MARS 2010

Semaine 9 Du 03-03-2010 au 09-03-2010


TSAR - de Pavel Lounguine. (13/20)
Russie - Couleur, 1h56 - 2009.
Avec : Piotr Mamonov, Oleg Yankovsky, Youri Kuznetsov, Alexeï Makarov.

Drame : Au beau milieu du seizième siècle (1565), un certain Ivan IV Vassiliévitch dit le Terrible est plus taré que jamais. Asservissement des paysans qui en sont réduits au servage; garde personnelle surnommée “les chiens du tsar” commettant des exactions cruelles à la folie envers de prétendus traîtres notamment; guerre quasi perdue contre les Polonais etc. Paranoïaque ténébreusement illuminé, dont la folie aurait été due selon certains spécialistes à la syphilis dont il aurait souffert et à la prise de médecines à base de mercure - médecines qui l’auraient empoisonné involontairement à l’âge de cinquante-quatre ans, il redoute de plus en plus sérieusement la fin du monde et le jugement dernier. En plus, le chef de l’Eglise ayant démissionné, il nomme un nouveau métropolite (prélat ou archevêque de l’Eglise orthodoxe russe) en la personne de Philippe (Filipp) de Moscou. Alors, pendant que les tabassages, les tueries et les tortures vont bon train, aura lieu un face à face entre le tsar implacable et le clément métropolite. Face à face spirituel et politique dont personne ne sortira vainqueur... à ceci près que le métropolite, homme de Dieu et miséricordieux finira par montrer une nouvelle voie aussi vieillie que le monde - celle du christianisme pur jus. Pour ce faire, il aura réussi à réaliser des miracles (en se libérant de ses chaînes lorsqu’il est reclus dans un monastère ou en rendant la vue à un malheureux) et à affaiblir voire briser les convictions pour le moins insanes du terrible tsar... C’est là où le bât blesse dans cette oeuvre qui aurait pu (dû) aller plus loin dans la réflexion concernant les rapports, évidents ici, entre le diable et le bon dieu. On ne devient tsar, c’est un principe incontournable, que par la volonté divine , et Ivan ne cesse d’invoquer et d’évoquer le Seigneur; on ne peut logiquement être métropolite que mû par une foi inébranlable... Qui a raison et qui se trompe de chemin ? Lounguine aurait-il tenté de nous montrer que le diable et le tout-puissant n’étaient que deux facettes de la même entité ? Que nenni. Il se laisse aller plutôt vers un propos démagogique (en vogue actuellement en Russie) en prêchant pour un retour inconditionnel à la foi divine. Léger, contradictoire et décevant. Si l’on met de côté la thématique du film, il n’en reste pas moins une réalisation cinématographique de qualité où les décors - masures ou palais - respirent la misère et la malédiction; où les costumes ne sont que chiffons et haillons; les personnages - à quelques rares exceptions près - tous flingués de la citrouille dans le registre satanique et, nécessairement, une atmosphère lourde, largement crépusculaire et irrespirable se dégage de cet ensemble en oppressant quelque peu le spectateur. La photographie est superbe, les scènes violentes sans complaisance, et, par-dessus tout, l’interprétation fascine. Piotr Mamonov se confond avec son personnage aux aspects surréalistes - misérable créature souillée par les excréments de sa peur... et tsar de toutes les Russies... Face à lui, un Oleg Yankovsky, (le métropolite) sobre, imposant et fort dans toutes les situations, même les plus pénibles et humiliantes. Du bon cinoche, sur grand écran, aux excès inévitables mais peu choquants finalement.

 





 

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