SEPTEMBRE 2006

Semaine 39  Du 20-09-2006 au 26-09-2006

 

L’ACCORDEUR DE TREMBLEMENTS DE TERRE - (The Piano Tuner of Earthquakes) de Stephen et Timothy Quay. (4/20)
Grande-Bretagne / Allemagne / France - Couleur, 1h39 - 2005.
Avec : Amira Casar, Gottfried John, Assumpta Serna, Cesar Sarachu.

Fantastique : Un accordeur sachant accorder doit savoir accorder sans piano... Quand on est amoureux fou d’une belle cantatrice, on lui fait fermer sa gueule en la maintenant dans un état de semi-mort... C’est ce que fait Emmanuel Droz, docteur neurologue, savant complètement blindé de la citrouille. S’il fait appel à un accordeur c’est pour mettre en scène un opéra macabre afin de sublimer jusqu’au paroxysme absolu la cantatrice en utilisant des instruments poétiquement emplis de sentiments insupportablement romantiques... Lyrisme, poésie, fantastique, tout le bazar y passe... Côté images, il faut reconnaître que les frères Q. se sont fouillé le “q”. Mais, au-delà, l’ambiance et l’action sont si feutrées que l’on se surprend à rêvasser en se faisant son propre film... Il y en a qui trouvent cela éblouissant. Soporifique, ouais !

 

 

A SCANNER DARKLY - de Richard Linklater.(0/20)
USA - Couleur, 1h40 - 2005.
Avec : Keanu Reeves, Robert Downey Jr., Woody Harrelson, Winona Ryder.

Animation : Comme dirait tante Aglaé, on n’arrête pas le progrès ! Cette fois, en s’inspirant d’une histoire de Philip K. Dick, l’on s’est amusé à filmer sur un support numérique de vrais acteurs puis à gribouiller dessus, histoire de foutre la merde... Le résultat est à la hauteur de l’absurdité de la démarche. Culture de la laideur oblige, n’est-ce pas... Nous ne savons plus ce que nous regardons, ce que nous voyons... Qui plus est l’histoire est sans intérêt; un vague truc sur une drogue futuriste... une drogue que l’on trouve dans des fleurs bleues... Cafouillage, bafouillage, un brin d’intrigue policière, le tout débouchant sur une triste fin bien dramatique... et toc... Certes, d’un point de vue purement expérimental, toutes les recherches peuvent se justifier. Mais, de grâce, que l’on cesse de prendre le spectateur pour cobaye !

 

 

J

JUGEZ-MOI COUPABLE - (Find Me Guilty) de Sidney Lumet. (8/20)
USA - Couleur, 2h05 - 2005.
Avec : Vin Diesel, Peter Dinklage, Annabella Sciorra, Linus Roache, Alex Rocco.

Policier : Depuis déjà un certain nombre d’années, Sidney Lumet n’est plus le même. Certes, celui qui débuta par la réalisation de Douze hommes en colère est l’auteur de plus de quarante films depuis 1957 et donc forcément un peu inégal. Néanmoins, lors de sa période la plus faste, il nous régala avec des films tels que Serpico, Un après-midi de chien ou encore The Verdict. Il est souvent considéré, plus ou moins à tort, comme un spécialiste du genre “film à procès”. Il en a réalisé à ma connaissance trois ou quatre avant celui-ci... ce qui ne représente jamais que le dixième de son oeuvre. Donc, Lumet va mal. (N’oublions tout de même pas que c’est désormais un vieux monsieur de plus de quatre-vingts balais). Il est allé jusqu’à “remaker” le fabuleux Gloria de John Cassavetes avec la reine Gena Rowlands... en y dirigeant Sharon Stone !!! De Rowlands à Stone, il n’y a pas qu’un pas, c’est moi qui vous le dis ! Cette fois, son interprète principal est l’ancêtre de Bruce Willis : Vin Diesel ! De quoi gerber à priori... Toutefois, vu le personnage vulgaros et antipathique qu’ il incarne, il est plutôt crédible. S’agit d’un mafioso de bas étage qui a passé le plus clair de sa vie en taule - du genre qui traficote à tous les râteliers, y compris la drogue à moyenne échelle - et qui se retrouve criblé de balles par son propre cousin à peu près dans le même temps où il se voit infliger une peine de trente ans de prison. Donc, tout va bien pour lui ! Comme il est coriace, il sortira vivant de l’attentat mais, avec l’ensemble de sa famille, il va avoir droit à un autre procès... Considérant qu’il s’était fait entuber lors du précédent par son avocat “incompétent”, il va cette fois défendre sa cause tout seul comme un grand. Ce sera la principale raison de la durée record du procès : deux bonnes années ! (Ce procès a réellement eu lieu, le film s’inspirant de faits authentiques). Comme l’on pouvait s’y attendre, il va nous faire un numéro du tonnerre et séduira progressivement la quasi totalité du jury. En jouant le jeu à sa façon. Voilà sans doute l’aspect le plus intéressant et quelque peu amusant du film. Quand les règles d’un jeu ne te conviennent plus et bien tu les casses, t’aplatis tout et ainsi tu désarçonnes l’adversaire... En revanche, Lumet a par trop tendance à “héroïser” son personnage. Il est vrai que le gars est du genre pur et dur (pur à sa manière, bien sûr, dans son contexte mafieux). Jamais il n’a cessé d’aimer sa famille, de la respecter, de l’aider et jamais il n’a trahi. Cette fois, il parviendra même à innocenter tout ce “beau” monde ! De toute façon, en prenant tout sur sa gueule, il ne risquait plus grand chose, étant donné qu’il avait déjà trente piges d’ardoise! Mais bon... on te le présente surtout comme un mec vachement bien et c’est là que le bât blesse. Il ne faut tout de même pas oublier que les inculpés faisaient partie du crime organisé, tuaient et trafiquaient notamment de la came à tire-larigot... La fameuse double vision à l’italienne dont je parlais récemment n’est pas au rendez-vous dans ce film. L’on a simplement inversé les rôles en accablant les flics et la partie civile (il faut reconnaître qu’il y eut lors de cette affaire un bon nombre de “dysfonctionnements” tant au niveau du FBI et de leurs témoins qu’au niveau de l’avocat qui fit preuve d’un acharnement excessif) et en faisant tout pour mettre en évidence les vertus dont sont capables les repris de “justesse”... présumés et réellement coupables ! Rendons justice à ce spectacle en le qualifiant de prenant même si... la justice n’y est point rendue...!

 

 

J

LA METHODE - (El método) de Marcelo Pineyro. (12/20)
Espagne - Couleur, 1h55 - 2005.
Avec : Eduardo Noriega, Najwa Nimri, Eduard Fernandez, Carmelo Gomez.

Policier : Chut ! Agatha Christie recrute... Sept personnages en quête de boulot... Cinq hommes et deux femmes. Des cadres supérieurs convoqués tous ensemble pour un dernier entretien avant l’embauche. Un seul bien sûr sera engagé, les autres devant être éliminés durant cette journée où ils vont se retrouver littéralement à huis clos, autour d’une grande table dans un bureau hyper moderne et avec à leur disposition un ordinateur chacun sous le bout du pif. Une fois réunis, ils attendent. A part la secrétaire qui les a accueillis à l’entrée, personne d’autre à bord pour l’entretien... Rapidement, ils vont avoir le réflexe d’utiliser leurs “computers” et c’est par cet engin qu’ils vont être informés. On leur signale d’abord qu’ils sont tous les sept des candidats, puis on leur précise que le recruteur est parmi eux... La partie peut commencer... Les tests psychologiques vont se révéler particulièrement cruels et l’angoisse va régner de plus en plus durement. Les éliminations démarrent au bout d’un premier jeu... et il en sera ainsi jusqu’à la fin... jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un... ou une... Intéressant de bout en bout, ce film adapté d’une pièce de théâtre, souffre d’un support “vidéotesque” assez éprouvant pour les mirettes... Et puis, le théâtre au cinoche, c’est toujours un peu réducteur. Cela dit, il s’agit d’un vrai suspense totalement réussi (un polar sans meurtre) au niveau de la structure narrative et d’une interprétation remarquable. Décidément, le monde du travail... nous travaille ces derniers temps (voir Fair Play). Il y a de quoi, me dira-t-on ! Quand on pense que des méthodes d’embauche tout à fait comparables à celles évoquées dans le film dont il est question ici existent réellement, on a le droit d’avoir froid dans le dos...!

 

 

PRESIDENT - de Lionel Delplanque. (3/20)
France - Couleur, 1h37 - 2005.
Avec : Albert Dupontel, Jérémie Rénier, Mélanie Doutey, Claude Rich, Carlo Brandt.

Policier : Un autre genre de suspense... le polar psycho-politique... Un président donc de la République française, en apparence probe et propre, très charismatique comme on dit par les temps qui courent, a pourtant des choses à se reprocher... Une vieille (et grave) bavure... Il adore sa fille et lorsque celle-ci s’éprend d’un jeune gars dynamique, il est lui-même séduit... au point qu’il décide de l’embaucher. Allez, hop ! Un coup de piston (et quel piston !) et la vie du gars est complètement changée ! L’ennui, c’est que le jeune gars va apprendre des trucs zarbi... et qu’il finira même par collaborer avec une “jugette” qui essaie depuis longtemps de casser la baraque de notre brave numéro un... Confrontations, affrontements et conflits entre les deux hommes ? Ouais... et non... On ne sait pas trop sur quelle patte danse l’auteur de ce film finalement ennuyeux because pénible à suivre et construit de traviole... Il a oublié d’être clair sur bien des points le mec Lionel... Aurait mieux fait d’emprunter des chemins plus linéaires... On sent qu’il est fasciné par le pouvoir - notamment le suprême, celui du président d’un grand pays... qu’il a envie de dire plein plein de choses... mais lesquelles? Zat iz ze qouechtionne... Il s’embrouille les panards et nous fait des noeuds dans les neurones... Tout ça pour, entre autres, nous sortir des platitudes du genre : “...finalement, réussir est facile... c’est être heureux qui est dur...” Ouais... Dans le même temps, un peu d’action n’est-ce pas, attentat et meurtre prémédité par exemple... On se rend compte évidemment à la fin que le président est un pourri comme tous ceux qui un jour détiennent le pouvoir... Le chef est méchant par nature et le pouvoir corrompt nous disait Alain... Mais que nous dit Delplanque...? Qu’a-t-il seulement essayé de dire...? S’il le sait, il ne lui reste plus qu’à travailler son expression cinématographique...

 

 

SARAJEVO, MON AMOUR - (Grbavica) de Jasmila Zbanic. (8/20)
Bosnie - Couleur, 1h30 - 2005.
Avec : Mirjana Karanovic, Luna Mijovic, Leon Lucev, Kenan Catic, Bogdan Diklic.

Drame : Le Sarajevo d’après-guerre n’est pas reluisant... Toujours pas... Chômage et truandage allant de pair, nous allons suivre des personnages qui bossent comme des malades pour des clopinettes ainsi que ceux qui trichent copieusement et ramassent le paquet... Les protagonistes de ce vidéo-film noir mais pas désespéré sont une mère et sa jeune fille de douze ans. Esma et Sara. Le père de cette dernière est mort en héros durant la guerre des années 90... Pendant que la mère se démène pour assurer l’ordinaire, Sara passe son temps à flipper... Adolescence oblige ? Certes, mais il y a l’ambiance en plus... Voir plus haut. Lorsque Sara devra partir en excursion scolaire, une terrible vérité va exploser de la bouche de sa mère Esma... En effet, les enfants de “héros” ont droit à une importante réduction au niveau des frais d’excursion... Et pourtant... Esma ne parvient pas à obtenir le certificat stipulant les faits de guerre du papa de Sara... L’histoire est terrible, le suspense ne me permet pas d’en dire davantage (je ne vais pas faire comme l’ahuri(e) du JDD qui en trois lignes a trouvé le moyen de tout raconter!) mais j’eusse préféré un autre dénouement - une fois de plus, il ne s’agit nullement de vouloir refaire le film - un dénouement tendant vers une possible réconciliation entre les différents belligérants de naguère... Ici, la rancoeur est encore - malheureusement - présente... on peut certes comprendre pourquoi... Le côté “film à faire sur les événements tragiques en Bosnie” a été récompensé à Berlin par un nounours d’or... alors que la réalisation est un peu juste et que même une comédienne de la classe de Mirjana Karanovic, une habituée des films de Kusturica (Papa est en voyage d’affaires, Underground, La vie est un miracle) a tendance par moments à surjouer... Film respectable mais décevant.

 

 

TWELVE AND HOLDING - de Michael Cuesta.(0/20)
USA - Couleur, 1h34 - 2005.
Avec : Conor Donovan, Jesse Camacho, Zoe Weizenbaum, Linus Roache, Annabella Sciorra, Jeremy Renner, Jayne Atkinson, Marcia Debonis.

Comédie dramatique : Trois excellents copains, deux garçons et une fille d’une douzaine d’années, vivant dans une banlieue américaine, se voient arrachés de leur enfance par une tragédie. Le frère jumeau de l’un d’entre eux meurt dans un accident provoqué par deux petits connards... Ces derniers finiront dans une taule pour gosses et les trois autres vont s’acheminer brutalement vers l’âge adulte. Jusque-là, tout va bien, si j’ose dire... La suite des événements est caricaturalement psychanalytique, Cuesta (dont c’est le deuxième film après l’intéressant Long Island Expressway ) ne nous épargnant aucun cliché et cédant à un simplisme assommant. Comme si un seul événement (aussi tragique fut-il) pouvait provoquer, même chez des ados qui sont des personnes en devenir, une série de réactions aussi systématiques et structurées... Le gamin obèse qui décide de ne plus manger que des pommes et qui parvient même à entraîner dans son sillon diététique toute sa famille; la jeunette qui drague un adulte ex-pompier dont le passé est spécialement débile... et le frère jumeau qui va se rapprocher de ses parents après s’être construit et fait son... “devoir de vengeance”... savoir (tant pis, je la joue dégueulasse, je révèle tout) tuer le gamin responsable de la mort de son frangin... Le crime sera parfait et la logique fasciste respectée... Je vais taper le point final car j’ai la gerbe qui remonte...!

 

 

WORLD TRADE CENTER - de Oliver Stone. (0/20)
USA - Couleur, 2h10 - 2005.
Avec : Nicolas Cage, Michael Pena, Jay Hernandez, Maria Bello, Maggie Gyllenhaal.

Drame : Bon. On va faire court. Le 11-09-2001 tout le monde connaît. Oliver Stone a cru bon et nécessaire de reconstituer l’attentat et certaines de ses conséquences via les témoignages de deux braves flics ayant miraculeusement survécu. Je ne parle pas de miracle au hasard... Mis à part tous les clichetons et stéréotypes les plus niais et les plus éculés que je ne tiens pas à dénombrer ici, il y a un gars, un “marines”, dans le genre “Jeanne d’Arc” mâtiné de “Gott Mit Uns” qui entend un appel divin l’incitant à aller sur les lieux de la tragédie... C’est lui qui sera le premier à découvrir les deux malheureux flics coincés dans le béton...! Après quoi, on voit le fantastique “marines” avec sa tronche porcine tchatcher au bigoportable en disant (je cite de mémoire) : “Finalement, chérie, je ne rentre pas. Je reste ici où l’on va avoir besoin de bons soldats pour venger tout ça !” C’est “l’Envoyé de Dieu” qui dit ça... Il ira ensuite en Irak à deux reprises. Je te laisse juge, lecteur !

 

 

 

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