JUIN/JUILLET 2007

Semaine 26/27  Du 20-06-2007 au 03-07-2007

 

BUENOS AIRES 1977 - (Cronica de una fuga) de Israel Adrian Caetano. (13/20)
Argentine - Couleur, 1h42 - 2005.
Avec : Rodrigo de la Serna, Nazareno Casero, Pablo Echarri, Lautaro Delgado

Policier : Voilà un petit film bien pauvre qui, n’ayant pu se payer aucun moyen de locomotion, a dû venir à pieds depuis son pays d’origine, l’Argentine. En effet, il fut présenté, en compétition officielle, au festival de Cannes... 2006 ! Bref. Il s’agit d’une chronique particulièrement noire et tragique transmise par l’un des malheureux protagonistes de cette affaire atrocement sordide, lors du procès de la junte argentine en 1985. C’est l’histoire d’un jeune homme, bien propre sur lui et innocent pire qu’une vierge qui va avoir les plus inimaginables ennuis... Nous sommes donc en 1977 à Buenos Aires. La chasse aux terroristes est grande ouverte et n’importe qui (sous la torture) dénonce n’importe qui... Les fameux terroristes sont généralement des personnes voulant renverser une dictature fasciste, n’est-ce pas... Quant à notre gars, il n’a même jamais seulement distribué un tract... Seulement voilà, des flics qui agissent dans l’ombre vont lui tomber sur le poil - après avoir notamment tabassé sa mère pour la faire jacter - because un torturé grave l’a indiqué comme militant actif... Il va être arrêté, passé à tabac, subira diverses tortures, dont la fameuse “baignoire”, puis emprisonné dans... une villa fort discrète... A police secrète, prison secrète. Là, il va se retrouver en compagnie d’un certain nombre d’autres repris d’Injustice... Des révolutionnaires, des guérilleros ou encore des innocents comme lui. Pendant des dizaines, voire des centaines, de jours, ils vont tous avoir droit à une fiesta de tous les diables ! On leur fera subir les pires saloperies pour les faire parler... quitte à ce qu’ils disent n’importe quoi. Jusqu'au jour où, quatre d’entre eux, tenteront la seule issue... l’évasion. Il est fascinant de voir à quel point les flics tortionnaires prennent du plaisir à faire leur “devoir” ! Salauds d’humains !!! Le film est à l’évidence dur à supporter mais donne à réfléchir... Sur le pouvoir notamment. Ce fameux pouvoir dont il faudra bien un jour redéfinir le sens, retracer les limites et, surtout, qu’il faudra redistribuer au plus grand nombre ! Car, au fond, la question est là : dans quelle mesure chaque individu dans une société n’est-il pas responsable des abus de ce pouvoir souvent trop facilement - et trop naturellement - concédé à de beaux parleurs qui ne sont souvent les plus forts que parce que le citoyen leur fait cadeau de cette force...!

 

 

EL CAMINO DE SAN DIEGO - de Carlos Sorin. (6/20)
Argentine - Couleur, 1h38 - 2006.
Avec : Ignacio Benitez, Carlos Wagner La Bella, Paola Rotela, Silvina Fontelles.

Comédie dramatique : Décidément, le cinéma argentin est en forme et très productif. Qui s’en plaindra ? Toute nouvelle émergence cinématographique est la bienvenue ! Ici, nous sommes, par contre, dans un tout petit petit patelin où de braves ruraux vivent et survivent comme ils peuvent. Leur idole à tous - mais plus particulièrement au fan qu’est le jeune Tati - c’est bien sûr Diego Maradona. Comme il faut être isolé et démuni pour idolâtrer un footballeur ! Ou, du reste, n’importe qui ! Voilà, de nouveau posée la question du pouvoir... Enfin, ça, c’est ma vision des choses... Le gars Carlos Sorin, auteur de ce filmounet, ne semble se soucier que de nous montrer une communauté de gens simples plutôt sympas... Le jour où Tati apprend que la fameuse star du foot est hospitalisée à Buenos Aires, il s’empresse de prendre le chemin de la capitale muni d’un somptueux cadeau... un bout d’arbre sous forme de racine qui ressemblerait au fameux Diego... tout dépend du point de vue duquel on se place pour scruter l’aspect de l’objet, n’est-ce pas... A partir de là, nous allons avoir droit à ce qu’on appelle un road-movie... Durant son voyage, le gars Tati fera quelques rencontres - sans vivre pour autant de palpitantes aventures, nous sommes dans un film réaliste - dont celle d’un pittoresque éleveur-camionneur brésilien... De fil en aiguille, on accroche assez mollement à cette historiette parfois agaçante... Voir des individus faibles d’esprit au point d’adorer un autre humain, moi, c’est un truc qui ne m’a jamais branché des masses. Quant au cinéaste Sorin (auteur par ailleurs du fort savoureux Bonbon el perro ), quel regard pose-t-il au juste sur ses modestes personnages ? Certes, pas un regard haineux et méprisant... mais plutôt compréhensif, aimable et chaleureux... Si ce n’est que cela, c’est un peu faible...

 

 

LONDON TO BRIGHTON - de Paul Andrew Williams. (13/20)
Grande-Bretagne - Couleur, 1h30 - 2006.
Avec : Lorraine Stanley, Georgia Groome, Johnny Harris, Nathan Constance.

Policier : Voici un tout autre genre de polar. Nullement “politique”, mais, réaliste, cru impitoyable et sordide. Violent aussi. Deux nanas, une pute professionnelle et une jeunette égarée dans les rues de la vie, sont en sérieuse cavale ! Elles quittent fissa Londres pour se planquer à Brighton, où la plus âgée a des amis sûrs. Que s’est-il donc passé ? Une horrible bagatelle... La petiote, victime plus ou moins consentante (mais à douze ans, est-on bien conscient de ses actes) d’un pédophile milliardaire, émascule ce dernier à coups de surin... Rien que ça ! A partir de là, le mac de la pute professionnelle est contacté façon musclée par le fiston du vieux vicelard... Lequel fiston l’oblige fort “gentiment” à retrouver les deux garces dans les meilleurs délais sinon... n’est-ce pas... Bon, il ne s’agit pas d’un thriller à la Ken Loach - malgré quelques ressemblances formelles - , il n’empêche que le film ne ménage pas l’aspect miséreux de ses personnages et n’hésite pas à plonger dans les caniveaux lorsque c’est nécessaire... et, c’est souvent le cas. D’où, à mon sens, son principal intérêt. On sort des sentiers battus et on enlève le rouge à lèvres. Voilà qui nous change ! Le film en est d’autant plus crédible et le suspense impitoyable ! Une fois de plus - cette semaine, je vois du “pouvoir” partout -, il se dégage un profond malaise quand à l’aspect social de l’oeuvre. En effet, cette affaire fort proche d’une certaine réalité, nous redonne l’occasion de repenser les rapports de force dans nos sociétés modernes... dont le mode de fonctionnement se rapproche de plus en plus de cette histoire salement tragique... Comment en arrive-t-on à faire le tapin ? A devenir un putain de maquereau ? Un milliardaire au pouvoir sans limite ? Qui est responsable ? Le film ne pose pas directement ces questions; mais, bien que mélangeant savamment polar, suspense et drame social et humain, l’oeuvre nous laisse un goût amer et nous active synapses et neurones...

 

 

THE LOOKOUT - de Scott Frank. (11/20)
USA - Couleur, 1h45 - 2006.
Avec : Joseph Gordon-Levitt, Jeff Daniels, Matthew Goode, Carla Gugino.

Policier : Et un polar de plus. Cette fois, le protagoniste est un jeune handicapé mental - il a attrapé ça lors d’un stupide accident de bagnole. Durant la première et longue (mais pas inutile) partie du film, on voit le bougre en train d’essayer de se réadapter et le truc vraiment important qui fait aussi partie de sa thérapie, c’est qu’il va faire un stage de réinsertion professionnelle comme larbin dans une vieille petite banque. Là, il est abordé par un jeune loustic assez louche... et ils finissent par devenir bons copains... Tu vois la suite du tableau... Le loustic fait partie d’une bande de fripouilles limite amateurs et qui projettent évidemment de faire un casse dans la fameuse petite banque... Son (vrai) pote, un handicapé des mirettes (fort bien incarné par Jeff Daniels) a beau mettre en garde notre non-héros, ce dernier ne manquera pas l’occase, si j’ose dire, de tomber dans le panneau en collaborant avec les malfrats... Jusqu’à un certain point tout de même... Après, ça va saigner ! L’idée relativement intéressante et originale de ce suspense sans grande prétention, c’est le handicap dont souffre le protagoniste... Comment donc va-t-il se débrouiller de ce merdier avec son cerveau en marmelade...? C’est pas mal, un peu mince mais prenant.

 

 

PERSEPOLIS - de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud. (3/20)
France - Noir et blanc et couleur, 1h35 - 2006.
Avec les voix de : Chiara Mastroianni, Catherine Deneuve, Danielle Darrieux, Simon Abkarian.

Animation : On va dire que je le fais exprès, mais je suis dans l’impossibilité de trouver à mon goût ce film pourtant encensé par la critique après avoir été primé à Cannes et qui, en plus, semble emballer le public. De toute façon, je dois avoir un problème avec les films d’animation. De plus en plus. Le tout, c’est de savoir pourquoi? Ben... de nos jours, t’as d’un côté les gros machins vachement sophistiqués à coups d’ordinateur et, de l’autre, dans le genre “art et essai”, des productions qui se la jouent fine en tablant sur le minimalisme... Les gros machins, n’en parlons plus ( y a qu’à voir la gueule du troisième Shrek)... mais, là où les deux extrêmes semblent se rejoindre, c’est que le minimalisme, qui consiste bien sûr à esquisser plutôt qu’à parfaire, c’est pas non plus mon bol de café... Par ailleurs, outre le manque d’expression des personnages et d’un graphisme repoussant, le scénar, ici, ressemble à une sorte de tambouille... qui se la pète intello et déjanté à la fois... qui nous raconte n’importe comment de préférence un tas d’histoires différentes qui s’enchaînent maladroitement... qui ne nous convainc pas des masses côté humour plutôt facile... qui fait “mode” sans réelles convictions... qui sonne faux, en somme. Voilà, ça c’est mon avis. Je le donne comme je le pense. On en fera ce qu’on voudra, je m’en tape.

 

 

LE PRESTIGE DE LA MORT - de Luc Moullet. (0/20)
France - Couleur, 1h15 - 2006.
Avec : Luc Moullet, Jean-Christophe Bouvet, Bernadette Lafont.

Comédie : Bon. Passons aux choses pas sérieuses. Je n’avais encore jamais vu de film du “sous-Godard” Luc Moullet. On me l’a reproché. Je me suis amendé... et j’ai trouvé le P.V. un peu chérot ! Dans le genre amateurisme jemenfoutiste, on a rarement atteint un tel sommet. Y a ce brave Moullet, qui joue son propre rôle, qu’est dans le caca côté pognon pour refaire un film... et qui, parti malgré tout faire des repérages, trouve sur son chemin un cadavre en pleine nature... (J’te raconte pas la gueule du cadavre, lui manque plus que le cintre ou le portemanteau). Cela va lui donner une idée de “génisse”... Il va échanger ses vêtements avec ceux du macchab’ et se faire passer pour mort... le plus publiquement possible, afin que ça se sache bien partout... et que ça relance paradoxalement son bizness artistique... Bon, moi, les idées, y en des bonnes et des moins bonnes... mais ce n’est pas tellement ça qui me chiffonne... c’est la facture du film...! Merde, ça y est, j’ai dit ce qu’il ne fallait pas ! Il s’agit de tout ce qu’on voudra sauf d’un film ! Bon, j’abrège... parce que le gars Lulu, il est tout sauf antipathique. Cela dit, son truc, c’est vraiment n’importe quoi ! Une sorte de Pasolini mâtiné du pire Mocky avec une couche de Godard - un Godard devenu complètement sénile ! A part ça, vous avez le droit d’y aller. Suffit de passer par la caisse...

 

 

ROMAN DE GARE - de Claude Lelouch.(6/20)
France - Couleur, 1h43 - 2006.
Avec : Dominique Pinon, Fanny Ardant, Audrey Dana, Zinedine Soualem, Michèle Bernier, Myriam Boyer.

Policier : Bien, je crois que le festival du polar touche, cette fois, à sa fin... Après l’Argentine, l’Angleterre et les States, place au film policier français. S’agit du retour de Claude Lelouch... retour à de meilleures intentions, apparemment... Je vous rassure, je ne vais pas être bien long... mais point trop méchant non plus. On sent que le Claude, il a fait là un effort... C’est quelque peu méritoire... Notamment, côté scénar et intrigue... Cependant, il n’a malheureusement pas perdu sa détestable habitude de souffler leur texte dans le cul des comédiens... Tout le monde connaît la méthode, je pense... En tous cas, je rappelle pour ceusses qui des fois... Lelouch se planque quelque part hors champ à proximité de ses acteurs et leur dit un texte qu’ils ne connaissaient pas auparavant... ainsi, il répètent les conneries soufflées dans le but, n’est-ce pas, d’être les plus naturels possible... Seulement, les dialogues sont tellement insipides et interminables - t’as des scènes dans les bagnoles notamment qui durent des plombes - que t’attrapes vite fait la gerbe ! Enfin, chacun s’amuse comme il peut... Notons, tout de même, que le gars Lelouch, malgré sa longue expérience professionnelle, a oublié un détail de taille... c’est qu’au cinéma, on fait pas du vrai, du réel ! On recrée une certaine forme de réalité. Petite différence que de moins en moins de (pseudo) cinéastes parviennent à piger ! Toujours est-il que dans ce modeste polar, il parvient parfois à faire preuve d’ingéniosité et que Dominique Pinon est très valable. En revanche, il faut se farcir la mère Ardant qui ne s’arrange vraiment pas... mais qui ne mérite ici qu’un second prix... La palme revient à une nana que je connaissais pas auparavant... Une certaine Audrey Dana...! Elle est impeccable de nullité ! Une vraie découverte ! Après tout, cela n’en fait jamais qu’une de plus tu me diras...

 

 

 

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