SEPTEMBRE 2005
Semaine 36  Du 31-08 au 06-09-2005

 

BOMBON EL PERRO - (El perro) de Carlos Sorin.(12/20) 1
Argentine - Couleur, 1h37 - 2004.
Avec : Juan Villegas, Walter Donado, Micol Estevez, Kita Ca, Pascual Condito.

Comédie dramatique : Après le sombre et fade Historias minimas, Carlos Sorin, tout en restant très proche d’une démarche réaliste et dépouillée, nous offre cette fois de quoi sourire voire rire... plus quelques autres jolies émotions. C’est l’histoire (toujours minima bien sûr) d’un brave gars sans boulot qui tentant désespérément de vendre ses couteaux aux manches remarquablement travaillés par lui-même, rencontre au hasard de ses déplacements une vieille dame qui pour le remercier du service qu’il lui a rendu, lui fait cadeau d’un chien de race, avec pedigree et tout et tout, un dogue argentin plus exactement... A partir de là, le naïf couillon aux mille sourires et aux yeux débordant de gentillesse, va sortir progressivement de la mouise, autrement dit la belle et grosse bête lui porte chance ! Voilà, pour ma part, de quoi réjouir tous ceux qui croient encore un peu en l’humanité, qui savent encore rêver et qui considèrent la gentillesse (celle du protagoniste surtout) comme une vertu majeure... Du reste, j’ai pu entendre les réactions du public durant la projection. Que Sorin ait engagé des acteurs non-professionnels n’est en l’occurrence absolument pas gênant ! De Juan Villegas jusqu’au plus petit rôle, ils sont presque tous parfaits... sans doute remarquablement bien dirigés, n’est-ce pas...
C’est tout un art, je le rappelle pour la millième fois, la direction d’acteurs professionnels ou pas... Suivez mon regard... du côté des mille et un navets... En revanche, ce qui m’excède c’est la systématisation de la démarche anti-esthétique due à une réaction par trop viscérale face aux films - nullement beaux - mais... esthétisant ! Nuance. Serait-on condamné désormais à choper une conjonctivite suite à chaque vision d’un film...? Toutes ces images floues... vidéoïsées... cette lumière sombre et repoussante ne sont franchement pas indispensables...! Il serait temps de repenser le cinéma... en commençant par en respecter la dimension... et en explorant l’inifinie diversité que nous offre l’argentique, dans un premier temps... puis, pourquoi pas, demain ou après-demain, d’éventuels enrichissements que pourraient nous apporter les images numériques...

 

 

LE BONHEUR - de Agnès Varda.(0/20) 1
France - Noir et blanc, 1h20 - 1965. (Reprise)
Avec : Jean-Claude Drouot,son épouse Claire et leurs enfants, et Marie-France Boyer.

Drame : Interdit aux moins de 16 ans...! Il n’est pas interdit de s’esclaffer, en revanche ! Que ce film ait pu être interdit aux moins de 18 ans, il y a quarante ans, n’est somme toute pas étonnant. Mais, que de nos jours encore une interdiction de cet ordre perdure... cela ressemble à une plaisanterie. Il est vrai que l’on y voit à plusieurs reprises, trop longuement pour l’époque, une paire de seins (nus, bien sûr !) généreusement exhibés... Au-delà, il n’y a vraiment pas de quoi fouetter un chat... Bon, passons sur cet aspect tout à fait anecdotique de l’oeuvre de Varda... Je précise que j’utilise ici le mot “oeuvre” uniquement dans son sens premier : résultat d’un travail. Et encore, je me demande... même dans ce sens-là... je suis peut-être trop généreux... En tous cas, ce n’est pas le résultat d’un travail sérieux. La mère Agnès s’est contentée de poser sa caméra “au p’tit hasard la chance”... La prise de son n’est même pas directe et la post-synchro se fait tristement sentir... Les acteurs jouent comme des patates... faut voir ce qu’on leur fait dire... et, contrairement au film de Carlos Sorin dont il est question plus haut, les interprètes non-professionnels sont à hurler... de rire ou d’indignation, selon l’humeur... Soyons clairs, il s’agit d’un non-film qui repose sur une non-histoire (même pas la plus minima du monde !)... à savoir, le commencement de la grande dégénérescence du parti pris de la fameuse “Nouvelle Vague” de la fin des années 50... Prise de liberté totale, savoir-faire nul, l’insupportable recherche du néant égaré... alors qu’au départ, l’oxygène quelque peu régénérateur au contraire, avait été bel et bien présent dans Les 400 coups, A bout de souffle et quelques autres créations... qui, au fil des ans se sont muées en vulgaires récréations... En effet, il serait temps d’admettre cette évidence, la prise de liberté est à la portée de n’importe qui; la démarche fertile est celle qui consiste à prendre des libertés dans un cadre donné... quitte à déborder ensuite de ce même cadre... La prise de liberté absolue, éminemment aisée, a fini par contaminer une grande partie de la production française (et aussi plus ou moins, bien au-delà de nos frontières)... Parfois, l’on se demande à la vision d’un film : “mais comment est-il possible de réaliser quelque chose d’aussi abouti ?”. Certes, il a souvent été dit que la réussite d’un film tenait quasiment du prodige... Plus concrètement, la réussite d’un film est due à une somme de travail (et accessoirement de talent) foutrement impressionnante ! Depuis l’écriture jusqu’au mixage, en passant par le montage financier, les prises de vues et leur montage, ce sont des dizaines et des dizaines de personnes, toutes indispensables, qui ont retroussé leur manches et pratiqué chacune son métier. Or, que voit-on trop souvent désormais... en caricaturant à peine... des copains et pines qui se distribuent les tâches comme des gamins qui jouent “aux cow-boys et aux indiens”... Exactement l’impression qu’a bien souvent ma vieille maman - 88 ans et nullement sénile - lorsqu’elle regarde un film français récent à la téloche...!

 

 

CADEAU DU CIEL - (Matana Mishamayim) de Dover Kosashvili.(0/20) 1
Israël - Couleur, 1h52 - 2003.
Avec : Yuval Segal, Rami Heuberger, Moni Moshonov, Ronif Yudkevitch, Hen Goren.

Comédie : Le point de départ est un hold-up. Mais, très vite l’on se rend compte que ce n’est qu’un prétexte pour nous faire partager la dingue vie d’une poignée de personnages, ceux-là même qui seront les principaux protagonistes du vol planifié. Tout en boitant, le réalisateur nous balance à la figure des énergumènes déchaînés qui s’entrechoquent, qui s’entreniquent, qui se surinent, qui se crachent dessus, le tout agrémenté de quelques gros plans à la limite du porno. C’est d’une brutalité indigeste, d’autant plus que la narration est laissée au hasard et qu’on a bien du mal à identifier les différents personnages dans ce contexte assez infernal, sale et sordide, suant et d’une sauvage vulgarité. Absolument tous les protagonistes sont odieusement antipathiques ! L’énormité de la chose, c’est qu’on essaie de nous les rendre attachants et sympathiques... ! (Du reste, certaines critiques prétendent que l’auteur y est très bien parvenu !!!). Les mots me manquent pour dire à quel point le film est inutilement cru. Il y a provocation et provocation et celle-ci est particulièrement malodorante. Que voulez-vous, ma propre sensibilité a elle aussi ses limites.

 

 

DARK WATER - de Walter Salles.(14/20) 1
USA - Couleur, 1h45 - 2004.
Avec : Jennifer Connelly, Ariel Jade, John C. Reilly, Tim Roth, Pete Postelthwaite, Dougray Scott.

Fantastique : J’ose supposer que Walter Salles n’a pas été suffisamment inspiré par le “chef-d’oeuvre” japonais pour être à l’origine de ce projet. Il s’agirait donc probablement d’une réalisation de commande ; en effet, je crois savoir que son précédent film Carnets de voyage a été cofinancé par des dollars... et de là à en conclure que les financiers américains lui aient demandé un retour d’ascenseur, n’est ce pas... Quoi qu’il en soit, je ne puis rien affirmer. Venons-en au film lui-même. Contrairement à Nakata dont la “Water” était très très “Dark”, savoir que son filmoïde était non seulement inintéressant au possible, mais parfaitement illisible, à l’image dégueulasse, donc désagréable à regarder, et d’une imbécillité confondante (voir critique Cinekosma) ; contrairement donc, à l’original, Salles, lui, parvient à nous clarifier cette histoire d’eau sale, sans pour autant en faire de l’eau de roche. Il respecte les lois du genre ; il s ‘agit d’un film fantastique avec suspens et autres frissons ; d’autant plus efficace que le cinéaste Walter sait créer une vraie ambiance, et surtout que ses personnages existent bel et bien. Exemple, l’agent immobilier qui fait visiter l’appartement cradingue à la jeune femme et à sa fillette (le formidable John C. Reilly) ; mais aussi l’abominable concierge (Pete Postelthwaite) ou encore l’avocat un peu égaré de la tête (Tim Roth) et bien évidemment nos deux héroïnes. Bien qu’étant plus explicite, il ne l’est jamais excessivement ; plutôt, il nous propose de fausses pistes bien concrètes qui au finale, s’avèreront toutes plus ou moins douteuses...Le surnaturel aura le dernier mot. D’où, outre la maîtrise technico-artistique, quelques moments de poésie. Voilà les raisons qui me permettent d’affirmer que, même quand il s’agit d’un film de commande, Walter Salles assure.

 

 

LA RAVISSEUSE - de Antoine Santana.(0/20) 1
France - Couleur, 1h30 - 2004.
Avec : Isild le Besco, Emilie Dequenne, Grégoire Colin, Anémone, Aude Briant.

Drame : Au 19ème siècle, un couple de bourges engagent une jeune nourrice, humble paysanne de son état. La maîtresse de maison et maman du bébé, a exactement le même âge que la nourrice, 18 ans. Est-ce seulement pour cette raison qu’elles vont vite devenir proches l’une de l’autre, proches et peu à peu complices... ? Mais, au fait, complices de quoi ? Cela mon pote, tu le demanderas aux scénaristes. Le mari, à la fois attiré par la paysanne, et jaloux des rapports amicaux entre les deux jeunes femmes, va sévèrement remettre de l’ordre dans tout cela ! Le mari, c’est le ridicule Grégoire Colin... dont la non moins ridicule costumière (ou costumier) l’affuble parfois de vêtements bien trop amples pour lui... ça lui donne un genre portemanteau, par-dessus le marché, voyez-vous... Tous les autres interprètes, à l’exception d’Anémone et de Aude Briant (dans un tout petit rôle, hélas - voir interview Cinekosma) sont d’une nullité destructrice... ça vous met un spectateur en lambeaux... ça vous colle un de ces cafards... une colère à se bouffer les paluches...! Cela dit, n’oublions jamais que les pauvres comédiens sont presque totalement dépendants de la qualité du scénario et des dialogues, par exemple... Ici, on nous les sert spécialement bâclés, les dialogues ! La plupart du temps, modernes... puis soudain, pouf !, on te balance une réplique à la tournure quelque peu précieuse et archaïque, du genre “Saviez-vous, mon cher” alors que l’instant d’avant et l’instant d’après, on nous barbouille les oreilles avec des “C’est pas vrai, ça, j’le crois pas...” tzétéra... tout juste si on ne jacte pas ziva. Ne parlons pas de la paysanne qui, à cette époque-là, devait s’exprimer dans un jargon patois, et qui ici, parle idem les bourges... Bon, les scénaro-dialoguistes, quand vous savez pas un truc, j’vous donne un tuyau, y a de bons bouquins où vous pouvez puiser des informations nécessaires pour pallier votre ignorance... !

 

 

UNE AVENTURE - de Xavier Giannoli.(0/20) 1
France - Couleur, 1h40 - 2004.
Avec : Ludivine Sagnier, Nicolas Duvauchelle, Bruno Todeschini, Florence Loiret.

Policier : Décidément, Giannoli a une prédilection pour les nanas malades. Dans Les Corps impatients, elle était incurable, ici, elle est atteinte de somnambulisme aigu, savoir qu’elle s’automutile, notamment, durant ses crises. Heureusement, Nicolas est là et fait sa connaissance. Nicolas, il jouait déjà dans le premier film de Xavier, où il était parfaitement impuissant face à la fatalité... alors que là, il a fait des progrès et il va pouvoir quelque peu améliorer l’existence de la jeune atteinte... Bon, en gros, c’est un mec qui rencontre une nana, par hasard, dans la rue, où elle erre, hagarde ; ils vont faire plus ample connaissance petit à petit, s’énamourer, malgré les conjoints respectifs, et nous assommer sévèrement jusqu’à l’apothéose finale, qui est ici ponctuée par un coup de feu ! Comme c’est original ! Le cinéma a débuté par des prises de vues tout ce qu’il y a de plus ordinaires, et cela n’a rien d’étonnant ; les tout premiers films des Frères Lumière, par exemple, étaient absolument extraordinaires en soi, vu que le cinématographe venait tout juste d’être mis au point. Aujourd’hui, après bien des péripéties, nous voilà revenus au point de départ, avec des longs métrages, cette fois, d’une banalité parfaitement injustifiable, vu que le cinématographe existe depuis plus d’un siècle. Or donc, il semblerait qu’ainsi la boucle serait bouclée... alors que fait-on ? On continue à enculer les mouches ou bien on essaie de trouver autre chose... un nouveau départ ?
PS. Pour le nouveau départ, c’est mal barré, Giannoli, vient déjà de terminer les prises de vues de son nouveau film, avec pour interprète l’incontournable et inlassable Gérard Depardieu...Comme dirait le gars de “LCI”, après avoir énuméré toutes les catastrophes planétaires : “Ainsi va le monde...”

 

 


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