NOVEMBRE 2010

Semaine 44/45 Du 03/11/2010 au 16/11/2010


BENDA BILILI ! - de Renaud Barret et Florent de La Tullaye.(11/20)
France / Congo - Couleur, 1h25 - 2004 / 2010.
Avec : Roger Landu, Coco Ngambali, Djunana Tanga-Suele, Leon Likabu, Cubain Kabeya, Paulin Kiara-Maigi, Montana, Theo Nsituvuidi.

Documentaire : A Kinshasa (RDC), entre 2004 et 2010, nous suivons le parcours de Ricky et de ses potes musiciens ainsi que d’un garçon qui rêve de les rejoindre dans leur démarche conquérante. En effet, ses huit musicos - dont cinq handicapés tiennent absolument à devenir le meilleur orchestre du Congo. Ils vivent dans la rue et utilisent les “moyens du bord” - cela va de la vraie guitare à la boîte de conserve et à un bout de fil de fer - pour exprimer leur chaleur humaine via la création artistique. Une expression terriblement dure à réaliser. Et, ils vont y parvenir. Les auteurs de ce film pour le moins étonnant et insolite (ah, le match de foot à quatre pattes joué par des victimes de la poliomyélite !) ont passé donc six ans à observer l’évolution de ces personnages hors du commun qui vivent dans un pays paradoxalement misérable, alors qu’il est incroyablement riche en ressources naturelles. Ceci expliquant cela, me diras-tu. Car, le Congo, depuis fort longtemps, est dépouillé de ses richesses par les Rwandais, Ougandais, et bien sûr, tous les pays puissants ( le coltan ou colombo tantale si cher à nos portables et ordinateurs notamment); dépouillé au point qu’il n’y a pas une journée sans guerre au Congo. Aux dernières nouvelles, qui datent d’environ un an, il y aurait eu quatre millions de morts en six ans dans ce pays potentiellement richissime. Et, malgré la réussite réjouissante de ces (plus que) vrais musiciens, qui nous est ici plus ou moins bien narrée, les auteurs ont totalement mis de côté une des causes principales de l’immense pauvreté du peuple congolais - on n’y entend pas un seul coup de feu, l’on ne voit que la merde toute nue, sans jamais ressentir une véritable tension dans l’atmosphère ambiante. Je connais des gens qui en sont revenus complètement traumatisés. C’est Arthur Koestler qui disait “l’acte de création présuppose l’omniscience”; à l’évidence, il manque à ce film - admirable par certains aspects - un paramètre essentiel.

 


VOUS ALLEZ RENCONTRER UN BEL ET SOMBRE INCONNU - (You Will Meet a Tall Dark Stranger) - de Woody Allen.(15/20)
USA - Couleur, 1h38 - 2009.
Avec : Gemma Jones, Naomi Watts, Josh Brolin, Anthony Hopkins, Antonio Banderas, Freida Pinto, Lucy Punch, Roger Ashton-Griffiths, Pauline Collins, Ewen Bremner.

Comédie : J’adore ce titre. A lui seul, c’est déjà tout un programme. Prenez une dame d’un âge respectable (Gemma Jones, drôle et bouleversante) qui consulte une voyante aussi hilarante que malhonnête; prenez son mari qui vient de la quitter afin de tenter désespérément de rester jeune (Anthony Hopkins dans un emploi inhabituel); prenez leur fille (Naomi Watts, toujours aussi craquante dans le rôle d’une femme timide et irrésolue); puis, son époux (Josh Brolin, comme on ne l’a jamais vu), écrivain sinon raté, du moins en longue panne d’inspiration; ajoutez-y les différents amoureux, amants ou maîtresses, vrais ou supposés l’être; remuez le shaker et il en découle une savoureuse série de péripéties sentimentales, rondement mais sereinement menée par un cinéaste au pinceau calme et dont la main ne tremble nullement. Au final, que va-t-il advenir du mari de la vieille dame qui s’est entiché d’une jeune putain - au sens propre comme au sens figuré - au point de l’épouser alors qu’elle le trompe allègrement avec moult mecs de tous acabits; de sa fille Sally qui finit par divorcer de son incapable scribouillard, qui, lui, s’est emballé une jeune et jolie Indienne et qui vient de piquer le roman d’un copain qu’il croyait décédé, mais qui n’est que dans le coma... dont il sortira prochainement... ? C’est peut-être la vieille dame crédule qui aura le dernier mot... après avoir trouvé son âme soeur... un brave petit bonhomme marrant... qui n’a rien d’un bel et sombre inconnu... La morale de l’histoire est que, dans cette vie foldingue et dont on se demande comment faire pour la supporter, c’est sans doute les innocents rêveurs, qui s’imaginent avoir été Cléopâtre ou Jeanne d’Arc dans une vie antérieure et qui ne jurent que par la boule de cristal, qui échappent aux vicissitudes de l’existence en vivant un conte de fées. Un film ni mineur ni majeur, mais sage dans les deux sens du terme orchestré par un Woody Allen en belle forme. Réjouissant.

 



 

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