AVRIL 2004
Semaine 17 Du 21-04 au 27-04-2004 

L’AUTRE - de Benoît Mariage. (14/20) 2
Belgique - Couleur, 1h13 - 2003.
Avec : Dominique Baeyens, Philippe Grand’Henry, Laurent Kuehnen, Jan Decleir.

Drame : Claire et Pierre forment un couple ordinaire; et d’ailleurs, tout ce petit film est a priori très ordinaire, mais... En tout cas, voilà une partie de l’histoire. Claire se retrouve enceinte de jumeaux, ce qui provoque chez elle une grosse angoisse. Elle va même recourir à une réduction de grossesse pour ne garder qu’un embryon sur deux. Pierre est du genre extrêmement gentil. Il accepte la volonté de sa femme et fait tout pour la comprendre. Néanmoins, quelque chose en lui va se mettre à pourrir, ce qui fait qu’il va insensiblement commencer à s’éloigner de son épouse et de l’enfant à venir. Il va reporter son affection sur un de ses jeunes patients -Pierre est ophtalmologue- Laurent, un handicapé qui est en train de perdre la vue. Toutes ces petites choses vont petitement se compliquer. Voilà une histoire bien banale comme je ne les aime pas d’habitude. Mais, attention, à toute règle, il y a exception. Ici, l’exception vient du fait que l’auteur jongle avec beaucoup de finesse, avec ce qu’on pourrait appeler, l’altruité. Par ailleurs ces personnages, interprétés par des comédiens parfaits, deviennent petit à petit absolument passionnants, alors qu’avec un autre cinéaste, ils eurent été désespérants d’ennui. C’est que Benoît Mariage, l’auteur du fameux Les convoyeurs attendent, sait extraire la quintessence du souffle humain. Le personnage du jeune handicapé, notamment, est particulièrement émouvant. En effet, comme toujours, tout vient du regard posé et on peut raconter n’importe quelle histoire, la plus banale qui soit, en étant intéressant. La différence entre “Jo triple branlette”, vous savez celui qui a réalisé La jeune fille à la perle, film pseudo-artistique, fadasse, ennuyeux et sans âme, et Benoît Mariage, c’est que ce dernier a la capacité de poser un regard qui magnifie tout, à la manière d’ un peintre inspiré. En fait, Mariage, c’est tout simplement un artiste.
PS : Ce joli film est scandaleusement projeté dans une seule salle française !!! (au MK2 Beaubourg à Paris).

 

 

FENÊTRE SECRETE - (Secret Window) - de David Koepp. (18/20) 3
USA - Couleur, 1h36 - 2003.
Avec : Johnny Depp, John Turturro, Maria Bello, Timothy Hutton, Charles S. Dutton.

Fantastique : Il n’y a pas à dire, une bonne histoire (Stephen King) et un bon scénario (David Koepp), ça aide ! Mais comme il s’agit d’un suspense, hors du commun qui plus est, il n’est pas question, car ce serait criminel, de raconter l’intrigue. Disons simplement, que cela commence ainsi : un écrivain à succès, Mort Rainey, démoli par son divorce, et reclus dans son bungalow, reçoit un jour la visite insolite d’un inconnu nommé John Shooter, venant l’accuser d’avoir plagié une de ses histoires. Il est très menaçant et semble particulièrement dangereux. A partir de là, motus et bouche cousue. Précisons seulement que le film est prenant de bout en bout avec un superbe crescendo et un final, on ne peut plus surprenant. Les acteurs sont tous impeccables, que ce soit Johnny Depp ou John Turturro, ainsi que tous les autres. Ajoutons pour finir qu’il s’agit d’un divertissement d’une rare qualité, qu’il serait dommage de rater. Allez-y sans crainte. D’ailleurs c’est un ordre !

 

 

800 BALLES - (800 balas) - de Alex de la Iglesia. (20/20) 3
Espagne - Couleur, 2h05 - 2002.
Avec : Sancho Gracia, Angel de Andres Lopez, Carmen Maura, Luis Castro.

Comédie : Enfin un peu de folie. Il faut dire que le père Alex de la Iglesia a déjà fait ses preuves, notamment avec son précédent film, Mes chers voisins. L’action se situe au sud de l’Espagne, dans les décors de cinéma abandonnés d’Almeria. Décors on ne peut plus utilisés dans les années 60-70, car il a dû s’y tourner plusieurs centaines de westerns. Donc, dans ces lieux poussiéreux, un groupe de cascadeurs, menés par un fou furieux, un certain Julian, organise des spectacles minables pour quelques rarissimes touristes. Or, un beau jour, une poignée de gros salopards bien friqués, veut racheter les lieux pour en faire un centre d’attraction plus lucratif. Que nenni, s’exclame Julian, et pétant les plombs, il achète carrément huit cents vraies balles pour défendre avec sa poignée de clodos, son territoire, contre les flics qui viendront fort nombreux. En voilà du délire comme j’aime, bordel ! On se marre sans cesse pendant plus de deux heures, les personnages sont tous on ne peut plus pittoresques et il y a de l’action à gogo. C’est réellement un pur régal et pas seulement pour les nostalgiques du western européen ! Pour ceux qui aiment le vrai cinéma, nous dit la revue Brazil. Bravo! Je suis à cent pour cent d’accord!
PS : Ce film qui mérite une très large audience a lui aussi été distribué dans une seule salle parisienne : le Latina !!! Si vous voulez réellement vous marrer avec une vraie comédie, courez-y vite, parce que contrairement à bon nombre de navets pseudo-humoristiques, ce film ne restera pas longtemps à l’affiche. Bougez-vous un peu le cul, nom de dieu.

 

 

LA MEMOIRE DU TUEUR - de Erik Van Looy. (18/20) 3
Belgique - Couleur, 2h03 - 2003.
Avec : Jan Decleir, Koen de Bouw, Werner de Smedt, Gene Bervoets, Jo de Meyere.

Policier : Voilà un film richissime! Ce n’est pas seulement un polar astucieux : l’histoire d’un tueur à gages qui veut se venger pour avoir été baisé par des crapules et qui n’a guère trop le temps pour ce faire, car il souffre des premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer. Sinon, il risque tout bêtement d’oublier qui il doit tuer. Pour un polar, c’est déjà pas mal ! Mais derrière cela, plane l’ombre d’une intrigue terrifiante en rapport avec une mafia de pédophiles (ce film a d’ailleurs eu un énorme succès en Belgique, et pour cause). La réalisation est particulièrement nerveuse, un montage à couper le souffle. La construction de l’histoire (sauf peut-être dans la toute dernière partie) est concoctée au petits oignons, et les acteurs, surtout l’impressionnant Jan Decleir, portent merveilleusement bien cette oeuvre cinématographique hors du commun. A voir absolument.

 

 

MONSTER - de Patty Jenkins. (18/20) 3
USA - Couleur, 1h51 - 2003.
Avec : Charlize Theron, Christina Ricci, Bruce Dern, Scott Wilson, Pruitt Taylor Vince.

Drame : Etre un monstre ou ne pas être un monstre, voilà la question. Mais commençons par le commencement : qu’est-ce qu’on appelle “monstre” ? En tout cas, voilà une histoire (d’après des faits réels, ça on s’en fout !) qui tout en commençant pianissimo, nous prend crescendo, de plus en plus fortement aux tripes. Il faut dire que le personnage principal, porté par une formidable Charlize Theron (mais là, je n’insiste pas, tout a été dit) est un être humain particulièrement torturé et malheureux depuis sa plus tendre enfance. Cette femme, Aileen, est une pute de bas étage, repoussante à souhait, au comportement pour le moins dingo, jusqu’au soir où elle va rencontrer dans un bar la jeune Sendy. En effet, elle va en tomber follement amoureuse, continuera toujours à faire des conneries, mais cette fois dans un but précis, par affection pour la jeune fille qui, pour elle, est probablement la plus merveilleuse chose qui ait pu lui arriver. Le problème, c’est qu’elle ira jusqu’au meurtre. Une première fois, par légitime défense, puis ensuite dans le but de dépouiller ses victimes. Revenons un instant à nos “monstres. Comme le dit Aileen, à un moment donné, est-ce que les gens qui tuent pour des raisons d’ordre politique ou religieux ou bien pour des motifs prétendûment nobles ne sont pas au moins aussi monstrueux qu’elle qui assassine simplement pour survivre ? En voilà une question qui dérange comme question. Pas vrai ? Le bidasse qui prend son fusil pour aller casser de l’ennemi qu’il ne connaît même pas, commet-il un acte digne de respect ? De toutes façons, moi personnellement, je m’en fous, j’ai toujours eu un faible pour les monstres... sans doute par ce que je suis philanthrope.

 


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