OCTOBRE 2007

Semaine 44  Du 24-10-2007 au 30-10-2007

 

LE DEUXIEME SOUFFLE - de Alain Corneau. (0/20)
France - Couleur, 2h36 - 2007.
Avec : Daniel Auteuil, Monica Bellucci, Michel Blanc, Jacques Dutronc, Eric Cantona, Daniel Duval, Gilbert Melki, Nicolas Duvauchelle, Jacques Bonnaffé, Philippe Nahon, Jean-Paul Bonnaire, Jean-Claude Dauphin.

Policier : J’ignorais que Alain Corneau possédait un sens aussi aigu du ratage... Sans même comparer son filmoïde à la version géniale de Melville (ici, il s’agit d’un remake qui n’est pas vraiment un remake tout en y ressemblant par bien des aspects - c’est plus précisément une nouvelle adaptation du bouquin de José Giovanni), il y a de quoi s’effondrer d’indignation devant une telle démonstration de niaise nullité ! On rit beaucoup au second degré, c’est dire... Pour ce qui est de la façon de filmer, nous avons, entre autres prouesses, droit à des ralentis foireusement orchestrés et à des scènes ultra-ampoulées façon Hong Kong - sang à outrance, interminables pétarades à bout pourtant... voir surtout la scène finale des flics avec sulfateuses tirant pendant une plombe, à cinquante centimètres de la gueule de Gu (D. Auteuil), avant de le toucher enfin et de le faire rebondir sur le plancher comme s’il était en train d’enculer ce dernier...! Passons sur le support numérique outrageusement coloré-saturé style “luna park” dans des décors “plastoc”. En fait, tout est parfaitement grotesque dans cet innommable foutaise... Au point que l’on ne parvient point à suivre le semblant d’histoire... fort maladroitement contée... Les gangsters ont tous l’air de faire mumuse aux “gendarmes et voleurs” à la manière d’innocents gamins... Quant au casting, mes aïeux !!! Même Auteuil est à chier...! Et ça, c’est une première ! Avec sa voix haut perchée, il faut l’entendre crier des menaces du genre “haut les mains, salauds !” - à pleurer de rire ! Bellucci est définitivement incapable d’articuler en français - ce qui fait qu’on ne comprend que lerche à ce qu’elle jacte... si elle était la seule au moins... ! Tous bredouillent, parlent trop vite et surjouent comme des débutants de huit ans ! Prenons Michel Blanc lors de sa première grande scène où il nous la joue façon “café-théâtre” de quatrième sous-sol... il n’est absolument pas dans le coup et semble se foutre de la gueule du monde - du coup, on compare... à Paul Meurisse qui est inoubliable dans la version de Maître Melville... Dutronc est déguisé en gentleman suranné et chiffonné... ressemble à un épouvantail à cafards... Cantona, ça se passe de commentaires... ainsi que tous les seconds rôles... à l’exception peut-être d’un Daniel Duval quelque peu crédible... Il est tout de même terrifiant de constater ces dernières semaines la dégradation du cinéma français au travers de trois cinéastes de même génération, qui débutèrent tous trois au milieu des années soixante-dix avec des films prometteurs suivis d’indéniables confirmations. Je pense bien sûr à Claude Miller qui nous a servi Un secret terrassant il y a trois ou quatre semaines; puis, à Jean-Jacques Annaud avec son mortel “...Minor”; et maintenant, pour couronner le tout, Corneau qui se métamorphose en corniaud, lui qui, par le passé fut un assez remarquable “spécialiste” de polars (Police Python 357, Série noire, Le choix des armes). Voilà qui est édifiant et délicat à expliquer à première vue... Cependant, l’amateurisme (dans le sens le plus péjoratif du terme) s’étant peu à peu installé en régnant désormais sans partage; une course au fric qui assassine à l’évidence toute créativité un tant soit peu artistique; course au fric générée par un contexte général, et plus particulièrement, dans le domaine qui nous intéresse par le “monstre télévisuel” qui n’obéit qu’au politiquement correct - source de lucre, entre autres - ainsi que par le “progrès technique” - essentiellement utilisé à des fins pécuniaires - comme le fameux numérique (H.D., S.V.P. ! ); cependant donc, il peut sembler assez clair que tant de laisser-aller ne soit dû qu’à la faiblesse de plus en plus anémique et toujours plus anémiante de toutes les catégories de professionnels du cinématographe et de ce que l’on appelle l’audiovisuel. Il en reste fort peu - et pas seulement en France - qui font de la résistance... Et, lorsque ces gens sont au pied du mur, ils vous rétorquent qu’il faut vivre avec son temps et... être moderne ! Le modernisme n’est pas une façon d’être; le modernisme est une façon de paraître. Lorsqu’on a admis cette évidence, il est immédiatement plus aisé de mesurer à l’aune du je-m’en-foutisme ambiant combien les apparences finissent par n’être même plus trompeuses.

 

 

 

 

 

 

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