Fèvrier / Mars 2004
Semaine 9  Du 25-02 au 02-03-2004 

CONFIDENCES TROP INTIMES - de Patrice Leconte. (7/20) 1
France - Couleur, 1h44 - 2003.
Avec : Fabrice Luchini, Sandrine Bonnaire, Michel Duchaussoy, Anne Brochet.

Comédie dramatique : Après quelques navets sauvages (Rue des Plaisirs, L’homme du train...), cette fois Leconte est presque bon... Une jeune femme (Sandrine Bonnaire) se trompe de porte et au lieu de consulter un psy, elle se confesse à un... conseiller fiscal (Fabrice Luchini)... Celui-ci, malgré sa stupeur première, l’écoute avec de plus en plus d’attention... Elle reprend un rendez-vous et ainsi de suite... De fil en aiguille, le conseiller fiscal (en froid avec sa moitié) s’éprend de la jeune femme (en difficulté sérieuse avec son mari)... Ils étaient donc faits pour se rencontrer, en quelque sorte. Du reste, la jeune femme joue-t-elle un jeu ou bien est-elle vraiment sincère...? Voilà un point de départ franchement intéressant. Seulement, pour moi, que voulez-vous, les histoires d’amour ont toujours quelque chose de merveilleux. Or, ici, point de magie. On piétine dans l’ordinaire... C’est pas qu’on s’ennuie... Certaines scènes insolites et des dialogues plutôt bien torchés nous captivent même indiscutablement. Mais on se prend à rêver... A imaginer ce qu’un Claude Sautet aurait fait d’une telle histoire...! Quant aux acteurs, face à une Bonnaire toujours aussi imbuvable (tant par son jeu que par son physique), Luchini nous surprend agréablement par une certaine sobriété. On l’aime mieux comme ça!

IN AMERICA - de Jim Sheridan. (6/20) 1
Irlande - Couleur, 1h46 - 2003.
Avec : Samantha Morton, Paddy Considine, Djimon Hounsou, Sarah et Emma Bolger.

Drame : Un couple d’Irlandais et leurs deux filles s’exilent aux States... Plus pour oublier que pour des raisons matérielles. Oublier la mort tragique de leur petit fiston... Donc, plus qu’une chronique désabusée sur le rêve américain - comme j’entends dire ici ou là - , il s’agit d’un drame psychologique qui aurait pu se passer n’importe où ailleurs qu’aux Etats-Unis... Mais ce n’est pas bien grave... Plus embêtants sont, outre l’image plastifiée, les clichés et maladresses qui abondent dans cette oeuvre directement inspirée de la vie des scénaristes (J. Sheridan et ses deux filles). Il n’est pas question de les énumérer car la liste serait assez longue. Regrettons cependant que l’auteur de Au nom du père ait sombré dans la banalité... Certes, ce que j’avance là peut paraître un peu énorme! Je n’oserais jamais le répéter à Sheridan en personne; j’aurais toutes les chances de me manger son poing dans la gueule! Néanmoins, ce qui est tragique dans la réalité... ne l’est pas forcément au cinéma. Et puis, et puis, comme de bien entendu, tout est dans la manière de narrer... Il me semble que ce drame aurait dû être raconté par quelqu’un ayant plus de recul... Difficile d’émouvoir avec sa propre douleur... quand on a le souffle coupé...

LE MECANO DE LA “GENERAL” - (The General) - de Buster Keaton et Clyde Bruckman. (6/20) 1
USA - Muet. Noir et blanc. 1h14 - 1927. (Reprise)
Avec : Buster Keaton, Marion Mack, Jim Farley, Joseph Keaton, Glen Cavender.

Comédie : Comme le veut “la loi des séries”, voici encore un western dont l’action se situe durant la guerre de Sécession (voir Retour à Cold Mountain, la semaine dernière); mais cette fois il s’agit d’une comédie burlesque, puisque c’est Keaton qui est aux commandes... C’est tout bonnement l’aventure fantaisiste d’un mécanicien de locomotive qui faits des exploits pour l’amour de sa belle... Il va de soi que Keaton possédait un savoir-faire indéniable et qu’il savait à la perfection orchestrer une scène aux gags les plus farfelus. Mais, lorsqu’on me demande ( question classique, qui revient régulièrement), si je préfère Keaton à Chaplin ou inversement, je laisse le plus souvent la parole à Mézigue! Keaton ou Chaplin? Vaine question! Il y a toujours eu assez de place pour les deux! Et d’un. Toutefois, pendant que Keaton lutte pour obtenir du galon, Chaplin se sent plus à l’aise dans son costume de vagabond; pendant que l’un se décarcasse pour être reconnu par la société, l’autre quitte l’usine, en compagnie de sa fiancée, pour emprunter un chemin ensoleillé... Et puis, de toute façon, un homme qui ne rit jamais, moi... n’est-ce pas... je le trouve peu fréquentable...

OPEN RANGE - de Kevin Costner. (15/20) 2
USA - Couleur, 2h20 - 2003.
Avec : Robert Duvall, Kevin Costner, Annette Bening, Michael Gambon, Michael Jeter.

Western : A propos de western, tiens! Après le classique américain, l’italien, le chamanique, le romantique et le comique... en voilà un d’une autre catégorie encore : le western néo-classique. Pour commencer, l’intrigue en est simple et linéaire; ce qui n’est pas pour me déplaîre! Deux cow-boys, avec l’aide de deux compagnons, convoient un troupeau de bétail assez important. Au passage, les bêtes doivent se nourrir bien évidemment et, ainsi que la loi les y autorise, elle broutent librement les champs qu’elles traversent... Cependant, lors d’une halte, nos cow-boys vont avoir affaire à des propriétaires hargneux, teigneux et méchants... qui ne voient pas du tout d’un bon oeil ce type de convoi! D’accrochages en meurtres, viendra le moment fatal du règlement de comptes... Impressionnante bagarre finale!!! Les coups de feu et les impacts des balles semblent si réels que l’on se surprend... à sursauter! Remarquable travail de montage sonore et pictural! Un peu longuet au début et à la fin (après la bagarre, bien sûr), ce film nous tient (presque) constamment en haleine. Notamment grâce à la prestation géniale (je pèse mes mots!) du gigantesque Robert Duvall. Bien que très correct, Costner, n’est qu’un gamin à côté de lui! C’est dire! Duvall fait partie de ces acteurs qui se retiennent constamment “d’exploser” tant ils sont emplis de leurs personnages et de leurs passions... et qui vivent la situation avec une intensité inouïe tout en exteriorisant le minimum... Un minimum qui nous ébahit! Admirable! Certes, le film est très conventionnel... et tout cela, c’est du cinoche... D’accord, c’est exact; nous sommes au cinéma, c’est entendu. Alors, convenons-en. Et regardons.

PAYCHECK - de John Woo. (10/20) 1
USA - Couleur, 1h58 - 2003.
Avec : Ben Affleck, Aaron Eckhart, Uma Thurman, Paul Giamatti, Colm Feore.

Fantastique : Un super ingénieur, Michael Jennings, vend son cerveau et sa mémoire à de peu scrupuleux entrepreneurs qui utilisent une technologie de pointe leur permettant de l’exploiter puis de lui effacer la mémoire afin qu’il ne puisse divulguer la moindre information... Un jour, il va tomber sur un sacré salopard qui va lui entuber la gueule quelque chose d’infect! Mais, les aventures ne font que commencer... et le protagoniste (ainsi que les spectateurs) va aller de surprise en surprise... Voilà une histoire qui aurait pu être abracadabrante - surtout entre les mains du lourdingue John Woo... Eh bien, non! On se laisse prendre au jeu, malgré un manque de finesse évident et quelques énormes invraisemblances... La question qui se dégage de ce film est de savoir dans quel mesure - si tant est que l’on admette qu’en théorie cela soit possible - l’on peut modifier un avenir que l’on aurait été en mesure de prévoir... La réponse dans le film étant quelque peu vaseuse, la réflexion est ouverte...

LES RIVIERES POURPRES 2 : Les anges de l’apocalypse - de Olivier Dahan. (0/20) 0
France - Couleur, 1h40 - 2003.
Avec : Jean Reno, Benoît Magimel, Christopher Lee, Camille Natta, Gabrielle Lazure.

Policier : Nouvelles aventures du commissaire Niemans, cette fois imaginées uniquement par Luc Besson. Aïe!!! Besson scénariste, c’est beaucoup plus que de la poésie sauvage et brutale ou de la simple bêtise primitive... c’est de la connerie baroque! Je ne sais pas combien de temps il a fallu à notre auteur pour démouler ce salmigondis... mais, même une seule petite journée de travail me semble suffisante pour faire moins mauvais! Qui plus est, c’est filmé en plastoc ténébreux, Reno (“le Lino Ventura” de l’an 2000”, ha, ha, ha!) sera toujours Reno et Dracula Lee ne fait que de la figuration. A éviter! De grâce...!

LA ROUTE DE MEMPHIS (Collection The Blues II) - (The Road to Memphis) - de Richard Pearce. (13/20) 2
USA - Noir et blanc et couleur, 1h40 - 2003.
Avec : B. B. King, Bobby Rush, Rosco Gordon, Rufus Thomas, Sam Phillips etc...

Documentaire : Deuxième épisode de la série, le film de Pearce est beaucoup trop brouillon et emmêle pour être comparable au précédent (The Soul of a Man de Wenders). La première moitié est tout entière décevante. Confiture d’archives, d’images actuelles, d’extraits de concert et d’interviews... Puis, petit à petit, le montage devient plus cohérent et les principaux personnages de plus en plus présents... Et, soudain, l’on se dit : “Hmmm! Je sens que je vais quand même aimer ce film...” Logique! Des musiciens et des chanteurs de cette dimension ne peuvent laisser indifférents. Mieux : ils dégagent quelque chose de supérieur à la plus belle des musiques! Leurs vibratos viennent direct du coeur, comme on dit symboliquement. Les sourires, les plaisanteries de Bobby Rush ainsi que son incroyable humilité - peut-être devrais-je dire sa simplicité - glissent harmonieusement comme des évidences. Le mec, qui a dû en baver des tonnes - notamment parce que ce n’est qu’un “nègue”- qui t’annonce tout naturellement, qu’à un moment donné, n’ayant plus d’emploi comme musicien, il a travaillé pendant vingt ans dans une blanchisserie, comme s’il fût agi de vingt jours; qui ne semble jamais malheureux; qui jubile rien qu’en parlant du blues... Un mec comme ça, ça te réconcilie avec l’humanité! Et la virtuosité (pour ne citer que lui) d’un B. B. King, ce n’est pas tant sa façon de jouer de la guitare, sa virtuosité c’est lui... Lui, seulement lui... Et lui tout entier... Nous sommes sortis heureux après la projection.

SANG ET OR - (Crimson Gold) - de Jafar Panahi. (0/20) 0
Iran - Couleur, 1h37 - 2003.
Avec : Hussein Emadeddin, Kamyar Sheissi, Azita Rayeji, Shahram Vaziri.

Drame : Inspirée d’un fait divers, voici l’histoire, (ou plutôt la non histoire) de Hussein, modeste livreur de pizzas, qui va s’improviser malfrat avec son copain Ali en attaquant une bijouterie. Il en tuera le propriétaire. Cette tragédie est provoquée par la constante humliliation subie par Hussein et Ali, au sein d’une société terriblement injuste où les pauvres sont vraiment des ”merdes” et les riches des gens honteusement nantis... Formidable ratage que cette oeuvre, surestimée par ailleurs; à Cannes notamment où le film fut primé dans la section “Un certain regard”. Les séquences d’une banalité consternante s’étirent impitoyablement... et, franchement, il serait grand temps que les cinéastes iraniens s’emploient à trouver des comédiens professionnels! Ce genre d’interprètes coincés et gauches qui récitent et débitent leur texte à rallonge, de la manière la plus monotone qui soit - tralalalala... lalalalaa... tchamouri, tchamoura - y en a vraiment, tout bonnement, marre!!!

STAND BY ME - de Rob Reiner. (12/20) 2
USA - Couleur, 1h25 - 1986. (Reprise)
Avec : Wil Wheaton, River Phoenix, Corey Feldman, Jerry O’Connell, Richard Dreyfuss

Aventures : D’après une nouvelle de Stephen King - qui n’a pas écrit que des histoires fantastiques. En 1959, quatre jeunes adolescents partent à pieds, dans la forêt de l’Oregon, à la recherche d’un cadavre... Concurrencés par une bande d’ados plus âgés, ils prennent cette vadrouille comme une compétition, un jeu... Une histoire proprement racontée, des personnages bien vivants et très correctement interprétés... Un “petit” film (le premier de Rob Reiner), tour à tour savoureux et palpitant. Que demande le peuple...?

S-21, LA MACHINE DE MORT KHMERE ROUGE - de Rithy Panh. (6/20) 1
Cambodge - Couleur, 1h41 - 2002.

Documentaire : Deux millions de victimes au Cambodge entre 1975 et 1978. Les Khmers rouges avaient frappé fort! L’intérêt de ce document réside dans la confrontation d’anciens tortionnaires et de leurs victimes. La démarche de Rithy Panh est aussi saine qu’utile. Néanmoins, la réflexion est trop superficielle. Les différents protagonistes alignent des banalités et l’auteur ne fait rien pour élever le débat... L’ensemble apparaît dès lors long et répétitif... Cela dit, à partir de ces témoignages, chacun peut trouver du grain à moudre... En effet, que pouvait-il bien se passer dans la tête des bourreaux qui exécutaient des ordres infâmes en torturant ou tuant parfois des amis et des proches? Comment se fait-il qu’ils aient pu être aussi aliénés? Une réponse simple (simpliste?) me vient immédiatement à l’esprit : l’instinct de survie et la peur. Je crains que cela n’aille pas plus loin... La peur a toujours régi le monde d’une manière ou d’une autre. L’homme primitif n’a-t-il pas inventé une foultitude de dieux (du vent, de la pluie ou du tonnerre) pour se rassurer quelque peu...? Il y aurait beaucoup à dire là-dessus. Or, le film ne nous dit (presque) rien...



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