Policier :
Lhistoire vraie de Frank Abagnale, qui, dès lâge
de seize ans, va se lancer dans les faux et usage de faux,
changements didentité, diplômes bidon, chèques
en bois (2,5 millions de dollars au total), etc... Un jour,
un flic du F.B.I. va sintéresser de près à son
cas et fera tout pour catcher cet insaisissable
diablotin. Un divertissement haut de gamme, élégant
et bien calibré. Et très bien interprété par
tous, y compris notre Nathalie Baye nationale. Un tantinet
longuet, peut-être...?
Comme Mézigue avait la gueule de bois, nous navons vu quun
seul film cette semaine. De toute façon, on avait bien mérité un
petit break... Cest loccasion peut-être de zieuter un peu
en arrière, histoire de meubler intelligemment, de faire un flash back
sur lexceptionnelle carrière de Stevie...
Lorsquon demandait, il y a une vingtaine dannées, à Sergio
Leone ce quil pensait du cas Spielberg (au sommet de sa gloire, à lépoque),
le maestro répondait, flegmatique : Cest quelquun
qui sait faire un film, voilà tout! Venant de Leone, cette réponse
pouvait être considérée comme un compliment. Un compliment
sévère mais juste! Lun des plus grands perfectionnistes
du septième art, remettait ainsi les idées en place à certains
admirateurs - un peu trop enflammés - de loeuvre de Stevie.
Steven Spielberg va commencer sa course folle en 1971 au volant dun gros
camion à la poursuite du pauvre Dennis Weaver roulant gentiment dans
sa voiture sans embêter personne. Il sagit de Duel bien
sûr ; un duel sans raison et qui ne sera jamais clairement expliqué.
Cest juste pour le fun. Ce téléfilm - une fois
nest pas coutume - fera un tabac au cinéma ! Il deviendra un cult
movie et selon certains cinéphiles, le meilleur film de lauteur.
Il est vrai que lidée en est formidablement simple et lensemble
du film tout simplement formidable. Avec Sugarland Express, il
ne quittera pas la route ; mais le style réaliste du film est à lopposé du
précédent. Pour ce qui est du nombre de véhicules, il
a considérablement augmenté, car là cest toute la
police du Texas qui poursuit un malheureux couple en fuite. Sans passer tout à fait
inaperçu, le film sera surtout remarqué par la critique et un
peu boudé par le public. Cest en 1975 que Stevie va connaître
son premier triomphe avec Les dents de la mer . Cette
fois-ci, il se déplace dans un bateau de pêche à la poursuite
(toujours) dun méchant requin. Ce film marque, après Le
Parrain, LExorciste, et le début de la fameuse
série des films catastrophes (Tremblement de terre, etc...)
la renaissance des super productions à succès aux States. Pendant
ce temps son pote, Georges Lucas concocte déjà sa Guerre des
Etoiles. A eux deux, ils vont longtemps représenter les sauveurs
de Hollywood. Par la suite, en tant que producteurs, ils lanceront de nouveaux
cinéastes tels que Zemeckis, Joe Dante, Tobe Hooper, etc... Puis, Stevie
va carrément finir dans un OVNI un peu ennuyeux (il commence déjà à se
prendre au sérieux), Rencontres du troisième type. Cest
que le bougre, il y croit ferme aux extra terrestres... En 1979, il va complètement
rater le bombardement de Pearl Harbour avec sa nouvelle toile intitulée 1941 qui
se veut burlesque et irrésistiblement drôle. Malheureusement,
avec ce navet, il nous prouve quil na aucun sens de lhumour
absurde. Deux ans plus tard, à pied, à cheval, au volant et à bord
tout ce qui bouge, il va réaliser ce que moi je considère comme
son chef doeuvre. Vous lavez deviné, il sagit du premier épisode
dIndiana Jones : Les aventuriers de larche perdue.
Dès les premières images, le rythme est infernal et on se demande
comment il va pouvoir continuer crescendo jusquà lapothéose
finale... Il nous stupéfie en y parvenant magistralement. Cerise sur
le gâteau : la découverte de la charmantissime Karen Allen. Avec E.T. ,
son film suivant, il retombe carrément en enfance pour notre plus grande
joie, bambins de tous âges. Ce délicieux divertissement est digne
des meilleures productions Disney dune certaine époque -ce que
certains critiques malades iront jusquà lui reprocher. Indiana
Jones et le temple maudit est une nouvelle aventure de notre héros
en titre (à ne pas confondre avec une suite opportuniste). Le film se
situe deux crans au-dessous du premier épisode, mais le résultat
est plus que satisfaisant et le succès public toujours aussi triomphal.
Cest à partir de maintenant que les choses se compliquent car
Stevie commence à ségarer en se lançant tout dabord
dans La quatrième dimension (rien que ça!),
dont il nassumera que lun des sketches. A qualité médiocre,
succès mitigé. Il va récidiver dans la coréalisation
avec Histoires fantastiques -sans commentaire. Entre
ces deux égarements, il aura commis La couleur pourpre, étonnamment
prisé par les critiques et au succès non moins étonnant.
Le film est techniquement bien réalisé, les couleurs sont vraiment
pourpres, mais le regard condescendant de Stevie sur la population noire -du
genre nos amis les bêtes- ma fait vomir et par la bouche,
et par le nez, et par les oreilles et par les yeux ! Arrive maintenant lautre
facette imbuvable de notre petit génie, à savoir son adoration
de luniforme militaire. LEmpire du soleil est
en effet un film de guerre dont laction se déroule entre la Chine
et le Japon où les bons sentiments héroïco-patriotards dégoulinent
comme de la morve dhippopotame. Il sessaie en 1989 à la
comédie sentimentalo-fantastique avec Always ;
il sagit dune oeuvrette ni bonne ni mauvaise qui aurait pu être
réalisée par nimporte quel bon technicien de Hollywood.
En mal de gros succès, il nous ressert un coup dIndiana Jones,
flanqué cette fois (géniale trouvaille) de son père alias
Sean Connery. Indiana Jones et la dernière croisade est
pour le moins excellent, très proche du niveau du premier épisode.
La cote de Spielberg remonte en flêche au box-office mondial. Avec les
années 1990, Spielberg va vieillir, cest-à-dire avoir une
crise dadolescence. Hook , au casting impressionnant
: Dustin Hoffman et Robin Williams en tête, déçoit et les
plus jeunes et les moins jeunes et même les moyennement jeunes. Effectivement,
on se demande ce que le réalisateur veut essayer de nous dire par lintermédiaire
dun Peter Pan adulte mais toujours aussi gamin dans la tête, au
physique tristement mature. Cest tour à tour mélancolique,
ridicule, voire un peu débile. Jurassic Park sera à nouveau
un immense triomphe, Spielberg se renouvelant au moins techniquement. Ses dinausaures
fascinent ; ils sont plus vrais que nature. Llhistoire est mince, mais
le film agréable à voir. Oublions les mauvaises langues et autres
américanophobes qui crachèrent allégrement sur ce qui était
tout de même un divertissement de qualité. De plus en plus, Spielberg
va se lancer sur de nouvelles pistes, explorer de-ci, de-là, au petit
bonheur la chance... Avec La liste de Schindler , il
gagnera de nouvelles lettres de noblesse, cette fois en tant que grand cinéaste-artiste-créateur
et jen passe. Loeuvre est bien sûr de bonne qualité,
honnête et respectable et malgré ces trois heures de durée,
on ne sennuie pas un instant. Toutefois, à mon humble avis, il
sagit de ce quon appelle un film surestimé. Lhommage
rendu à Schindler est certes mérité, mais parfois un peu
trop emphatique, presque caricatural. Et le gros problème de Stevie,
est quil a du mal à se débarasser de ses tics typiquement
hollywoodiens. A titre dexemple, le suspense quelque peu déplacé et
indécent dans les douches du camp de concentration. A titre exceptionnel,
jai réussi à accepter la langue anglaise utilisée
par des personnages essentiellement allemands. En 1997, il se retrouve sur
un grand bateau cette fois : Amistad . Il rend de nouveau
visite au peuple noir, à lépoque où lesclavage
faisait rage. La couleur nest plus pourpre, mais beaucoup plus sombre,
plus réaliste, plus digne et moins choquante. Mais loeuvre est
un peu trop académique et ressemble à un livre dhistoire
pour jeunes adolescents. Immédiatement après il enchaîne,
pour la première fois dans sa carrière avec une sequel,
la suite de Jurassic Park : Le monde perdu.
Ne nous attardons pas sur cette navrante aventure. Afin, sans doute, de toucher
un peu à tous les genres, il nous sert un vrai film de guerre pur sang,
cest le cas de le dire : Il faut sauver le soldat Ryan.
Je dois néanmoins avouer que les vingt premières minutes du film
sont absolument saisissantes (il sagit du débarquement en Normandie),
cest du jamais vu, du grand cinéma, une expression picturale hors
du commun. Malheureusement, tout de suite après nous allons sombrer
dans le film militaire conventionnel on ne peut plus assommant, pseudo pacifiste
et tout le tra la la... Le film se termine dans un cimetière militaire
sur un salut militaire vigoureusement asséné à la tempe
par un militaire. Spielberg aime les militaires. Cest lui quil
faut sauver. Pour finir, sen suivront deux navets prodigieux : A.I.-Intelligence
artificielle, reprise dun projet de Stanley Kubrick (il
na vraiment peur de rien le Stevie); cette mélasse est un des
films les plus écoeurants vus ces dernières années ; Minority
Report , au sujet fort, complètement gâché par
Spielberg car, décidément, le sérieux lui sied mal, tout
autant, paradoxalement, que le sens de lhumour burlesque. Avec son dernier
film, dont je viens de parler plus haut, il remonte dans mon estime.
Pour résumer, Stevie doit avoir un excellent QI, cest à dire
une intelligence pratique très développée ; quant au reste,
il ne faut pas lui demander de réfléchir trop longtemps, de se
creuser la cervelle, car il risquerait de nous prendre au mot et de chercher
le moyen le moins douloureux de se défoncer le crâne. Cest
Sergio Leone qui avait raison.
Immense travailleur, ses projets sont multiples en tant que réalisateur
(ne parlons pas de ses nombreuses activités comme producteur). Un film
en cours de réalisation, un autre en préparation et toujours
en projet le fameux Indiana Jones n°4. Arrête-le si tu peux... !
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