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Je
veux mon cadeau !
(Hurricane)
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Tu descends là-dedans sans savoir
comment ni par quel miracle... Une journée ensoleillée
te quitte soudain... Tu te retrouves au fond d’une cave...
Une sorte de canalisation pour rats humains... On appelle
cela vulgairement le métro... Note bien, que pour te
repérer t’as un nom de station et aussi le numéro
de la ligne que tu empruntes... Moi, c’était
“Boulogne-Jean Jaurès”. Indigne. J.J. l’homme
grave et sérieux, riche d’humanisme, réduit
à un titre de station de métro... Enfin, passons...
Je m’assieds sur un siège plastifié à
outrance et j’attends comme d’habitude... Et,
sans doute, comme d’habitude, j’ai dû rater
le précédent train de justesse... Toutefois,
comme je n’ai nulle envie de pisser ou de chier, je
me console, je prends mécaniquement mon air gentil...
Du reste, il paraît que depuis toujours, savoir ma naissance,
j’ai toujours été du genre gentil, timoré,
farouche et effrayé...
Grand gaillard à l’ossature médiocre,
je n’impressionnais que les médiocres lâches...
Sinon, lors de ma scolarité, il me souvient que je
fus maintes fois victime de défis et provocations de
la part de ceux qui étaient plus âgés
que ma modeste personne...
Une fois - je n’étais absolument pas bagarreur
- , il y eut un petit gars, d’un mètre et quelques
virgules, si mes souvenirs sont bons, qui vint à ma
rencontre afin de bousculer certaines de mes convictions...
Voulait frimer, le malheureux ! Prouver à Dieu qu’il
ne redoutait point plus grand que lui... Il tenta, le morveux,
de me donner “un coup de boule” - en jargon dans
le texte... Bien mal lui en prit car je n’eus qu’à
relever la tête - sans la moindre intention hostile
à son égard, le p’tit con - afin d’éviter
son attaque qui foira lamentablement, se transformant en cassage
de pif pour sa gueule... Il n’avait ainsi réussi
qu’à atteindre mon ossature poitrinaire... Fait
mal, ce genre de trucs... ! Après cet incident, je
n’entendis plus jamais parler de lui... ni ne parvins
à le distinguer dans la foule récréative
de l’école.
Voilà exactement le genre de leçon que j’aime
à distribuer à autrui. Sans me fatiguer. Hausser
la barre, comme on dit couramment, et... point barre ! Par
la suite, je devins redoutable grâce à la pratique
de maints sports de combat (karaté, jiu-jitsu, aïkido,
judo, kung-fu...). Mais, cela est une autre histoire, comme
disait Kipling...
Cet après-midi-là, je suais dans mon froc en
patientant assez sereinement malgré ma nervosité
naturelle - par conséquent, d’une manière
fort relativement quiète...
Il y avait d’autres places à asseoir à
côté de moi. Lorsque je vis cette jeune et apparemment
gentille jeune fille - ou très jeune femme, au diable
la varicelle ! - j’eus un geste sursautoire afin de
lui indiquer spontanément qu’elle pouvait - si
tant est qu’elle le désirait - se poser un cul
ou deux à côté de moi... Elle hésita
bigrement en rougissant jusqu’aux parties intimes de
son corps... joli sans plus... Elle était franchement
jeune... donc, y avait pas de quoi regarder de près,
lésiner sur sa corpulence... s’en méfier...
ou se la réserver pour les bains de foule internes
dans le wagon... Elle n’avait qu’à se poser
dans le style naturel... Y avait pas de mal à ça.
D’un sourire exténuant de bonne intention, je
lui signifai à nouveau mon accueil chaleureux à
mes côtés... Elle finit par obéir, si
j’ose dire, et me gratifia d’un sourire infiniment
niais. Elle était du genre blondasse qui prend le métro
tous les jours... Rien à signaler. Modeste et ordinaire.
Quant à moi, je ne pus m’empêcher d’engager
des bribes de conversations... Surtout que la jeunette s’excusa
par une sorte de gargarisme avant de poser son arrière-train...
“- Je vous en prie, fis-je.
- Merci.
- Vraiment pas de quoi !
- C’est que...
- Pardon ?
- Non, rien...
- Comment ça, rien ?
- Non, je veux dire...
- Ne dites rien, je vous ai comprise.
- Ah...?
- Ben voyons, une jeune fille comme vous hésite inévitablement
à s’asseoir à côté d’un
homme, c’est classique. Or, je dis bien “or”....
Pour ce qui me concerne personnellement, vous n’avez
strictement rien à craindre.
- Mais... C’est pas du tout...
- Je vous en prie, soyons francs, cela est dans l’ordre
des choses...
- Vous croyez... ?
- Ben, évidemment. Sauf que là... vous êtes
tombée sur quelqu’un qui est à peu près
- comment dirais-je - normal... Ha, ha, ha... !
- Hmeurrff... fit-elle dans un sourire tout sauf joli...
Putain de métro ! Cela faisait déjà un
bail périmé qu’on attendait... Rien en
vue...
“- Vous prenez souvent la ligne 10... , repris-je.
- Non.
- Atroce !
- Ah bon ?
- C’est toujours comme ça... !
- Oh, la, la ! J’suis pas arrivée, alors...
- Pour l’instant, vous n’êtes même
pas partie... Ha, ha, ha !
Elle sourit d’un air contrit pour me faire plaisir sans
doute...
Devait me prendre pour le dernier !
........
Le train qui déboula au bout d’une vingtaine
de minutes fut si plein... que même la jeune femme hésita
à le prendre... voyant, n’est-ce pas, toutes
ces grosses sardines se tasser dans les boîtes de conserve
roulantes...
D’un air sincère et inspiré, je lui indiquai
que le suivant n’allait point tarder... Et que, ainsi,
nous pourrions au moins poursuivre notre brin de conversation...
“- C’est terrible, finalement, repris-je, cette
éternelle incommunicabilité des êtres...
!
- Qui vous a dit ça ?
- Bergman. Enfin, pas personnellement... Je ne l’ai
jamais connu.
- Vous savez, se lâcha-t-elle soudain, moi non plus.
- Quoi ?
- Je veux dire...”
C’est alors seulement que je l’observai de fond
en comble. Elle était habillée classicos, si
j’ose dire, godasses de chez “André”,
les bas... j’en sais rien... la jupe à peine
éreintée... dans le genre ouvrière des
années soixante... Mais, cependant, une veste des plus
“fémininement” masculine... Croyez-moi,
je sais de quoi je parle. Savoir, une veste qui savait vous
mettre en valeur une poitrine inexistante... Une chemisette
à peine rosâtre flânait de par en-dessous,
une esquisse de cravate mentait au rythme de sa respiration,
et au bout de ses manches... deux boutons de manchette...
Une gouine ! Aucun doute là-dessus ! Elle avait beau
avoir l’air - n’est-ce pas - gentil... la femmelette
gentillette... tu vois le typos classicos... elle n’en
était pas moins de là-bas... !
Je repris quelque palabre...
“- Lorsque vous croisez une femme noire... qu’est-ce
que vous lui dites... ?
- Rien... de particulier...
- Cela ne vous choque pas... ?
- Pourquoi vous me demandez cela... ?
- Ha, ha, c’était juste un test...
- Vous êtes drôle, vous... !
- Pardonnez-moi ! Parfois, je déborde...
Il passa rapidement un ange poursuivi par un diablotin avant
que nous ne reprîmes notre dialogue...
.....
Nous laissâmes finalement passer ainsi plusieurs trains,
tous en retard et bourrés de monde...
“- Seriez-vous mariée pour parler de la sorte...
? osai-je soudainement à la vitesse d’un éclair
bien sûr fulgurant.
- Ah! Non, Dieu m’en préserve !
- Que Diable vient faire Dieu dans cette affaire ?!?
- C’est juste... une expression toute faite...
- Mais, dans notre contexte inévitablement social -
nous avions déjà bavardé à ce
sujet et à bien d’autres durant notre fausse
attente - comment vous situez-vous, bordel ?!? M’avez
toujours pas répondu à cette question fondamentale...!
- Si, pourtant. Indirectement. Je cherche - et parfois je
trouve - l’équilibre dans le déséquilibre...
J’essaie de ne détester personne - ce qui est
difficile, j’en conviens...
- Mais vous ne pouvez pas vous enfermer dans cette quête
sociétale... pour parler “moderne”... !
- Je ne m’enferme point ! Je discute...
- De quoi ?
- Je discute affaires... Je pèse le pour et le contre...
Je m’adapte... J’essaie de rester vivante... !
- Vivante ? Vous êtes déjà morte depuis
longtemps !!!
- C’est vous qui le dites ! Notre monde, tel qu’il
est et tel qu’il faut l’accepter, a encore de
beaux jours devant lui !”
Je fermai ma tronche jusqu’à ce qu’elle
me demande mon nom. Je rétorquai que je voulais d’abord
apprendre le sien...
“- Militsa”, me dit-elle.
Je me levai après une courte hésitation et lui
hurlai le mien.
“- HURRRICANE !!!!”
Et je l’ai mangée devant tout le monde à
cet instant même.
J’ai recraché ses boutons de manchettes.
Alexandre STRAK
le 19.12.2007
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