Policier
: J’ignorais que Alain Corneau possédait
un sens aussi aigu du ratage... Sans même
comparer son filmoïde à la version
géniale de Melville (ici, il s’agit
d’un remake qui n’est pas vraiment
un remake tout en y ressemblant par bien des
aspects - c’est plus précisément
une nouvelle adaptation du bouquin de José
Giovanni), il y a de quoi s’effondrer
d’indignation devant une telle démonstration
de niaise nullité ! On rit beaucoup au
second degré, c’est dire... Pour
ce qui est de la façon de filmer, nous
avons, entre autres prouesses, droit à
des ralentis foireusement orchestrés
et à des scènes ultra-ampoulées
façon Hong Kong - sang à outrance,
interminables pétarades à bout
pourtant... voir surtout la scène finale
des flics avec sulfateuses tirant pendant une
plombe, à cinquante centimètres
de la gueule de Gu (D. Auteuil), avant de le
toucher enfin et de le faire rebondir sur le
plancher comme s’il était en train
d’enculer ce dernier...! Passons sur le
support numérique outrageusement coloré-saturé
style “luna park” dans des décors
“plastoc”. En fait, tout est parfaitement
grotesque dans cet innommable foutaise... Au
point que l’on ne parvient point à
suivre le semblant d’histoire... fort
maladroitement contée... Les gangsters
ont tous l’air de faire mumuse aux “gendarmes
et voleurs” à la manière
d’innocents gamins... Quant au casting,
mes aïeux !!! Même Auteuil est à
chier...! Et ça, c’est une première
! Avec sa voix haut perchée, il faut
l’entendre crier des menaces du genre
“haut les mains, salauds !” - à
pleurer de rire ! Bellucci est définitivement
incapable d’articuler en français
- ce qui fait qu’on ne comprend que lerche
à ce qu’elle jacte... si elle était
la seule au moins... ! Tous bredouillent, parlent
trop vite et surjouent comme des débutants
de huit ans ! Prenons Michel Blanc lors de sa
première grande scène où
il nous la joue façon “café-théâtre”
de quatrième sous-sol... il n’est
absolument pas dans le coup et semble se foutre
de la gueule du monde - du coup, on compare...
à Paul Meurisse qui est inoubliable dans
la version de Maître Melville... Dutronc
est déguisé en gentleman suranné
et chiffonné... ressemble à un
épouvantail à cafards... Cantona,
ça se passe de commentaires... ainsi
que tous les seconds rôles... à
l’exception peut-être d’un
Daniel Duval quelque peu crédible...
Il est tout de même terrifiant de constater
ces dernières semaines la dégradation
du cinéma français au travers
de trois cinéastes de même génération,
qui débutèrent tous trois au milieu
des années soixante-dix avec des films
prometteurs suivis d’indéniables
confirmations. Je pense bien sûr à
Claude Miller qui nous a servi Un secret
terrassant il y a trois ou quatre semaines;
puis, à Jean-Jacques Annaud avec son
mortel “...Minor”; et maintenant,
pour couronner le tout, Corneau qui se métamorphose
en corniaud, lui qui, par le passé fut
un assez remarquable “spécialiste”
de polars (Police Python 357, Série
noire, Le choix des armes). Voilà
qui est édifiant et délicat à
expliquer à première vue... Cependant,
l’amateurisme (dans le sens le plus péjoratif
du terme) s’étant peu à
peu installé en régnant désormais
sans partage; une course au fric qui assassine
à l’évidence toute créativité
un tant soit peu artistique; course au fric
générée par un contexte
général, et plus particulièrement,
dans le domaine qui nous intéresse par
le “monstre télévisuel”
qui n’obéit qu’au politiquement
correct - source de lucre, entre autres - ainsi
que par le “progrès technique”
- essentiellement utilisé à des
fins pécuniaires - comme le fameux numérique
(H.D., S.V.P. ! ); cependant donc, il peut sembler
assez clair que tant de laisser-aller ne soit
dû qu’à la faiblesse de plus
en plus anémique et toujours plus anémiante
de toutes les catégories de professionnels
du cinématographe et de ce que l’on
appelle l’audiovisuel. Il en reste fort
peu - et pas seulement en France - qui font
de la résistance... Et, lorsque ces gens
sont au pied du mur, ils vous rétorquent
qu’il faut vivre avec son temps et...
être moderne ! Le modernisme n’est
pas une façon d’être; le
modernisme est une façon de paraître.
Lorsqu’on a admis cette évidence,
il est immédiatement plus aisé
de mesurer à l’aune du je-m’en-foutisme
ambiant combien les apparences finissent par
n’être même plus trompeuses. |