boue... Imagine
cette terre arable soumise à la torture... Nous possédons
des baïonnettes, certes... Mais, le temps d’atteindre
l’ennemi au corps est trop bref... On pète avant...
Ou alors, c’est l’autre qui pète... Parce
qu’on l’a eu en premier...
Raoul c’était Raoul. Clope au bec, il pouvait
dormir. Ainsi, pendant l’attaque, il ne fut nullement
réveillé par le vacarme habituel, il faut bien
le dire... La faculté d’adaptation, que veux-tu...
Durant tout le temps où le courage faisait rage, il
ronfla... Jusqu’au moment crucial où le soldat
rouge - nous, nous étions vêtus de bleus - l’embrassa
de toute son étreinte fatidique... Pendant que les
flammes des canons rugissaient, que la transparente déchirure
du ciel devenait rose puis rouge puis rien... il cauchemardait
à loisir... à de pires événements...
Le barbu sauvage l’enlaçait si fort qu’il
se trémoussa dans un soubresaut d’ivrogne...
Soudainement, il comprit dans un réveil tardif que
la réalité le prenait pleinement à-bras-le-corps
le rappelant à la vie !
Les yeux baveux de mauvais sommeil, il oscilla du regard vers
le paradis... Savoir, le ciel... C’était nuit
et le ciel était hors service. Il vit alors dans son
futur imaginaire un nuage somptueux de blancheur... L’éclair
d’un coup de canon lui rappela son amour impossible
pour une bien jolie paysanne aux yeux ocre... Le vieil arbre,
sûrement centenaire, se fendit d’une larme de
sève... Ce fut lorsqu’il était gamin morveux
que cette improbable éclosion d’espoir viril
lui apparut sous la forme d’un enraciné chêne...
Il devait souffrir d’environ sept hivers en cette époque...
A ce moment précis, il souffrit de la pression du ceinturon
de l’ennemi... Le barbu le tenait d’un indicible
besoin de possession... Le feu d’artifice avait beau
se poursuivre dans la nuit résolument sans étoiles,
Raoul ne percevait rien de réel... excepté la
poussée du ceinturon... La boue fondait sous ses ongles,
lorsqu’il s’aperçut qu’il s’accrochait
à elle... Le haut de sa tranchée baissait de
niveau à mesure qu’il rêvait des joues
roses de Mathilde... Ses doigts griffus disparaissaient dans
la terre trempée... Le barbu le serrait de plus en
plus désespérément... Un obus, outrageusement
tonitruant ne remua point les sens des deux ennemis... L’un
était pris au piège de l’autre qui ne
savait que faire de sa prise inconsciente...
Ce fut une bataille rude, terriblement rude qui eut lieu en
cette nuit d’un mois sombre, d’une nuit surréaliste...
de l’an de grâce inconnue... et ignorée
par tous... Point de grâce ! Passons à l’acte,
semblaient dire les esprits, finissons-en avec cet interminable
destin résumé en un instant sublime et fascinant
de laideur, de détestation, d’execration... d’intimes
excrétions...!
La bataille que se livrèrent nos deux barbus - car,
Raoul non plus n’avait point eu l’occasion de
se raser depuis un mois et demi - fut tout aussi barbaresque
et dérisoire dans tout son aspect littérairement
baroque...! L’ennemi avait le dessus sur Raoul et défit
donc les premiers crans de sa ceinture... puis les suivants...
En avait marre l’ennemi tout comme l’ami Raoul
de se morfondre dans la “branlaison”... Et, sous
prétexte honorable qu’il voulût humilier
son adversaire, il ôta aussi ce qui lui servait de caleçon...
De vieux lambeaux... d’avant-guerre ! L’ennemi
de Raoul était sujet à une érection formidable
de soldat au service de sa Majesté des Ruches...! Il
pénétra donc, après avoir sèchement
déchiqueté les haillons de notre héros
Raoul, l’anus du futur soldat inconnu...!
Raoul ne cria pourtant pas grâce, ne réalisant
point la vivacité de la bête rougeâtre
au sein de son cul plein de merde... Ce n’est que lorsque
l’ennemi se mit en marche, en branle, qu’il comprit
l’ampleur de sa misérable condition...! Mais
il était possédé... Que faire, les ongles
glissants dans la fange boueuse, dos tourné à
l’agresseur...? Du reste, sa force énergétique
devenait obsolète... cela faisait trois jours qu’il
avait savouré sa dernière sardine à l’huile...!
Alors, de rage, il bava !!! Bien blanc !!! Ecumeuse, quelque
chose d’indécent, sa bave... couronnant au hasard
de la volonté de Dieu, ses lèvres roses soudain
blêmissantes...!
Le remue-ménage, aussi ancien que la nuit des temps,
entama sa procédure... L’ennemi était
littéralement en train d’enculer Raoul... La
boue gluante, marron et invisible, acheva de glisser vers
la pente de l’ennemi... Alors, Raoul se raccrocha à
la branche de l’espoir...
La guerre, comme toute chose, a une fin... Et aura une fin
fatale... Fatalement inéluctable ! Il voyait le blanc
de l’orchidée dans la lueur de la faramineuse
expression du crachat des canons... Il voyait sa belle...
plus belle que jamais ! Néanmoins, ses ongles pleins
de passions humaines aucunement contrôlées mollissaient
à mesure que la prise de ses phalanges perdait doigt...
Que la querelle ainsi provoquée, pensait-il, ne pouvait
être qu’une erreur de jugement... La sueur l’envahit
lorsque le rêve-cauchemar le lâcha... Il reprit
ses esprits divins en sentant nettement que l’ennemi
lui faisait mal au cul !
Et, pendant que l’ennemi le sodomisait jusqu’à
la gorge, il renfrogna les sourcils, il refoula ses larmes
puériles, il serra le reste de ses dents cariées...
Néanmoins, il fallait contre-attaquer... se défendre
du moins... Il ne pouvait avoir accès ni à son
pétard ni à son poignard... sauf si l’ennemi
lui faisait... la grâce d’un coup d’avance...
L’échiquier de Raoul n’était plus
que d’une couleur... noire ou blanche au choix... Il
eût fallu que le salopard qui lui niquait l’honneur
de son anus lui permît une pause... durant laquelle
il eût pu se retourner et voltefacer...!
Nul espoir de ce côté ! Qui plus est, l’ennemi
avait la verge dure... ou bien, il voulait faire durer le
plaisir... Il tringlait comme un tuberculeux... et en silence
qui plus est...! Il ne pipait le moindre “han”...
il tirait son coup jusqu’à plus... jusqu’à
plus... jusqu’à plus d’éclairs dans
le ciel sordide d’une nuit hivernale en plein milieu
de mois estival... C’est, en tous cas, ce qu’imaginait
le salopard d’ennemi...
Ce n’est plus une question de Diable ou de Bon Dieu,
pensa épileptiquement Raoul... S’agit d’une
seule et même volonté... question de survie...!
Tout ce que je veux, c’est que ce putain d’ennemi
ne m’éjacule pas dans le cul !!!
Il se livra alors à une résistance, digne d’un
maquisard dans le désert, savoir serrer l’anus
le plus possible pour que l’autre... coince...!
Il avait oublié un truc notre Raoul, c’est que
dans les histoires de cul, plus tu la joues serrée,
plus cela fait jouir le partenaire...!
L’autre, l’ennemi, pris dans une jouissance enculatoire
sans précédent dans sa pauvre existence de cul-terreux,
tout en faisant durer le supplice, histoire d’inonder
l’ennemi... ne se vit nullement perdre la tête...
Tête qui lui fut arrachée par un obus ailé
aussi improbable que l’existence de notre monde...!
Il tenait à inonder d’un tsunami de jute sans
comparaison son détesté frère d’au-delà
de la frontière... créer un précédent
inavouable devant un Tribunal... Mais, sa tronche partit en
éclats, comme un vulgaire melon d’eau ! Un obus
de son camp, hasardeusement mû par la main tremblotante
d’un éternel sans vie... Dans l’époustouflante
explosion de sa “monarchie céphale”, l’on
put lire un instant toute sa vie, sa première pute,
sa majestueuse rêverie digne d’un citoyen en droit
de transformer la basique terre en une splendeur céleste...
l’épouvantable désir du manant aspirant
à la déité... fut-elle de la durée
inmesurable du plus petit micro-élément, pulvérisé
par une lumière trop brève... au point de paraître
illusoire...!
C’est alors que le Ciel pesta ! Le feu d’artifice
des bas humains cessa d’un coup, faisant place à
un tonnerre de Dieu (cas de le dire) qui sanctifia la scène
d’enculage en la couvrant du manteau éternel,
couleur cendres poivre et sel...Le dominé bassement
pénétré et le dominant sans tête...
son reste de cou giclant des tonnes de sang... toute la raisine
de l’homo erectus... déboussolé désormais
à jamais dans son navire incapable de tanguer sur la
moindre vaguelette... En figeant cet instant, l’immortalisant,
le rendant présentable aux plus grands Honneurs...
le rougissant de la flamme de l’Enfer le plus bassement
viril, Dieu fit son devoir de dieu... Les Honneurs fondamentalement
guerriers, ainsi mis en exergue, avec pour habits “dignes”
les uniformes les plus délavés; Ares ou Mars
adressa sa parole monocorde et impitoyable aux futures générations...
Du reste, tu peux toujours aller visiter au Musée des
Arts Meurtriers, quelque part dans le Nord ou il fait bien
froid sans neige, la statue “cendrifiée”
de Raoul et de son ennemi enculeur...! Entrée libre,
because commémoration...
Alexandre STRAK
By Night, in Boulogne....
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