SEPTEMBRE 2004
Semaine 37  Du 08-09 au 14-09-2004

AFFREUX, SALES ET MECHANTS - (Brutti, sporchi e cattivi) de Ettore Scola. (20/20) 3
Italie - Couleur, 1h55 - 1976. (Reprise / Re-vision)
Avec : Nino Manfredi, Francesco Annibaldi, Maria Bosco, Giselda Castrini, Franco Merli.

Comédie : Ce film est l’un des quatre grands chefs d’oeuvre d’Ettore Scola avec Drame de la jalousie, Nous nous sommes tant aimés, et Une journée particulière. Mais outre ces quatre-là, il a une longue filmographie impressionnante de qualité. Malheureusement, emporté par la désastreuse chute du cinéma italien, il a beaucoup de mal, depuis une quinzaine d’années, à nous refaire un bon film...Cette fois, il nous dépeint avec maestria un milieu abominable, situé dans un bidonville romain. Le personnage principal est Giacinto, “père” particulièrement ignoble d’une “famille” innombrable...et non moins ignoble ! L’Intrigue principale est très simple. Giacinto, ayant perdu un oeil dans un accident, a touché un million de lires d’indemnité. Ce million, tout le monde voudrait bien le lui piquer, ce qui l’oblige à le cacher en changeant de planque chaque jour... Scola qui s’est toujours attaché à explorer le coeur des humains les plus marginaux (les plus marginalisés surtout), les faibles, les miséreux, les laissés-pour-compte de nos sociétés, va avec ce film jusqu’au bout, jusqu’au paroxysme. Paroxysme tragi-comique, cruel et généreux à la fois, typique des comédies dites à l’italienne, dont ce film est l’un des plus dignes représentants. (D’ailleurs, c’est un de mes films préférés toutes catégories confondues... donc, z’avez pas intérêt à toucher à un seul de ses cheveux !). Le titre est on ne peut plus clair, cette communauté est un véritable foutoir, cradingue et violent à souhait, sordide et sinistre également. Et pourtant, on rit ! Il y a même des moments uniques au cinéma où l’on ne sait pas s’il faut rire ou pleurer (alors on fait les deux tant bien que mal) tant Scola frôle la perfection dans sa démarche artistique. L’idylle entre Giacinto et une espèce de grosse poufiasse en est le meilleur exemple. En bref, voilà pourquoi ce film est aussi emblématique de la comédie italienne. L’ambivalence des personnages est ici mise en évidence, sans pour autant être réellement caricaturale, amplifiée au maximum. Ce film est-il la comédie la plus affreuse ou la plus belle, la plus sale ou la plus pure, la plus méchante ou la plus généreuse... ? Il n’y a pas de réponse à cette question, l’harmonie entre les deux extrêmes étant indiscutable. Après avoir bien ri avec l’horrible misère de ces pauvres hères, on ne peut que se remettre en question. Et la dernière image du film où l’on voit cette jeune fille enceinte est prodigieusement belle et inquiétante. Cette future jeune maman est-elle porteuse de... désespoir ?

 

 

5 x 2 (Cinq fois deux) - de François Ozon. (0/20) 0
France - Couleur, 1h30 - 2003.
Avec : Valeria Bruni-Tedeschi, Stéphane Freiss, Françoise Fabian, Michael Lonsdale.


Comédie dramatique : Entendez cinq moments importants de l’existence d’un couple... le tout raconté à l’envers... Certains critiques crient déjà au génie, quelle trouvaille, etc... Je rappelle qu’il n’y a pas trace de trouvaille là-dedans, ce procédé ayant déjà été utilisé au cinéma comme au théâtre : Trahisons conjugales d’après la pièce de Pinter portée à l’écran par David Jones ou plus récemment Irréversible (autrement plus passionnant !) de Gaspar Noé.
La première séquence est celle de la rupture. A peine divorcés, elle et lui vont se retrouver dans une chambre d’hôtel, en plein jour, en train de s’aliter ensemble. Lui, il a envie, elle non. Donc il va la violer... en la sodomisant. A la fin de la scène, on en est toujours à se demander pourquoi ils sont passés par cette chambre... C’est quoi cette scène-prétexte ?
La deuxième séquence se passe lors d’une soirée où l’on sent déjà une tension entre elle et lui, soirée où sont également invités le frère du mec, homosexuel, accompagné de son petit ami. Leurs bavardages sont d’un niveau supérieur : il est question de cuiller à sperme, de partouzes, de voyeurisme et de tout ce qui aurait tendance, d’une maniière générale, à nous dégoûter du sexe...
La troisième séquence est celle de la naissance de leur enfant. On y apprend que la mère doit subir une césarienne alors que dans la première scène, où on l’avait vue entièrement nue, elle n’avait pas la moindre trace de la plus petite cicatrice... Ceci juste pour dire avec quel soin et quelle précision notre grand auteur Ozon travaille.
La quatrième scène : c’est le jour du mariage de notre fameux couple. Après les festivités, le soir, lui est fatigué et s’endort avant de niquer. Elle, par contre, est en pleine forme et sort de l’hôtel pour aller se balader dans la nature...où elle va rencontrer, quel “zazar”, un jeune homme américain qui veut absolument lui prendre sa température vaginale. Elle n’est pas très chaude, mais finira par céder. Curieusement, on ne voit pas la scène du coït... Ozon a dû vouloir se la jouer subtile afin de nous faire douter. A-t-elle réellement fauté avec ce Ricain ... ?
Dernière séquence : la rencontre, tout à fait fortuite sur une plage en vacances, d’elle et lui. Lui est maqué de son côté avec une gonzesse insupportable ; elle, au contraire, est toute seule, et donc disponible. Avant de se décider à changer de compagne définitivement, il va nous montrer en détail ce dont il est capable au plumard avec sa petite amie du moment....
Tout cela pour dire que notre génial créateur Ozon tente désespérement de sortir son scénario du néant en accrochant le chaland avec des scènes gratuitement salaces... Bonne nouvelle pour les fans de ce cinéaste : il est déjà en train de tourner un nouveau film.

 

 

CLEAN - de Olivier Assayas. (11/20) 1
France - Couleur, 1h50 - 2003.
Avec : Maggie Cheung, Nick Nolte, Béatrice Dalle, Jeanne Balibar, Don Mc Kellar.

Drame : Emily et Lee, ex-stars de la rock-music, shootés jusqu’aux yeux, sont tellement sur la touche qu’ils vont se foutre sur la gueule et que l’un des deux (le mec Lee) va nous faire une overdose. Quant à Emily, elle va attraper six mois de taule. Le malheur, c’est qu’ils ont un garçon de quatre ans qui est élevé par les parents de Lee, au Canada. Après avoir purgé sa peine, Emily tentera de reconstruire quelque peu sa vie à Paris, en faisant des petits boulots et en décrochant petit à petit de la drogue. Mais, au fil du temps, alors qu’il a été convenu qu’elle ne devrait pas rendre visite à son fils, elle ressent de plus en plus le besoin de le revoir... De toute évidence, pour ce faire, il lui faudra changer encore bien davantage... devenir clean. Remarquablement photographié (couleurs chaudes juste ce qu’il faut), cadré, monté et bien sûr interprété par une formidable Maggie Cheung (mais ça c’est pas d’hier qu’elle est formidable !) et un Nick Nolte, toujours aussi fascinant de présence et de justesse dans son jeu, le film commence très fort et ne faiblit pas jusqu’à la dernière demi-heure. Là où il commence à tiédir, c’est à Paris, lorsque l’auteur s’égare dans de vaines longueurs, en s’attardant sur d’anecdotiques petites histoires de cul. La fin, (je ne vous la raconterai pas, bien sûr), un peu trop précipitée, n’arrange rien à l’affaire. Autrement dit, nous commençons sous héroïne, nous continuons avec de la méthadone et nous finissons...avec un chewing-gum à la chlorophylle. Dans la vie, il va sans dire qu’il vaut mieux suivre ce chemin-là. Mais au cinéma, on préfère planer jusqu’au bout...

 

 

INFERNAL AFFAIRS - de Andrew Lau et Alan Mak. (0/20) 0
Hong-Kong - Couleur, 1h37 - 2003.
Avec : Andy Lau, Tony Leung, Anthony Wong, Eric Tsang, Edison Chen, Shawn Yue.

Policier : Voilà une histoire de taupes qui jouent au chat et à la souris. Original. En clair, nous avons d’un côté, un gars qui sort de la Triade pour infiltrer la police et de l’autre côté, un autre gars qui, à l’inverse, est un flic chargé d’infiltrer ladite Triade... Au total nous avons du cinéma pur Hong-Kong, qui nous bouscule de tous côtés, avec des images tape-à-l’oeil, une mise en scène inutilement tordue et une histoire compliquée et infantile, très mal racontée. On ne retiendra que la prestation de Tony Leung... le fameux partenaire de Maggie Cheung dans In the Mood for Love...

 

 

ON MURMURE DANS LA VILLE - (People Will Talk) de Joseph L. Mankiewicz. (18/20) 3
USA - Noir et blanc, 1h50 - 1951. (Reprise)
Avec : Cary Grant, Jeanne Crain, Finlay Currie, Hume Cronyn, Walter Slezak.

Comédie dramatique : Le docteur Praetorius est un personnage comme on aimerait qu’il en existe. Alors, Mankiewicz le créa en s’inspirant d’une pièce de Curt Goetz. Elégant et séducteur, érudit et d’une brillante intelligence, spirituel et généreux.... voilà comment se présente ce docteur hors du commun... au passé douteux. Enfin, c’est ce qui se dit. D’entrée de jeu, il semble évident que ce ne sont là que des ragots... des ragots amplifiés et largement diffusés par son antagoniste, le docteur Elwell. Ce dernier ira jusqu’à l’accuser d’avoir, quinze ans auparavant, pratiqué illégalement la médecine et parviendra à le traîner devant le conseil de discipline. Entre-temps, Praetorius rencontre une jeune et jolie femme enceinte d’un homme qui l’a abandonnée, dont il va tomber amoureux et qu’il va épouser telle quelle. Peu connu du public, ce film du maître Joseph n’en est pas moins un grand moment de cinéma. Sans être un chef d’oeuvre ou le film le plus abouti de notre auteur, il nous accroche cependant dès la première image, et surtout la première réplique ; les dialogues sont épatants, hilarants, et franchement jouissifs ! Spectacle complet, ce film bénéficie d’un scénario et d’une histoire remarquablement travaillés, de l’esprit caustique d’un cinéaste hors norme et non-conformiste, ainsi que d’une interprétation haut de gamme -Cary Grant et Hume Cronyn en tête-. Certes, on pourrait peut-être regretter le côté un peu trop “adaptation théâtrale” (mais, là, je cherche vraiment la petite bête...), ou encore le dénouement un peu trop loufoque... Mais ce ne sont que des détails comparativement au festin qui nous est proposé. Le public ne s’y trompe pas, d’ailleurs; la salle est pleine, même dans l’après-midi, un jour de semaine.
(En réédition exclusive, au Reflet Médicis et au Lincoln, à Paris)

 


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