Fèvrier 2003
Semaine Du 12-02 au 18-02-2003 

 

ARRETE-MOI SI TU PEUX - (Catch Me if You Can) de Steven Spielberg. (14/20) 2
USA - Couleur, 2h21 - 2002.
Avec : Leonardo Di Caprio, Tom Hanks, Christopher Walken, Nathalie Baye, Martin Sheen

Policier : L’histoire vraie de Frank Abagnale, qui, dès l’âge de seize ans, va se lancer dans les faux et usage de faux, changements d’identité, diplômes bidon, chèques en bois (2,5 millions de dollars au total), etc... Un jour, un flic du F.B.I. va s’intéresser de près à son cas et fera tout pour “catcher” cet insaisissable diablotin. Un divertissement “haut de gamme”, élégant et bien calibré. Et très bien interprété par tous, y compris notre Nathalie Baye nationale. Un tantinet longuet, peut-être...?

Comme Mézigue avait la gueule de bois, nous n’avons vu qu’un seul film cette semaine. De toute façon, on avait bien mérité un petit break... C’est l’occasion peut-être de zieuter un peu en arrière, histoire de meubler intelligemment, de faire un flash back sur l’exceptionnelle carrière de Stevie...

Lorsqu’on demandait, il y a une vingtaine d’années, à Sergio Leone ce qu’il pensait du cas Spielberg (au sommet de sa gloire, à l’époque), le maestro répondait, flegmatique : “C’est quelqu’un qui sait faire un film, voilà tout!” Venant de Leone, cette réponse pouvait être considérée comme un compliment. Un compliment sévère mais juste! L’un des plus grands perfectionnistes du septième art, remettait ainsi les idées en place à certains admirateurs - un peu trop enflammés - de l’oeuvre de Stevie.

Steven Spielberg va commencer sa course folle en 1971 au volant d’un gros camion à la poursuite du pauvre Dennis Weaver roulant gentiment dans sa voiture sans embêter personne. Il s’agit de Duel bien sûr ; un duel sans raison et qui ne sera jamais clairement expliqué. C’est juste pour le “fun”. Ce téléfilm - une fois n’est pas coutume - fera un tabac au cinéma ! Il deviendra un cult movie et selon certains cinéphiles, le meilleur film de l’auteur. Il est vrai que l’idée en est formidablement simple et l’ensemble du film tout simplement formidable. Avec Sugarland Express, il ne quittera pas la route ; mais le style réaliste du film est à l’opposé du précédent. Pour ce qui est du nombre de véhicules, il a considérablement augmenté, car là c’est toute la police du Texas qui poursuit un malheureux couple en fuite. Sans passer tout à fait inaperçu, le film sera surtout remarqué par la critique et un peu boudé par le public. C’est en 1975 que Stevie va connaître son premier triomphe avec Les dents de la mer . Cette fois-ci, il se déplace dans un bateau de pêche à la poursuite (toujours) d’un méchant requin. Ce film marque, après Le Parrain, L’Exorciste, et le début de la fameuse série des films “catastrophes” (Tremblement de terre, etc...) la renaissance des super productions à succès aux States. Pendant ce temps son pote, Georges Lucas concocte déjà sa Guerre des Etoiles. A eux deux, ils vont longtemps représenter les sauveurs de Hollywood. Par la suite, en tant que producteurs, ils lanceront de nouveaux cinéastes tels que Zemeckis, Joe Dante, Tobe Hooper, etc... Puis, Stevie va carrément finir dans un OVNI un peu ennuyeux (il commence déjà à se prendre au sérieux), Rencontres du troisième type. C’est que le bougre, il y croit ferme aux extra terrestres... En 1979, il va complètement rater le bombardement de Pearl Harbour avec sa nouvelle toile intitulée 1941 qui se veut burlesque et irrésistiblement drôle. Malheureusement, avec ce navet, il nous prouve qu’il n’a aucun sens de l’humour absurde. Deux ans plus tard, à pied, à cheval, au volant et à bord tout ce qui bouge, il va réaliser ce que moi je considère comme son chef d’oeuvre. Vous l’avez deviné, il s’agit du premier épisode d’Indiana Jones : Les aventuriers de l’arche perdue. Dès les premières images, le rythme est infernal et on se demande comment il va pouvoir continuer crescendo jusqu’à l’apothéose finale... Il nous stupéfie en y parvenant magistralement. Cerise sur le gâteau : la découverte de la charmantissime Karen Allen. Avec E.T. , son film suivant, il retombe carrément en enfance pour notre plus grande joie, bambins de tous âges. Ce délicieux divertissement est digne des meilleures productions Disney d’une certaine époque -ce que certains critiques malades iront jusqu’à lui reprocher. Indiana Jones et le temple maudit est une nouvelle aventure de notre héros en titre (à ne pas confondre avec une suite opportuniste). Le film se situe deux crans au-dessous du premier épisode, mais le résultat est plus que satisfaisant et le succès public toujours aussi triomphal. C’est à partir de maintenant que les choses se compliquent car Stevie commence à s’égarer en se lançant tout d’abord dans La quatrième dimension (rien que ça!), dont il n’assumera que l’un des sketches. A qualité médiocre, succès mitigé. Il va récidiver dans la coréalisation avec Histoires fantastiques -sans commentaire. Entre ces deux égarements, il aura commis La couleur pourpre, étonnamment prisé par les critiques et au succès non moins étonnant. Le film est techniquement bien réalisé, les couleurs sont vraiment pourpres, mais le regard condescendant de Stevie sur la population noire -du genre “nos amis les bêtes”- m’a fait vomir et par la bouche, et par le nez, et par les oreilles et par les yeux ! Arrive maintenant l’autre facette imbuvable de notre petit génie, à savoir son adoration de l’uniforme militaire. L’Empire du soleil est en effet un film de guerre dont l’action se déroule entre la Chine et le Japon où les bons sentiments héroïco-patriotards dégoulinent comme de la morve d’hippopotame. Il s’essaie en 1989 à la comédie sentimentalo-fantastique avec Always ; il s’agit d’une oeuvrette ni bonne ni mauvaise qui aurait pu être réalisée par n’importe quel bon technicien de Hollywood. En mal de gros succès, il nous ressert un coup d’Indiana Jones, flanqué cette fois (géniale trouvaille) de son père alias Sean Connery. Indiana Jones et la dernière croisade est pour le moins excellent, très proche du niveau du premier épisode. La cote de Spielberg remonte en flêche au box-office mondial. Avec les années 1990, Spielberg va vieillir, c’est-à-dire avoir une crise d’adolescence. Hook , au casting impressionnant : Dustin Hoffman et Robin Williams en tête, déçoit et les plus jeunes et les moins jeunes et même les moyennement jeunes. Effectivement, on se demande ce que le réalisateur veut essayer de nous dire par l’intermédiaire d’un Peter Pan adulte mais toujours aussi gamin dans la tête, au physique tristement mature. C’est tour à tour mélancolique, ridicule, voire un peu débile. Jurassic Park sera à nouveau un immense triomphe, Spielberg se renouvelant au moins techniquement. Ses dinausaures fascinent ; ils sont plus vrais que nature. L’lhistoire est mince, mais le film agréable à voir. Oublions les mauvaises langues et autres américanophobes qui crachèrent allégrement sur ce qui était tout de même un divertissement de qualité. De plus en plus, Spielberg va se lancer sur de nouvelles pistes, explorer de-ci, de-là, au petit bonheur la chance... Avec La liste de Schindler , il gagnera de nouvelles lettres de noblesse, cette fois en tant que grand cinéaste-artiste-créateur et j’en passe. L’oeuvre est bien sûr de bonne qualité, honnête et respectable et malgré ces trois heures de durée, on ne s’ennuie pas un instant. Toutefois, à mon humble avis, il s’agit de ce qu’on appelle un film surestimé. L’hommage rendu à Schindler est certes mérité, mais parfois un peu trop emphatique, presque caricatural. Et le gros problème de Stevie, est qu’il a du mal à se débarasser de ses tics typiquement hollywoodiens. A titre d’exemple, le suspense quelque peu déplacé et indécent dans les douches du camp de concentration. A titre exceptionnel, j’ai réussi à accepter la langue anglaise utilisée par des personnages essentiellement allemands. En 1997, il se retrouve sur un grand bateau cette fois : Amistad . Il rend de nouveau visite au peuple noir, à l’époque où l’esclavage faisait rage. La couleur n’est plus pourpre, mais beaucoup plus sombre, plus réaliste, plus digne et moins choquante. Mais l’oeuvre est un peu trop académique et ressemble à un livre d’histoire pour jeunes adolescents. Immédiatement après il enchaîne, pour la première fois dans sa carrière avec une “sequel”, la suite de Jurassic Park : Le monde perdu. Ne nous attardons pas sur cette navrante aventure. Afin, sans doute, de toucher un peu à tous les genres, il nous sert un vrai film de guerre pur sang, c’est le cas de le dire : Il faut sauver le soldat Ryan. Je dois néanmoins avouer que les vingt premières minutes du film sont absolument saisissantes (il s’agit du débarquement en Normandie), c’est du jamais vu, du grand cinéma, une expression picturale hors du commun. Malheureusement, tout de suite après nous allons sombrer dans le film militaire conventionnel on ne peut plus assommant, pseudo pacifiste et tout le tra la la... Le film se termine dans un cimetière militaire sur un salut militaire vigoureusement asséné à la tempe par un militaire. Spielberg aime les militaires. C’est lui qu’il faut sauver. Pour finir, s’en suivront deux navets prodigieux : A.I.-Intelligence artificielle, reprise d’un projet de Stanley Kubrick (il n’a vraiment peur de rien le Stevie); cette mélasse est un des films les plus écoeurants vus ces dernières années ; Minority Report , au sujet fort, complètement gâché par Spielberg car, décidément, le sérieux lui sied mal, tout autant, paradoxalement, que le sens de l’humour burlesque. Avec son dernier film, dont je viens de parler plus haut, il remonte dans mon estime.

Pour résumer, Stevie doit avoir un excellent QI, c’est à dire une intelligence pratique très développée ; quant au reste, il ne faut pas lui demander de réfléchir trop longtemps, de se creuser la cervelle, car il risquerait de nous prendre au mot et de chercher le moyen le moins douloureux de se défoncer le crâne. C’est Sergio Leone qui avait raison.

Immense travailleur, ses projets sont multiples en tant que réalisateur (ne parlons pas de ses nombreuses activités comme producteur). Un film en cours de réalisation, un autre en préparation et toujours en projet le fameux Indiana Jones n°4. Arrête-le si tu peux... !


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