DECEMBRE 2007

Semaine 49/50  Du 28-11-2007 au 11-12-2007

 

AGENT DOUBLE - (Breach) de Billy Ray. (12/20)
USA - Couleur, 1h51 - 2006.
Avec : Ryan Phillippe, Chris Cooper, Laura Linney, Dennis Haysbert, Aaron Abrams.

Espionnage : Une jeune recrue du FBI est chargée d’espionner une probable taupe qui serait au service de l’ex-URSS... Ce dernier est délicat à surveiller car il s’agit du nouveau “big boss” du gamin dans le cadre du service de protection des informations secrètes... En plus, c’est un allumé de la tronche doublé d’un “vieux de la vieille”... un vieux singe qui connaît toutes les grimaces... La question qui se dégage est de savoir lequel des deux est le plus double... si le propre d’un espion n’est pas précisément d’être double... pour le moins... Ne serait-ce qu’au niveau de sa personnalité schizophrène dans le sens vulgaire du terme... Entre sa vie privée et son métier, n’est-ce pas... L’histoire est simple tout comme la mise en scène. L’interprétation est d’un niveau plus que correct; excepté Chris Cooper... qui est prodigieusement efficace dans un rôle au-delà même de l’ambiguïté... Taré ou pas taré, double ou pas double... Les deux... ? Les intrigues d’espions ont ceci de passionnant que l’on ne sait jamais rien même si l’on finit par tout savoir... Ici, la simplicité apparente de l’histoire nous amène paradoxalement à toutes sortes d’hésitations et de réflexions... C’est sans nul doute le grand mérite de ce film - à la mise en images assez ordinaire - que de rester clair et net pour le spectateur et d’éviter toutes les formes de céphalées inutiles que l’on rencontre par trop souvent dans les “toiles” de ce genre. L’oeuvre n’en est que d’autant plus “carrée”. Comme dirait Mézigue : c’est du solide !

 

 

AMERICAN GANGSTER - de Ridley Scott. (15/20)
USA - Couleur, 2h37 - 2007.
Avec : Denzel Washington, Russel Crowe, Chiwetel Ejiofor, Josh Brolin, Cuba Gooding Jr.

Policier : La “Black Mafia”, je ne connaissais franchement pas... Le parrain version afro-américaine... Pourtant, ce film s’inspire de faits réels qui ont, à une époque pas si ancienne que cela, fait partie des “actualités”... Ici, il est question d’un gars (toujours efficace le Denzel !) qui succède à un patron dont il ne fut que l’ombre de son vivant... Qui lui succède d’une façon... comment dire... un tantinet plus radicale ! Il décide de ne plus accepter de compromis avec d’autres bandes plus ou moins rivales et cogne fort ! Il se démerde remarquablement bien en créant un nouveau type de transport pour la came qu’il fourgue... qui plus est, une came de qualité on ne peut plus supérieure et à un prix qui défie toute concurrence. Ceusses qui ne furent que de demi-ennemis vont carrément virer haineux à mort à l’égard de notre “héros” qui aura fort à faire pour maintenir sa domination... Par ailleurs, comme tous les parrains mafiosi, il est très attaché à sa famille, partant du principe qu’il ne faut jamais oublier d’où l’on vient. A partir de là, l’évidente question se pose... où se situe réellement la différence entre un mafieux rital, un mafieux jaune ou irlandais ou albanais... ? Dans la forme, mon pote. En tous cas, pour l’essentiel. Ridley a du mérite de reconnaître des circonstances atténuantes à ce nègre - éternelle victime (sans ironie) - dans les quatre coins de notre ronde Terre... Savoir qu’il rappelle tout de même les souffrances traumatisantes du gamin que fut le parrain... Russell Crowe joue le rôle du flic qui va confondre le criminel... puis collaborer avec lui, après l’avoir foutu en taule... Le film brille de noirceur (sans mauvais jeu de mots) et Ridley nous offre pour la première fois depuis une éternité un très bon film qui nous captive à divers niveaux. La question qui reste : “l’a-t-il fait exprès...?”

 

 

LES DEUX MONDES - de Daniel Cohen. (6/20)
France - Couleur, 1h45 - 2007.
Avec : Benoît Poelvoorde, Natacha Lindinger, Michel Duchaussoy, Daniel Cohen.

Comédie : Rebelote... et sûrement pas “dix de der”... ! M’est avis que ce genre d’historiette va continuer de se répéter allègrement... Le mec qui est en-dessous de tout, qui vit engoncé dans l’ordinaire... que dis-je, embourbé dans la sous-bourgeoisie minable... et qui, soudain, et par un hasard hautement improbable... va se voir projeté dans un autre monde... Où l’on vit d’une manière totalement primitive, où l’on jacte une langue incompréhensible et où superstitions, débilité et sauvagerie... font évidemment mauvais ménage... Le gars “inexistant” va se retrouver bombardé “héros prophétique” et deviendra roi dans cette contrée hors de notre dimension habituelle... Il va ainsi être bousculé, ballotté et torturé d’un monde l’autre... passant son temps à subir les caprices d’une fortune incontrôlable qui le fait passer de la sauvagerie impériale à la vie réaliste et banale. D’où, théoriquement, des situations hautement comiques. Cependant, le film en question est exemplaire en ce sens qu’il est un pur - voire prodigieux - navet qui parvient (comme par le passé, grâce à des comiques tel l’inoubliable “Fufu”) à nous faire marrer (du moins quelque peu) grâce à la seule présence de l’un des rarissimes comiques qui a grâce à mes yeux : Benoît Poelvoorde ! Je préviens, je mets en garde, je dis bien “attention danger”... mais... ne crachant jamais dans la soupe, tiens à préciser que j’ai passé un moment, somme toute assez agréable, avec une idiotie totale !

 

 

L’HOMME SANS ÂGE - (Youth Without Youth) de Francis Ford Coppola. (2/20)
Roumanie / France / Italie / USA - Couleur, 2h05 - 2006.
Avec : Tim Roth, Alexandra Maria Lara, Bruno Ganz, Andre M. Hennicke, Marcel Iures.

Fantastique : Quelque part en Roumanie, un vieillard quasi érudit mais quelque peu maudit... est foudroyé... par la foudre ! Comme ça, en direct, dans la rue ! Il est hospitalisé, tout le monde le croit fichu à jamais... quand, soudain... il revient à lui... en beaucoup plus jeune ! D’où un premier pas vers une philosophie ésotérico-scientifique, savoir les bienfaits des coups de foudre. Ensuite, l’érudit maudit - érudit parce que formidablement versé dans les sciences linguistiques et maudit parce que n’ayant jamais réussi à parvenir à ses fins, c’est-à-dire la compréhension globale et absolue des origines de la parole humaine - donc, par la suite, notre juvénile vieillard va devenir la star la plus recherchée du monde... Par toutes sortes de gens, d’organisations et de groupes politiques... Notamment, les fameux nazis vont s’en mêler... Le tout se terminera en eau de boudin... de même que la chiante intégralité de ce film (malgré d’indéniables qualités visuelles) aux prétentions multiples et variées aussi multiples qu’avariées... because, l’on ne comprend jamais quelles sont précisément les visées philosophiques de notre cher Francis... Autre détail qui revêt pour moi une importance fondamentale (en l’occurrence, doublement fondamentale, puisqu’il est question ici d’un... linguiste !)... c’est justement l’aspect aberrant et absurde de ce filmoïde hétéroclite côté production faisant en sorte que “everybody” s’exprime “in english”... alors que l’action se situe en Roumanie... et que les personnages sont tout de même censés jacter dans plus d’une langue, le roumain, l’allemand, tzétéra... Nous accédons donc au sublime de l’arrogante ignorance des diverses langues dans le cadre même d’une oeuvre traitant... des origines de ce qui fait de nous des humains, par excellence, savoir l’usage de la parole... ! Allez ! Adieu, Coppola, nous t’avons bien aimé, il y a une vingtaine d’années !

 

 

MY BLUEBERRY NIGHTS - de Wong Kar-wai. (17/20)
Hong-Kong / France - Couleur, 1h35 - 2006.
Avec : Noah Jones, Jude Law, Natalie Portman, David Strathairn, Rachel Weisz.

Comédie dramatique : Une jeune femme avertie en vaut deux. Elizabeth est en pleine déprime sentimentale lorsqu’elle fait la rencontre de Jeremy, tenancier d’un bar à New York. Le gars est sympa comme pas deux, Elizabeth vibre illico, on le sent bien... Mais, pour tuer en elle le reste de romance perdue, elle préfère s’éloigner de Jeremy et faire le tour des States en faisant des petits boulots... Façon comme une autre de faire peau neuve tout en s’enrichissant en se frottant à la vie des autres... De rencontres en rencontres, elle va mûrir (au lieu de mourir) et ainsi boucler la boucle en accordant un baiser inédit au cinéma à son fidèle bien-aimé... Au passage, nous découvrons - redécouvrons plutôt - une Amérique sans rêves... avec cauchemars même... des personnages dont la gestuelle est poétiquement ponctuée par de la zizique de là-bas... Notamment, un flic ivrogne la nuit... because sa belle moitié le trompe après l’avoir quitté de façon peu officielle... Ce rôle permet au grand comédien Strathairn de se surpasser en nous faisant un beau cadeau artistique... Il est désormais inoubliable. Puis aussi, une jeunette particulièrement délurée... sans pour autant être anesthésiée côté sentiments... Voilà - en tous cas, pour moi - une jolie surprise... Car avant et après In the Mood for Love (véritable miracle cinématographique), Kar-lai n’est jamais parvenu à me passionner. Certes, il ne retrouve pas la magie de son chef-d'œuvre absolu... il n’empêche qu’il parvient à nouveau à nous faire planer... Avec, à l’image Darius Khondji et Ry Cooder à la musique... excusez du peu ! Voilà un film sino-américain financé par des deniers franco-hongkongais... et qui fait curieusement penser à du Jarmusch mâtiné de Paul Auster... avec tout de même Wong à la manivelle...

 

 

NOUS LES VIVANTS - (Du levande) de Roy Andersson. (4/20)
Suède - Couleur, 1h34 - 2006.
Avec : Jessica Lindberg, Elisabeth Elander, Björn Englund, Leif Larsson.

Comédie dramatique : Certes, ce défilé de tableaux représentant des morts-vivants est volontairement et par provocation... le contraire d’une expression vivante... Cependant, les longueurs et répétitions sont à l’évidence lassantes... Ici et là, plus loin et là-bas, nous voyons sans cesse et sans répit de malheureux bougres, tous plus cons les uns que les autres, s’agiter lentement, alcoolisés qu’ils sont, tristes ratés intoxiqués par leur propre amertume... des gens qui survivent avec peine... sans faire grand chose - voire rien du tout - pour partager logiquement leur existence avec autrui. Le but de Andersson, c’est de nous exprimer en pleine gueule le manque de communicabilité des animaux sociaux que nous sommes tous, nous autres les humains. L’idée vaut ce qu’elle vaut, elle est parfaitement respectable, mais la forme n’y est pas... En tous cas, n’est pas à mon goût. Le truc que je ne pardonne jamais, c’est l’ennui ! Roy m’a fait chier avec sa toile, voilà tout ! Il a figé des tableaux sinistres - toute une série s’enfilant au p’tit bonheur, n’est ce pas... - représentant des spécimens - pas si rares que cela, certes - qui n’ont strictement rien à dire - du moins d’intéressant - et qui se lamentent à un rythme terriblement lent et affligeant. Tout cela finit par vous fiche le cafard pour pas un rond. Excepté quelques scènes, tout de même. Celle du rêve de la jeune niaise éprise d’un musicos un peu crétin... onirisme teinté d’ironie chaleureuse qui ne laisse point de marbre... Mais, le total est négatif. Roy est débitaire. Il me doit du fric !

 

 

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