| Observations et commentaires |
 |
Sans être un grand millésime, l’année
qui vient de s’écouler peut être considérée
comme assez excellente... Quinze films sortant résolument de l’ordinaire
et pas mal d’autres très au-dessus de la moyenne... Oublions
donc la piquette de 2003.
Comme à l’accoutumée, les navets sont toujours odieusement
nombreux. Il peut sembler parfaitement logique et admissible que la médiocrité
soit le plus généreusement répandue... certes...
mais, tout de même... Car ce que je reproche à la plupart
des toiles sans souffle ne relève pas seulement d’une insuffisance
créative ou d’un laisser-aller plus ou moins pardonnable...
à condition qu’il y ait un minimum... Qu’est-ce que
j’entends par minimum ? Eh bien, tout simplement le respect du public;
on peut très bien n’être qu’un modeste artisan
(même si c’est déjà beaucoup) et proposer aux
spectateurs une oeuvre (entendez au sens premier : résultat d’un
travail) intéressante ou tout bonnement amusante et délassante...
Malheureusement, le statut d’”artisan” apparaît
à une majorité de cinéastes comme tout à fait
insuffisant voire péjoratif... Je vois mal ce que pouvaient avoir
de si méprisable des réalisateurs tels que Gilles Grangier,
Henri Verneuil ou Philippe de Broca - pour ne citer qu’eux et ne
rester qu’en France... De plus, tout le monde s’accorde pour
considérer que Les tontons flingueurs est un chef-d’oeuvre
- et il ne fait point figure d’exception; qui oserait dire que Un
singe en hiver, Cartouche ou La grande vadrouille
ne sont que des merdes fumantes...? (Quoique... j’en connais...
mais ils ne sont pas nombreux et le plus souvent, ils sont de mauvaise
foi !). Par ailleurs, les films dits ambitieux fleurissent de plus en
plus sauvagement (toujours en France bien sûr) et n’ont de
réellement intéressant que quelques idées vaguement
filmées quand elles ne sont pas totalement inexprimées...!
On a aussi la fâcheuse tendance de par chez nous à trop favoriser
les premiers films... Mais s’agit-il bien de cela ? J’entends,
les financiers de ces hasardeuses aventures recherchent-ils vraiment de
nouveaux talents... ou bien n’est-il question ici que de “hasards
relationnels”...? Au vu de l’”originalité”
et de la “fraîcheur” de bon nombre de nouveaux venus
dans le monde de la réalisation cinématographique, j’ai
la désagréable impression que dans la majeure partie des
cas, le choix du script est... “à la tête du client”...
Je précise car je ne voudrais pas laisser croire que je sois contre
le principe de favoriser la découverte de jeunes talents ou de
déroger à la réglementation en permettant à
l’auteur du scénario, même s’il n’est pas
metteur en scène de son état, de créer une oeuvre
sur pellicule...! Que nenni ! C’est le choix qui est en cause !
Bref...
Je tiens également à préciser que si les mauvais
films, toutes origines confondues bien évidemment, sont si nombreux,
ce n’est point de mon fait. J’ai eu en effet quelques échos
m’apprenant qu’il y a des lecteurs qui me trouvent trop négatif...
Deux choses :
- excepté la littérature, le cinéma est ce qui me
passionne le plus au monde
- j’aime le cinéma aux qualités esthétiques
et émotionnelles évidentes.
Par conséquent, on peut difficilement me vendre des roubignolles
pour des lanternes; en art, ce qui prime c’est l’émotion,
la prise de liberté des auteurs... intelligents de préférence...
mais pas nécessairement intellos... Les intellos me cassent les
burnes parce qu’ils... intellectualisent tout... forcément
! Le cerveau leur sert de filtre et l’émotion passe après...
Schématique façon de parler, certes... Mais, quand une personne
demande la permission à son intellect tordu par une vaine série
de réflexions ... d’aimer un film, j’appelle ça
de la misérable connerie, point !
Pour ce qui est des parts de marché, les films américains
dominent toujours... mais n’ont plus la majorité absolue.
Hausse logique des deux autres parts de marché... mais une hausse
équitablement répartie entre les productions françaises
et celles venant des autres régions du globe... Ce qui est fort
heureux ! Ainsi l’hégémonie culturelle américaine
en est automatiquement réduite; ce qui ne veut pas dire que je
hais tout particulièrement leurs productions... mais que je considère
normale et enrichissante la diversification de la créativité
cinématographique... et suis donc satisfait que notre public y
fasse honneur... D’autant plus que les meilleurs films de l’année
(selon moi, comme toujours), font majoritairement partie de la catégorie
“autres films”... En effet, huit excellentissimes oeuvres
ne sont pas des productions ricaines ou frenchies... elles nous parviennent
aussi bien d’Amérique Latine que des Balkans...
Soulignons par ailleurs, une nouvelle fois, la poussée des films
documentaires et de reportage... d’un très haut niveau !
Notamment et évidemment le dernier pamphlet de Michael Moore; mais
aussi, le fabuleux bijou, unique dans son genre, qui devrait faire date
dans l’histoire du cinoche : 10eChambre - Instants d’audiences
de Raymond Depardon... Dommage que cette poussée ne soit probablement
due pour l’essentiel qu’au manque d’imagination de certains
et au manque de courage d’autres...
|
Droits de reproduction et de diffusion réservés © 2004
Strahinja Kosmajac
|