OCTOBRE 2004
Semaine 41  Du 06-10 au 12-10-2004

LE DROIT DU PLUS FORT - (Faustrecht der Freiheit) de Rainer Werner Fassbinder. (7/20) 1
Allemagne - Couleur, 2h03 - 1974. (Reprise).
Avec : Rainer Werner Fassbinder, Peter Chatel, Karl Heinz Böhm, Adrian Hoven.

Drame : Un jeune forain naïf croit en l’étoile de la loterie et ne loupe aucun tirage... jusqu’au jour où il gagne une petite fortune (500.000 marks). Il va ensuite, par l’intermédiaire d’un riche enfoiré, rencontrer un jeune et séduisant bourge dont il va tomber amoureux. Le papa du séduisant garçon dirige une petite entreprise qui a quelques problèmes de trésorerie... Alors, notre couillon de forain va avancer l’argent nécessaire pour relancer l’affaire du papa... puis acheter un appartement... gaspiller, en somme, tout son fric... par amour de la petite salope de crapule...! Rainer W. F. , l’homme aux trente films réalisés en moins de quinze ans, nous livre ici une oeuvre cruelle et désespérée... dont la dernière scène atteint le paroxysme de l’horreur humaine. Le propos est aussi fascinant que terrifiant et la mise en image, une fois de plus, est très inventive, esthétique, la caméra étant posée, comme on dit, au bon endroit... mais pas forcément là où on l’attend... Aucun doute, Fassbinder était un fou inspiré... parfois génial ! Il est clair néanmoins que Le droit du plus fort n’est pas précisèment son film le plus fort ni le plus abouti... because un scénario trop mou et donc des longueurs... because aussi une interprétation pas terrible et un humour qui ne fait pas toujours mouche... Normal, me dira-t-on, vu le rythme dingo de sa production artistique (par ailleurs, Rainer ne négligeait pas non plus le théâtre ou la télévision); le bougre avait hâte de s’exprimer, brûlant la chandelle par trente-six bouts, se doutant qu’à ce train il ne vivrait pas vieux... Mû par la frénésie de l’extrême urgence, il n’avait de cesse de se dévorer corps et âme en vivant de la manière la plus libre et audacieuse qui soit donnée à un être humain ses rêves les plus démesurés et les plus fous; en se shootant à l’image cinématographique et à la mise en scène d’un monde aussi réel qu’irréel, mêlant tout naturellement la sève de son existence au suc de l’imaginaire... jusqu’à l’overdose... On ne peut donc nullement lui reprocher d’avoir produit des oeuvres inégales. Je rappelle que dans le cadre du Festival Fassbinder (qui se donne notamment au MK2 Beaubourg), ses deux films les plus fascinants sont également programmés, à savoir : Lola, une femme allemande et Le secret de Veronika Voss...

 

ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND - de Michel Gondry. (0/20) 0
USA - Couleur, 1h48 - 2003.
Avec : Jim Carrey, Kate Winslet, Kirsten Dunst, Mark Ruffalo, Elija Wood.

Fantastique : ...fantastique, comique, romantique et ratatouillesque... Au bout d’un an de vie commune et amoureuse, un homme et une femme sentent (déjà!) leurs liens s’user... Clémentine, (c’est la nana), flippe au point d’aller se faire faire un lavage de cerveau chez un médecin inventeur d’un procédé qui efface les souvenirs dont on veut se débarrasser... Clémentine, elle, veut oublier Joel (c’est le mec)... Lorsque ce dernier apprend ce qui est arrivé à sa doulce mie, il décide d’en faire autant, na! S’ensuivent flash-backs et toutes sortes de souvenirs bousculés par le présent, emmêlés à loisir, pendant que Joel est sous “traitement”, la tête dans un “sèche-cheveux”... Le célèbre scénariste Charlie Kaufman (Dans la peau de John Malkovich) fait tout ce qu’il peut pour brouiller les pistes afin de surprendre le spectateur... mais, avec l’aide de Michel Gondry (réalisateur du plutôt sympathique Human Nature), il parvient - avec brio ! - à se mélanger surtout ses propres neurones... Le résultat est d’autant plus désagréable que l’ensemble du casting est antipathique et que la lumière blafardo-cafardeuse ainsi que le cadre flottant du support numérique sont, comme à l’accoutumée, fatigants... voire assassins... Quant au titre... tant qu’à faire... on aurait dû le traduire en swahili...

 

L’HISTOIRE DU CHAMEAU QUI PLEURE - de Byambasuren Davaa et Luigi Falorni. (5/20) 0
Allemagne / Mongolie - Couleur, 1h30 - 2003.
Avec : Ingen Temee, Botok, Uuganbaatar Ikhbayar, Odgerel Ayusch, Janchiv Ayurzana

Comédie dramatique : Lorsqu’un film comme celui-ci n’est ni un documentaire ni vraiment une fiction, l’on se dit que les bâtards ne sont pas forcément toujours les meilleurs... En effet, la qualité de la photo est celle d’un reportage... et l’histoire est réduite au strict minimum... La vie au quotidien dans le désert de Gobi, d’une famille mongole... qui a tout de même un problème avec une chamelle qui refuse de reconnaître et d’accepter son nouveau-né, un petit chameau blanc... Alors, selon la tradition, on va faire intervenir un violoniste censé faire pleurer la maman chamelle et ainsi la réconcilier avec son bébé... Entre-temps, l’on nous propose d’insipides dialogues (on se croirait dans un film français), et de mornes prises de vues des moindres faits et gestes peu excitants... Certes, il y a quelques petites choses exotiques et sympathiques... Un grand-père qui raconte des bribes d’histoires vaguement amusantes, la présence surréaliste de la télévision dans un “village” qui est une sorte de centre commercial, ainsi que le charmant gamin de cinq ans qui (tenez-vous bien!) sait monter à dos de chameau avec une aisance étonnante et qui, accompagné de son grand frère - un garçon à peine plus âgé - est capable d’aller faire “les courses” à une distance non négligeable de la yourte familiale... Cela nous laisse quelque peu rêveurs, nous autres, qui sommes obligés de tenir par la main jusqu’à l’âge de trente ans nos rejetons... des fois qu’ils traverseraient la rue au feu vert... Bref, on était en droit d’attendre une toile plus dense et moins terne... Dommage.

 

 

IL DONO - de Michelangelo Frammartino. (0/20) 0
Italie - Couleur, 1h23 - 2003.
Avec : Angelo Frammartino et Gabriella Maiolo.

Comédie dramatique : Un minuscule village en voie de désertification en Calabre... Le quotidien d’un vieillard... Et d’une jeune femme qu’on nique pour un oui ou pour un non... Plus quelques autres rarissimes habitants de ce lieu appelé à disparaître... En règle générale, il n’y a pas de petits sujets ou de décors plus intéressants que d’autres... à priori... A priori également, il n’y a pas de petites émotions négligeables... à condition toutefois de faire un petit quelque chose pour les exprimer... Ici, chaque geste est long à venir, le souffle des personnages leur permet tout juste de respirer (et celui des spectateurs se met à ronfler...), les images sont de pâles photocopies de la réalité (“le vérisme”, mes bons amis, toujours “le vérisme”...), chaque seconde assassine la suivante, la vie se meurt inlassablement... Le film le plus “contemplâââtif” du siècle ! s’exclament nos braves criticards... Comme dirait Mézigue : “Autant se reluquer “les précieuses” dans un miroir sale que de regarder cette maladive foutaise...!”

 

 

MANIFESTO - (Los abajo firmantes) de Joaquin Oristrell. (12/20) 2
Espagne - Couleur, 1h30 - 2003.
Avec : Javier Camara, Juan Diego Botto, Elvira Minguez, Maria Botto.

Comédie dramatique : Une troupe théâtrale est en tournée avec une pièce de Garcia Lorca... L’acteur principal se tue dans un accident de voiture... On le remplace d’urgence par une star de la téloche, un jeune comédien plutôt prétentieux et antipathique... Les rapports entre l’assistant metteur en scène et le jeune premier vont vite devenir tendus... Les deux comédiennes - principales partenaires - auront un comportement un peu plus nuancé... L’une (la plus âgée), se la joue grande vedette et ira jusqu’à séduire le jeune homme... L’autre beaucoup plus modeste, voire timorée, est tout compte fait la plus gentille... Mais, venons-en au fait; au fameux manifeste... Nous sommes en 2003 dans une Espagne qui est sur le point d’envoyer ses soldats en Irak... Le jeune remplaçant, apparemment très concerné par cette scandaleuse intervention du lèche-cul Aznar, milite au sein d’une association et veut à tout prix dire un manifeste pacifiste en ouverture du spectacle... Nos quatre personnages vont s’affronter, chacun émettant son avis et nous invitant, du même coup, à la réflexion... Dans quelle mesure un artiste - un comédien en l’occurrence - peut-il ou doit-il s’engager politiquement...? Ma réponse est claire. Un artiste n’a d’autre engagement que personnel. L’artiste est foncièrement marginal; il a naturellement un rôle social à jouer. Précisément parce qu’il est situé dans la marge. Il est “le grain de sable” qui dérange la mécanique souvent trop bien huilée d’une société. Il est libre ! Bénéficiant - dans la mesure où il le veut - d’une liberté d’expression quasiment sans limites, il est l’instrument et le symbole de l’expression de la liberté. Bien évidemment, pour être artiste, il faut posséder un savoir-faire suprême, au-delà même de la virtuosité ! L’artiste doit être capable de viser l’inaccessible... le sublime... Autrement, il ne créera rien. Cela dit, si d’aventure, l’occasion lui est donnée d’utiliser la scène - à laquelle peu de gens ont accès - pour exprimer une conviction idéologique ou spirituelle, il est une fois de plus parfaitement libre de le faire... En revanche, en s’engageant définitivement dans une action militante, ne risque-t-il pas d’y perdre et en liberté et en créativité...? En somme, d’y perdre son âme...? Hormis ma réflexion personnelle, qui n’est peut-être pas ce que j’ai de plus pertinent à dire à propos d’un film, il y a l’oeuvre cinématographique de Joaquin Oristrell; son oeuvre et celle de ses remarquables comédiens - Javier Camara (Parle avec elle) en tête. N’ayez crainte, si j’ai aimé le film, c’est parce qu’il n’est pas simplement un prétexte à cogitation cérébrale; il y a une vraie histoire, de vrais personnages et une bonne dose d’humour ! Le film est en train de passer... quasiment inaperçu. Que ceux qui sont tentés se dépêchent...!

 

 

MEMOIRE D’UN SACCAGE - (Memoria del saqueo) de Fernando E. Solanas. (14/20) 2
Argentine - Couleur, noir et blanc, 2h00 - 2004.

Documentaire : Décidément, le cinéma latino-américain est très présent sur nos écrans en ce moment ! Et c’est tant mieux ! Après “le Che” ou Salvador Allende, il s’agit cette fois (mais pas seulement de lui, loin de là) d’un anti-héros, Carlos Menem. Homme qui participa très activement au pillage économique d’un pays naturellement très riche, l’Argentine. On a peine à imaginer que des magouilles aussi ouvertement mafieuses aient pu avoir lieu ! Et pourtant... Que ceux qui - comme moi - ne sont pas très au courant de l’histoire argentine et qui désirent voir un pamphlet qui cogne fort, ne ratent pas ce document. Document qui ne fait pas que relater des faits bouleversants à plus d’un titre... mais qui nous interpelle tous... sans exception... quel que soit le pays où nous vivions. Ce qui s’est passé en Argentine (je ne vous le raconte pas, c’est dans le film) est la caricature apocalyptique de ce qui se passe un peu partout ou qui peut arriver un jour où l’autre n’importe où... Sans doute pas de la même manière, et peut-être pas à un tel degré; mais, néanmoins, il faut tous rester vigilants quant au différents pouvoirs en place...! Qu’on n’aille surtout pas se consoler avec le malheur des autres...! Mais que l’on prenne le courage et le temps nécessaires de réfléchir à la condition et au comportement à adopter de tout citoyen digne de ce nom... et qui veut continuer à être digne. Malgré quelques redites, scènes inutiles (notamment la fin), et donc longueurs, cet énième film documentaire de l’année (et de qualité!) vaut franchement le détour.

 

 

VIPERE AU POING - de Philippe de Broca. (7/20) 1
France - Couleur, 1h40 - 2003.
Avec : Catherine Frot, Jacques Villeret, Jules Sitruk, Wojtek Pszoniak, Sabine Haudepin

Drame : Bon, tout d’abord, Hervé Zinzin - sans pour autant cracher dessus - n’est pas vraiment ma “tasse de thé”. Je le confonds souvent avec Guy des Cars... c’est dire...!
Ensuite, il semble malheureusement évident que, contrairement à Alice Sapritch (qui “était” Folcoche!), le rôle de l’affreuse mère indigne ne va pas comme un gant à Catherine Frot - qui sait parfois être excellente; rappelez-vous Un air de famille... Elle est certes antipathique mais... nullement terrifiante ! Elle peine souvent... ahane presque... nous fait décrocher de l’histoire... En revanche le p’tit Jules se débrouille fort bien et Villeret fait - comme d’habitude - un parcours sans faute. Il y a ça et là d’autres problèmes au niveau du casting... Mais passons... car nous avons droit à l’heureuse présence de Paul Le Person... dans un petit rôle, d’accord... mais tout de même, cela fait bigrement plaisir de le revoir ! La mise en scène, très conventionnelle mais efficace, nous permet de suivre sans heurt le fil de l’intrigue; de Broca, désormais respectable vétéran, connaît depuis longtemps les ficelles du métier. La lumière, les décors et tout le reste, sont suffisamment soignés pour distinguer cette oeuvre sans grande prétention d’un téléfilm... Il ne s’agit donc pas d’une arnaque.

 


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