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DJANGO
Y LA ROSA
(Essai littéraire
sur le retour de Django)
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Je suis enchaîné assis dans
le fauteuil de la chambre du Tyran aux ongles sales.
Il est bref et sec, l’aseptisée putasse :
“-T’as trois pages devant toi !
“-Détache-moi les doigts au moins...
Il me détache.
La chambre du tyran est noire. Plus que ténébreuse
si peut s’imaginer. Je voyais que le scintillement des
ses prunelles, pupilles, - irisées couilles serties
dans un crâne. Je ne vois plus rien, progressivement.
Il s’en va.
Il me laisse avec mes trois pages. Le noir est alors absolument
total. Infernal.
“-Je ne peux pas écrire ! Encre de Chine sur
fond d’absence de couleurs, ce sera illisible ! Tyran
!”
Il répond pas.
“-Tyran, allume une veilleuse sinon je m’endors
!”
Le Tyran répond cruellement, comme tout un salaud :
“-Cela fait déjà une page !
“-Pas tout à fait ! ai-je le front. Et je relève
ton défi ! D’autant mieux que je ne serai pas
le premier homme à aller fouiller la boue du fond de
puits...”
Aussi loin que la mémoire collective remonte, Django
ne retomba jamais plus amoureux après le décès
de sa femme. Après avoir triomphé d’une
ou plusieurs centaines de lâches-traîtres-pourris,
à coups de mitrailleuse, pistolet ou couteau, la légende
dit qu’il se
jeta dans un puits sans fond.
C’est une image.
Que l’on me pardonne, et Dieu le premier s’il
le peut, mes fautes grammaire-syntaxe-orthographe ou autres...
J’écris dans le noir.
“-Tyran !!! hurlè-je.
-Oui, fils d’asticot et de canaille !
-Quitte à salir mon honneur, je te fous mon pouce dans
le cul !
-Tu perds des lignes bêtement, insipide tache de sperme
!”
Il avait raison.
Là où la légende s’arrête
et où moi je commence, c’est que, bien des années
après son plongeon dans le puits sans fond, Django
refit surface, un beau jour d’octobre, en plein milieu
de la capitale Paris. Ses oreilles avait poussé. Bleuâtre-blême,
le nez plongeant, la lèvre fine mais tuméfiée,
l’oeil absent - sans chapeau - (important, il avait
perdu son chapeau dans le puits), il esquissait, soudain diablotin,
des pas de frimeurs dont pas un clochard n’aurait voulu,
dans la pire soûlerie, parodier le dixième -
même en état de fin-fond d’extase. Du cinéma.
Mais il faisait de l’effet toutefois.
Il puait à tel point - le cadavre ou le puits - que
même les plus endurcis masqués-à-gaz n’auraient
jamais eu en songe l’idée de l’encercler
à moins d’une distance raisonnable.
Environ trois cents mètres.
Et c’est ici que mon témoignage personnel intervient.
Je vis le phénomène de mes - bien sûr
- propres yeux.
Agacé, énervé, harassé, puis pris
d’une imbuvable rage - Dies Irae - Il dégaina
sur l’ensemble.
C’est à ce moment précis qu’une
clocharde à la moustache fournie passa à côté
de lui en lui frôlant ses ombres.
“-Une rose peut-être, profère-t-elle, d’une
voix rocailleuse.
Quelqu’un tire la chasse des chiottes, on dirait des
applaudissements.
Je crie au Tyran :
“-Putain, un peu de respect, je suis en plein poème
!
-Il ne te reste plus que vingt lignes, me répond le
Tyran, à la manière d’un ordinateur.
-Inachevé robot !!! me révoltè-je. Espèce
d’infection !!!
-Je t’empapaoute !” fait le Tyran presque précieusement.
J’attaque mes dernières lignes, lecteur.
Django hurla à la mère-clocharde :
“-Je ne veux pas me piquer à tes épines.
Fussent-elles de roses.”
Et il tira dans le tas, Place de l’Opéra. La
poussière prit la place des âmes si tant est
qu’elles fussent jamais.
Oeil de mortel, je ne vois que de la poudre pendant longtemps.
La poussière se dissipe, s’en va.
Mais, un pétale dans chaque miroir de l’âme,
je ne vois que de la rose.
Django est-il revenu ? A-t-il jamais existé ? La Place
de l’Opéra n’est plus qu’un secret
pour moi, aveuglé que je suis.
“-Halte !!! me terrorise la voix tant redoutée
du Tyran. Les trois pages sont terminées.
Et, je puis ajouter sans hésiter que ton brouillon
d’écriture n’est que de l’infâme
merde de chacal ! Tu vas mourir, salaud !!!”
C’est à moi qu’il disait cela.
J’étais très mal à l’aise.
Mais, pendant qu’il me pulvérisait, le Tyran
me dit encore :
“-Je suis sympa. Je sais que tu aimes tes personnages.
T’inquiète pas : Django et la Rose vont bien.
Ils se sont épousés, lui et la clocharde, et
qui sait, ils nous donneront peut-être beaucoup d’enfants...”
F I N
C’était en octobre 1992...
Alexandre Strak
Les nouvelles d'Alexandre
Strak :
Allô
La
Boue
Coeur
nu dans la neige
Django
y la Rosa
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